Diégèse lundi 26 août 2019



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La Citadelle 238



Mathieu Diégèse







Nous avons trouvé amusant, sinon romantique, d'aller visiter le château de Fougères en partant de Dinard à vélo. Il s'agissait bien sûr d'aller sur les traces de Thomas Edward Lawrence, qui n'était pas encore connu sous le nom de Lawrence d'Arabie. Son excursion vers Fougères date en effet de l'été 1907. Mais, le vélo n'était pas une aussi bonne idée que nous l'avions pensé. Il fallait être vraiment novice en excursion cycliste pour penser que, sans entraînement particulier, nous allions avaler sans difficulté les quelque quatre-vingt kilomètres qui séparent Dinard de Fougères. C'était même une erreur de débutant et nous n'avions ni la forme physique, ni la musculature du jeune Lawrence de dix-neuf ans, qui était par ailleurs particulièrement vigoureux et qui s'en vantait. Fort heureusement, bravant le ridicule et les regards goguenards des randonneurs expérimentés, nous avions loué des bicyclettes à assistance électrique. Nous avons quand même fait le voyage en deux jours, ce qui aurait amusé Lawrence, lui, qui pouvait parcourir plus de deux cent cinquante kilomètres par jour, ce qui épatait ses hôtes de Dinard.

Nous avons donc passé l'après-midi et la première nuit dans une chambre d'hôte à Antrain, comptant, malgré l'orthographe, sur le signifiant du nom de la bourgade pour nous donner le courage de la route du lendemain. La halte nous a permis aussi de recharger les batteries de nos vélos ainsi que les batteries de secours que, toujours par inexpérience, nous avions vite épuisées en sélectionnant mal le niveau d'assistance.

Le lendemain, déjà plus aguerris malgré nos courbature, nous sommes enfin arrivés à Fougères. Il est bien difficile d'imaginer aujourd'hui ce que le jeune Lawrence, arrivant par la même route, a pu découvrir alors. Le château n'était propriété de la Ville que depuis 1892 et les premières fouilles archéologiques n'auront lieu qu'en 1925. Les lavoirs sur le Nançon devaient encore être en activité et les femmes bleuissaient leurs mains dans l'eau vive et glacée. Mais, la végétation est restée. L'urbanisation n'a pas mangé l'écrin de verdure de la forteresse et le feuillage déborde encore, ou presque, de la grande courtine, enserrant les tours Mélusine et du Gobelin, la tour Surienne et la tour Raoul. La ville moderne a eu le bon goût de s'étendre à l'est et demeure invisible des remparts.

Nous avons cherché l'ancienne gare, telle qu'elle apparaît sur des cartes postales anciennes, amusés de sa construction bicolore qui ne pouvait pas encore rappeler à Lawrence les mosquées de Hama. Nous avons peut-être mal cherché, mais nous ne l'avons pas trouvée. Il n'y a plus de gare à Fougères et il faut prendre l'autocar pour arriver en ville ou pour la quitter.

Mais, il est difficile de savoir ce qui plaît au visiteur du vingt-et-unième siècle dans cette immense forteresse de deux hectares. Nos imaginaires, s'agissant des châteaux, a tellement été colonisé, d'abord par des siècles de littérature, puis, plus récemment, par les dessins animés de M. Disney. Nous avons parcouru les chemins de ronde jusqu'à la fermeture, essayant de nouer un dialogue avec le fantôme du jeune Lawrence, qui ne nous a pas rejoint. Nous n'avions pas vraiment d'argument pour le faire venir et nos vélos électriques l'avaient sans doute dégoûté, moins sans doute que le sort qui a été fait au monde arabe. On raconte que, lors de la signature du traité de Sèvres en 1920, qui acte le démantèlement de l'Empire ottoman au profit de la France et de l'Angleterre en violant les promesses faites aux Arabes, Lawrence, révolté s'est éclipsé vers l'hôtel où séjournaient les délégations, entrant dans toutes les toilettes pour en dérouler le papier dans les couloirs. Mais peut-être n'est-ce qu'une des nombreuses légendes qui entourent le personnage. Était-ce d'ailleurs pour le traité de Sèvres ou la conférence de San Remo qui l'a précédé ? Il faudra rechercher un jour les références.







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4e de couverture


Elle comme lui ont grandi en lisant des récits de voyages. Elle a vécu son enfance à Digne-les-Bains dans le souvenir éperdu d'Alexandra David-Néel. Lui est breton. Il ne saurait compter combien de fois il est allé, dès l'enfance, au château de Fougères, avec dans la poche le récit que faisait Lawrence d'Arabie de ce voyage qu'il avait fait en France pour visiter, à bicyclette, des châteaux forts et comment il avait été ébloui par celui de Fougères lors de ce périple. Ils se rencontrent. Ils décident d'aller visiter les forteresses en Syrie, celles des Croisés, comme celles des Seldjoukides. Mais, celle qui a leur préférence, c'est l'ancienne Boquebois, nommée Abou Qobeis, qui surveille la vallée de l'Oronte, le Ghab. Ce n'est pas la plus connue. C'est une des plus abandonnées et l'une des plus spectaculaires. Ce roman est le récit de leur voyage, non pas un récit de voyage terrestre mais celui d'un voyage intérieur. Ils comprennent ce que leur héroïne et héros d'enfance allaient chercher à l'autre bout du monde.
Mathieu nous rend la beauté du voyage intérieur suscité par des lieux envoûtants sinon magiques. À l'heure du tourisme de masse, est-ce que ce ne serait pas cela, le véritable voyage, celui où l'on « se souvient de l'avenir ». Il nous rend aussi une Syrie en paix où l'on pouvait voyager sans encombre.
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