Diégèse mardi 23 avril 2019



ce travail est commencé depuis 7053 jours (3 x 2351 jours)
et son auteur est en vie depuis 21506 jours (2 x 10753 jours)
2019

ce qui représente 32,7955% de la vie de l'auteur


hier
L'atelier du texte demain




Je veux savoir 113



Noëmie Diégèse







Rapprochons maintenant ce « vouloir savoir » de ce ce qui mobilise le désir de celle ou de celui qui lit un roman ou qui voit un film. Mais, nous préférerons le roman, car, le plus souvent, la lectrice ou le lecteur maîtrisent entièrement le rythme de la lecture et de son interruption. Tout d'abord, remarquons que ce « vouloir savoir » n'est pas la seule raison, et même parfois pas la principale, de la lecture d'un roman. S'il n'y avait que des dénouements dans les fictions, il n'y aurait pas de roman. Il n'y aurait pas de film de fiction, non plus. Car, contrairement à ce que l'on croit trop rapidement, ce qui produit la fiction, ce n'est pas son dénouement, ce sont ses circonstances. Ainsi, je veux savoir, mais pas n'importe comment. Le dispositif de la révélation vaut autant que la révélation elle-même. Remarquons au passage qu'il en va de même pour les religions. La révélation divine, au moins dans les religions du Livre, vaut autant sinon davantage par les modalités de cette révélation. L'Ancient Testament, comme le Nouveau Testament sont entièrement consacrés aux circonstances de la manifestation divine, circonstances sur lesquelles s'appuie, mais s'appuient seulement, les préceptes, les enseignements et les commandements. Je veux savoir, mais pas n'importe comment.

Les bonnes circonstances de la révélation ne sont pas universelles, cependant, et dépendent de chaque personne. C'est un peu comme pour les pansements. Expliquons-nous. Certaines et certains vont enlever un pansement petit à petit, avec d'infinies précautions, si possible sous de l'eau chaude pour en amollir la substance adhésive, ou, encore mieux, en utilisant une substance anti-adhésive qui va permettre un décollement sans douleur. D'autres, en revanche, vont préférer arracher d'un coup sec et bref ce même pansement, sachant d'expérience que la douleur est brève et, somme toute, supportable. Les médecins appliquent l'une ou l'autre méthode pour informer leurs patientes et leurs patients du caractère sérieux de leur maladie. Aucun, évidemment, ne va dire : « vous allez mourir. » L'euphémisme est toujours de mise. Pendant des générations, il était d'ailleurs d'usage de ne pas révéler au patient, à la patiente, la gravité de son état, pensant que cela pouvait nuire à une guérison toujours possible ; par lâcheté, peut-être aussi. Désormais, des chartes, affichées dans les hôpitaux, attestent que le patient a le droit d'être informé, et imposent ainsi une sorte de « droit de savoir. » Mais savoir quoi ? Pas grand chose en fait. Et c'est alors que les circonstances font la différence.







page 113
Toute la collection
4ème de couverture
2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000

2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010