Diégèse dimanche 21 avril 2019



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C'est un roman 111



Gustav Diégèse







Comme à son habitude, il est arrivé plus d'une heure à l'avance pour prendre le train de Lyon. Il sait que l'on ne dit plus « le train de Lyon » depuis plusieurs générations, depuis le train à grande vitesse, sans doute. Il vérifie immédiatement sur son téléphone mobile quand a été ouverte la ligne à grande vitesse entre Lyon et Paris, quand les trains étaient encore oranges, comme celui qui est dessiné presque à l'échelle 1 dans la station de métro de la gare Saint-Charles à Marseille. Son téléphone intelligent ou supposé tel lui donne la réponse : 1981. Il ne pensait pas que c'était si tôt. Il aurait plutôt dit 1985. Mais à mieux y réfléchir, c'est parce qu'il n'avait pas l'occasion d'aller à Lyon avant 1985.


Septembre 1981. Il se demande s'il va passer l'heure de vacance qu'il s'est donnée à tenter de se rappeler les événements marquants de sa vie pendant le mois de septembre 1981. Il avait trente-et-un ans. Il était père d'un enfant de trois ans qui allait entrer à l'école maternelle de la rue Saint-Benoît, cette même école où en 1967 Marguerite Duras s'était entretenue avec des enfants. Il se souvient en souriant qu'il la croisait parfois qui allait déjeuner ou revenait de déjeuner au Petit-Saint-Benoît, qui était déjà une institution. Qu'est-ce qu'elle avait publié en 1981 ? Il ressort son téléphone. « L'Amant », c'est 1984. « La Douleur » : 1985. 1981, c'est « Outside » et « Agatha », la pièce de théâtre filmée par Duras avec Yann Andréa et Bulle Ogier. « Agatha et les Lectures illimitées ». Il ne croit pas avoir vu ce film. Il a peut-être lu le livre. Un temps, il se targuait d'avoir tout lu de Duras. Mais, c'était un mensonge. Il se souvient bien que c'était un mensonge, déjà. Alors, maintenant, qu'il oublie... Le film est diffusé par les éditions Benoît-Jacob. Beaucoup de « Benoît » dans ces souvenirs distants de septembre 1981.
Le temps passe. Aucune chance qu'il trouve ni « Agatha », ni « Agatha et les Lectures illimitées » dans l'un des relais à tout faire, à tout vendre et à tout acheter de la gare de Lyon. Il aurait plus de chance s'il avait oublié le chargeur de son téléphone. Il vérifie qu'il n'a pas oublié le chargeur en question. Il se demande combien il y a de relais de ce type Gare de Lyon. Il ressort son téléphone. Il ne trouve pas, mais il apprend le nom de la directrice de la gare et se demande qui peut bien avoir besoin de connaître son nom. Sans doute pour adresser des réclamations. Il se dit qu'il va lui écrire pour lui demander combien de réclamations elle reçoit à son nom.

Il entre dans un de ces relais. Il manque de heurter un présentoir temporaire présentant un de ces romanciers à grand tirage qui vient de sortir un nouveau roman. Il ne cherche pas à savoir combien de romans il a publiés. Il trouve que c'est une petite victoire sur ses pulsions comptabilisatrices. Il cependant compte le nombre de livres que peut contenir le présentoir. Il est presque plein. Il demande au caissier si ça part bien. Mais, le caissier s'en fout. Il est étudiant et ne lit pas de romans de gare, lui répond-il.







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