Diégèse samedi 13 avril 2019



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Une Conversation acclimatée 103



Gustav Diégèse






Il était à l'heure dite dans ce café de la place Monge. Il n'avait pas été facile de recueillir dans son ordinateur toutes les preuves de l'existence de Martin : photographies ; messages électroniques dont il était l'émetteur, le destinataire ou seulement en copie visible ou cachée ; évocation de son nom dans d'autres messages et même un document-papier numérisé comportant une mauvaise photographie d'identité. Le document indiquait même une date de naissance, qui, à l'évidence, avait été falsifiée. En effet, Martin avait été étudiant à Nanterre - cela était certain - dans les années 2000. Il était donc peu probable qu'il fût né en 1939. 1979 eût été une date plus plausible. Martin était donc bélier, né en avril. En admettant donc qu'il fût né un 13 avril 1979, cela le faisait naître six jours après la mort de Marcel Jouhandeau et deux jours après la chute du dictateur Amin Dada.

Cependant, rien de tout cela ne pouvait en aucune façon concourir à l'explication de son absence ce jour-là place Monge, sauf à devoir inventer d'infinies coïncidences faisant dériver le récit. Il sourit en imaginant l'une d'elle, la plus ridicule et la plus improbable qui fût.

Pensant à Amin Dada après avoir consulté un éphéméride électronique de son année de naissance, Martin se mit à rire... La chute d'Amin Dada, c'est en quelque sorte la mort du petit cheval. Ce n'était pas drôle. Mais cela l'entraîna sur une autre piste : celle, justement de « La Mort du petit cheval :», roman d'Hervé Bazin publié en 1950 deux ans après le roman à succès qu'avait été « Vipère au poing ». Cependant, Bazin reprenait là une expression apparue dans les années trente après l'interdiction de parier sur les petits chevaux du jeu du même nom. Ainsi, Martin avait soudainement considéré que son absence à ce rendez-vous jugé par d'autres capital, et notamment par le narrateur, n'était pour autant pas « la mort du petit cheval » et il avait décidé de faire autre chose qui, n'intéressant en aucune façon le récit, donc le lecteur, ne regardera jamais que lui et d'autres protagonistes dont le narrateur, pour peu qu'il les sût, à jamais taira le nom.






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4e de couverture


Dans la vie, personnelle ou professionnelle, cela arrive souvent : on a monté une réunion, un rendez-vous une visite et la personne attendue se décommande quelques jours avant la date prévue, ou bien même au dernier moment. C'est ennuyeux, mais on remonte la réunion, la visite. Ou bien on fait sans. Tout cela est très banal.
Mais, il n'est pas courant que cela arrive aussi dans une fiction. Entendons-nous bien ! Certes, dans les récits, les romans et les films, les personnages aussi, bien sûr, manquent leurs rendez-vous. Ce n'est pas cela dont il s'agit ici. Dans « Une Conversation acclimatée », il se trouve que de temps en temps, de manière imprévue, sinon aléatoire, un personnage manque à l'appel. Ce peut être un figurant, un protagoniste ou même l'un des personnages principaux. Ce n'est pas qu'ils manquent un rendez-vous, c'est qu'ils manquent au récit et que le récit est bloqué et doit trouver une solution nouvelle pour pouvoir continuer sans eux.
Gustav Diégèse signe un roman virtuose qui ne s'arrête cependant pas à la prouesse stylistique. En fin de compte, le lecteur avisé se prend à penser que c'est « comme dans la vie ». En effet, ne construisons-nous pas toutes et tous nos existences en palliant le manque parfois cruel de personnages absents ?
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