Diégèse samedi 20 avril 2019



ce travail est commencé depuis 7050 jours (2 x 3 x 52 x 47 jours)
et son auteur est en vie depuis 21503 jours (21503 = nombre premier)
2019

ce qui représente 32,7861% de la vie de l'auteur


hier
L'atelier du texte demain




Le hasard peut-être dangereux 110



Mathieu Diégèse







Maintenant que nous avons constaté sinon démontré qu'il était bien difficile d'attester qu'un événement quelconque, grave ou futile, célèbre ou confidentiel soit véritablement le fruit du hasard, le moment est venu de considérer tout cela à l'envers.

Nous admettons sans difficulté particulière que nous ne faisons pas par hasard ce que nous faisons, et nous le revendiquons. Nos actes, seraient-ce les plus ténus sont, assurons-nous, entièrement soutenus, validés, consolidés par notre volonté, notre conscience, notre identité, notre personnalité et même notre traçabilité. C'est en tout cas ce que veulent démontrer toutes les théories du sujet, au moins depuis le bon Descartes. Ainsi, dans la phrase « j'irai là-bas demain », « là-bas » n'est défini que par « je ». Il en va de même pour « demain ». Qu'en est-il de « je » ? Le « je » ne dépendrait que de lui-même dans la fixité de la conscience de soi ? Pas si sûr.

Rappelons si nécessaire que l'on qualifie en linguistique de « déictique » les termes dont le sens dépend de la situation d'énonciation. Sont ainsi « déictiques » les adverbes « ici » ou « là » s'agissant du lieu. De même, « hier » et « demain » ne sont pas moins déictiques que « là-bas » ou encore « plus tard ». Si nous reprenons la phrase « j'irai là-bas demain », tout est déictique, même « je ». Nous ajouterons : surtout « je ». En effet, si je substitue « J'irai à Paris le 21 avril 2016 » à « j'irai là-bas demain », ce qui demeure déictique, c'est bien « je ». Or, pourrait-il y avoir de hasard sans déictique ? Considérons la phrase « le 21 avril 2016 à 13h42 alors qu'il marchait dans la forêt une pomme de pin est tombée sur la tête de Monsieur D. (par hasard) » Il n'y a plus aucune place pour le hasard dans cet énoncé, ajouterions nous la locution adverbiale « par hasard ». Il sera très différent d'écrire, en revanche, « le 21 avril 2016 à 13h42 alors que je marchais dans la forêt une pomme de pin est tombée sur ma tête (par hasard). »

Car, nous sommes essentiellement des êtres déictiques et nous sommes déictiques aussi pour nous-mêmes. Or, par facilité, par usage et peut-être par nécessité nous dénions le plus souvent sinon toujours ce même caractère déictique à autrui. Dans les recoins de notre conscience, nous n'admettons le hasard que pour nous-mêmes quand rien pour autrui n'arrive par hasard. L'autre nous vient par hasard quand nous sommes entièrement nécessaires à nous-mêmes. Se considérer soi-même comme un hasard pour soi-même pourrait, certes, conduire à la folie. Le hasard procède donc du « je ». Sans sujet pas de hasard.






page 110
Toute la collection
4ème de couverture
2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000

2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010