Diégèse mercredi 17 avril 2019



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Cet endroit exact 107



Gustav Diégèse






Les lieux absents


Juste à côté de tous ces lieux, massifs ou interstitiels, il y a d'autres lieux, qui prennent une place aussi importante dans notre imaginaire, qui sont les lieux où nous avons un jour choisi de ne pas aller. Je n'évoque pas ici des destinations touristiques qui sont offertes en permanence sur les catalogues des voyagistes. Je ne parle pas, par exemple, des Maldives, comme si c'était véritablement un choix possible d'aller ou de ne pas aller aux Maldives. On ne va jamais vraiment que dans les lieux où l'on peut aller par inadvertance, en se trompant de chemin, parce que des amis y ont acquis ou loué une maison de vacances. Or, on ne va jamais aux Maldives par inadvertance. Je pense à d'autres lieux, vers lesquels, par un léger détour, on pourrait aller et qu'on choisit de dédaigner, allant jusqu'à affirmer que l'on irait une autre fois. Mais, cette autre fois ne vient parfois jamais.

Il en est ainsi pour moi du Pont du Gard, ce pont aqueduc, construit au premier siècle et dont on dit qu'il est le plus haut du monde romain. Je n'y suis jamais allé, gardant en mémoire une image approximative d'arches de pierre franchissant un cours d'eau empierré. Pourtant, il y a quelques années, venant de Nîmes pour rejoindre Avignon, et délaissant l'autoroute comme j'en ai l'habitude, je me suis approché du Pont du Gard à quelques kilomètres. Venant de Nîmes, lorsque l'on arrive à proximité du Gardon, on laisse sur la droite la route de Tarascon, puis on franchit la rivière sur un pont récent. Le voyageur attentif apercevra sur l'autre rive les vestiges d'un pont plus ancien, pont suspendu achevé en 1830 et démoli en 1838, remplacé par un autre, détruit lui aussi en 1995. Le pont actuel n'est pas suspendu. J'avoue que je ne savais rien de ces ponts suspendus quand j'ai traversé Remoulins, trop attentif aux embouteillages qui se forment à cet endroit. En effet, le pont débouche sur un carrefour muni de feux tricolores et l'été, cette configuration ne permet pas d'absorber le flux continu de véhicules qui, eux, n'ont pris cette route que pour se rendre au Pont du Gard. On attend donc. J'ai attendu. Ce carrefour n'a rien de particulier. Tout droit : Avignon, Montélimar. À gauche : Alès, Uzès. Derrière : Nîmes. Il ne s'agit même pas d'une croisée historique de grands chemins, qui se trouvait un peu plus au nord, à l'extérieur de la bourgade. Alors ? Si l'on y regarde plus attentivement, quelques bâtiments sont de cette qualité architecturale qui a fait la beauté de Nîmes. Mais, il faut oublier les banderoles, les enseignes et la forêt de panneaux indicateurs. Quelques cafés, quelques restaurants, attendent des touristes.

Alors, je ne sais pourquoi, très souvent, mon esprit retourne vers ce carrefour de Remoulins, au point qu'il s'est entièrement substitué au Pont du Gard, que ne j'ai jamais vu, il est vrai.







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