Diégèse mardi 9 avril 2019



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Vers onze heures 99



Gustav Diégèse






Quatre heures

Qui se souvient encore de cette chanson de Julien Clerc, aussi interprétée par Michel Delpech, intitulée « Quatre heures du matin » ? Elle sort en 1969, un an après celle, plus célèbre, de Jacques Dutronc qui célébrait quant à elle l'heure d'après ?

« Quatre heures du matin / C'est l'instant le plus lourd / les portes sont fermées : les fenêtres sont vides. »

Nul éveil en perspective dans ce creux de la nuit, si ce n'est pour les fêtards qui rentrent, souvent gris et titubants.

« Quatre heures du matin », c'est aussi le titre d'un film de 1937 sorti en 1938, réalisé par Fernand Rivers, dans lequel le personnage principal, noceur invétéré et mal marié entonnait :

« quand tout Paris se repose / Et que je reste éveillé / Je pense à cent-mille choses / Que vous avez oubliées. »

Ainsi, s'il est jugé convenable d'être éveillé une heure plus tard, qui serait l'heure des travailleurs, de « ceux qui se se lèvent tôt » comme l'a prétendu un Président de la République, être éveillé à quatre heures du matin est le plus souvent suspect. Albert Camus, dans La Peste, n'affirme-t-il pas que c'est l'heure du sommeil profond, celui de l'oubli, d'un oubli si profond qu'il jouxterait la mort :

« À quatre heures du matin, on ne fait rien en général et l'on dort, même si la nuit a été une nuit de trahison. Oui, on dort à cette heure-là, et cela est rassurant puisque le grand désir d'un cœur inquiet est de posséder interminablement l'être qu'il aime ou de pouvoir plonger cet être, quand le temps de l'absence est venu, dans un sommeil sans rêves qui ne puisse prendre fin qu'au jour de la réunion. »

Arthur Rimbaud ne dit rien d'autre dans son poème Bonne pensée du matin et l'on imagine les corps alanguis après une nuit de débauche, quand, déjà, dans le Paris du baron Haussmann - le poème est daté de 1872 - « En bras de chemise, les charpentiers / Déjà s'agitent. » :

« À quatre heures du matin, l'été / Le sommeil d'amour dure encore. / Sous les bosquets, l'aube évapore : L'odeur du soir fêté». »

C'est que quatre heures du matin est l'heure de la solitude ultime de l'être humain, face à soi-même, face à sa vie, à ses joies, à ses peines, à sa douleur. C'est l'heure privilégiée de l'insomnie, l'heure cruelle de l'imbécile condition humaine.







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