Diégèse mercredi 10 avril 2019



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Des idées sans qualité 100



Daniel Diégèse







Le 12 novembre 2014, dans le journal Libération, Sylvestre Huet explique que le nom de la sonde Rosetta et de son robot Philae viennent de l'égyptologie. Rosetta évoque évidemment la pierre de Rosette, ce fragment de stèle sur lequel le même décret étant inscrit en deux langues égyptiennes antiques et en grec qui permit la compréhension des hiéroglyphes... par Champollion ajoute-t-on quand on est français, quand les Anglais affirmeront que c'est Young qui permit le premier de déchiffrer ces textes. Peu importe, puisqu'il suffira grâce à l'artiste Joseph Kosuth de se rendre à Figeac, dans le Lot, ville natale de Jean-François Champollion, pour découvrir à même le sol une copie géante de cette même pierre de Rosette.


S'agissant de cette sonde spatiale européenne, les articles des journaux de 2004, parus au moment de son lancement, utilisent sans surprise la métaphore de la conquête et peu importe que l'univers fantasmatique ainsi convoqué soit celui de la colonisation. Quand, en 2016, cette même sonde, devenue presque vivante par la mise en récit, s'éteint électriquement sur la comète « après vingt-six mois de compagnonnage », le lecteur comprend alors qu'elle « s'éteint » comme on le dit par métaphore et euphémisme pour évoquer la mort d'un être vivant. Marc Bettinelli, dans Le Monde, prend soin de préciser que la courageuse petite sonde descendra sur la comète « tout en travaillant d'arrache-pied ». Voilà une petite sonde bien morale... Car, ce qui est mobilisé, pour la fin de cette mission, c'est bien un concept moral dont on peine à comprendre comment, s'agissant d'une mission spatiale n'emportant aucun être vivant, il peut être mobilisé : le sacrifice. Rosetta s'est sacrifiée à des milliards de kilomètres pour nous. Voilà le méta-récit de la fin de cette mission. Mais, de fait, le sacrifice est double, puisque Rosetta emportait un rejeton : Philae.

Ainsi, le 12 mars 2015, L'Obs avec l'AFP titre : « Rosetta toujours sans signe de vie du robot Philae ». C'est qu'elle doit être vraiment inquiète, la pauvre Rosetta... Et l'article de commencer par « La sonde européenne s'impatiente ». C'est que, quand même, il ne faudrait quand même pas jouer avec les nerfs de Rosetta... Quant au journal Sud-Ouest, il dévoile ce que l'on avait compris, et le le 25 septembre 2016, il évoque dans ses colonnes un « conte de fées spatial ».


Arrêtons-nous brièvement sur ce paradoxe, constaté s'agissant de cette sonde spatiale, mais qui pourrait être constaté aussi dans nombre d'articles relatifs à d'autres missions spatiales : s'agissant de l'espace, la mise en fiction « anthropologisée » semble être de règle. Ce faisant, contredisant le propos scientifique qui prouve qu'à l'évidence l'humanité sur sa petite planète est un phénomène infime de l'univers, la fiction va entretenir le bruit informationnel d'un univers anthropocentré et anthropocentrique. Nous y reviendrons.







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