Diégèse mercredi 24 avril 2019



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Peut-être un roman 114



Mathieu Diégèse







Nous sommes partis le matin, de bon matin, comme pour des vacances. Quand nous sommes sortis de Paris, de son agglomération, de sa banlieue, tu trouvais le paysage poétique. « La poésie, ce serait en somme le langage du réel, en ce qu'il ne peut plus se diviser ou ne s'intéresse pas à se diviser davantage. » Quand nous avons traversé la forêt de Fontainebleau, l'automne a jailli. M'est venu en mémoire ce haïku, que j'ai cité, je crois, déjà : « C'est le soir, l'automne, je pense seulement à mes parents. C'est le soir, l'automne, je pense seulement à mes parents. » Ce n'était pas le soir, mais encore le petit matin, mais, c'est à cela que sert le haïku. Il a la même fonction que le léger « clic » que fait une pièce d'un puzzle quand elle a enfin trouvé sa place. Je me souviens avoir employé au Collège la métaphore du « tilt », ou plutôt celle du « faire tilt ». Ce n'était pas une bonne métaphore. « Le haïku c'est ce qui fait tilt, c'est ce qui fait tilt, dans mon mental, dans mon esprit. » Enfin, je ne sais pas si c'est une bonne métaphore. Si je me réfère au billard électrique que l'on trouve dans les cafés, le « tilt », c'est quand la partie s'arrête, car, le joueur a trop secoué la machine. C'est une sorte de petite mort sans jouissance. Sans quelle jouissance ? Celle du « clac », de la partie gratuite, celle du « same player shoot again ». Mais le « tilt », lui, conduit celui qui fait « tilt » à devoir repayer, relancer, rejouer, mais de manière onéreuse. Cependant, je n'aurais pas pu dire : « Le haïku c'est ce qui fait clic, c'est ce qui fait clic, dans mon mental, dans mon esprit. » Personne n'aurait compris. Mais personne, peut-être n'a compris avec ce que je voulais dire quand j'ai évoqué le « tilt ». J'ai noté ceci dans Le Nouvel Observateur du 2 avril 1973 : « Un peu de douceur, un peu de violence, pas trop, sous peine de déclencher le « tilt », l'arrêt de l'appareil, le néant, la mort. » Ce tilt du flipper est à l'évidence une pratique sado-masochiste.

Nous sommes sortis de la forêt de Fontainebleau. Tu conduis vite. Je soupçonne que c'est pour m'impressionner. Ou alors, c'est pour manifester ta jeunesse. « Tu vois, je suis jeune. » me dis-tu en accélérant, je suis insouciant, rapide, alerte et je fuis l'automne mélancolique de la forêt de Fontainebleau.» Peu importe que ta jeunesse ne signifie rien d'autre que, non pas ma vieillesse, mais, cet impitoyable : « J'ai passé l'âge. » C'est ce qui me vient spontanément à l'esprit au moment où tu accélères encore. « Comme toujours, ce qui est absolument spontané, c'est la culture, ce qui vient d'abord, c'est la culture. » et c'est encore un haïku : « Et qu'est-ce que ma vie, rien de plus que le roseau futile croissant au chaume d'une hutte. » Je décide donc de ne pas te demander de ralentir. Te le demander, ce serait entrer dans ce jeu de la différence d'âge, de jouer à la grande personne et il n'y a rien de moins érotique que de jouer à la grande personne raisonnable, celle qui ne va pas trop vite, et qui surtout, l'avoue. « Il y a un haïku qui dit : rien d'autre aujourd'hui que d'aller dans le printemps, rien de plus ; rien d'autre aujourd'hui que d'aller dans le printemps, rien de plus. » Je peux lui substituer : rien d'autre aujourd'hui que d'aller trop vite sur l'autoroute, rien de plus.








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4ème de couverture


« Je vais faire comme si j'allais faire un roman. »
Cette phrase, c'est Roland Barthes qui la prononce le 16 décembre 1978 dans son cours au Collège de France intitulé « La Préparation du roman ». Ce roman, Barthes ne l'écrira jamais, victime en février 1980 d'un accident de la circulation qui l'emportera un mois plus tard.
Pour autant, Barthes aurait-il écrit ce roman ? Rien n'est moins certain. Mais, quarante ans plus tard, Mathieu Diégèse, on le sait, romancier infatigable, prend au mot Roland Barthes, et, déjouant les pudeurs du maître, nous livre ce roman fantasmé par le Professeur au Collège de France. Les connaisseurs y retrouveront certains des haïkus cités pendant le cours, parfois même des phrases entières de ce même cours.
Mais, soyez sans crainte, on peut lire ce roman comme on lit un roman, c'est à dire, en s'émancipant des références qu'il mobilise. Car, c'est là le pari de Mathieu Diégèse, qui, lui, ne fait pas « comme si. » Il l'écrit bel et bien ce roman. Et c'est le roman d'un amour que le narrateur, qui a peut-être un peu trop lu Proust, aurait voulu impossible, et qui, contre toute attente, se révèle possible. Et l'on entendrait presque la voix inimitable de Barthes nous dire : « à quoi bon écrire un roman, si c'est pour écrire ce que l'on vit ».
Que l'on aime Roland Barthes ou non, il faut lire ce livre. Et si l'on aime pas Romand Barthes, il pourrait vous le faire aimer.
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