Diégèse samedi 27 avril 2019



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Variations sur la gravité 117



Noëmie Diégèse







Dans le droit français, le terme « grave » apparaît plusieurs fois si l'on en croit le moteur d'interrogation fourni par le site internet Legifrance. Cela peut paraître assez étonnant, sachant que le droit n'a pas beaucoup d'affection, et c'est légitime, pour les notions pouvant donner lieu à interprétation. Certes, la jurisprudence permet de préciser l'intention du législateur, mais, il est convenu qu'il est préférable d'éviter cela, comme source d'insécurité juridique. Pourtant, par exemple, le code de la sécurité sociale n'hésite pas à utiliser le terme « grave » dans différents textes. C'est notamment le cas dans le décret D322-1 modifié qui dresse « la liste des affections comportant un traitement prolongé et une thérapeutique particulièrement coûteuse susceptibles d'ouvrir droit à la suppression de la participation des assurés sociaux aux tarifs servant de base au calcul des prestations en nature de l'assurance maladie... » Il s'agit donc, sans forcer l'interprétation, de la liste des maladies jugées suffisamment graves pour que l'assuré n'ait pas à supporter exagérément le coût de leur traitement, ce, afin de garantir un égal accès aux soins. La phrase citée ci-dessus peut donc apparaître comme une tentative, assez réussie, car objectivée, de définition de ce qu'est de nos jours une maladie grave. C'est pourquoi, d'un point de vue linguistique, donc juridique, on peut s'étonner que cette tentative soit mise à mal quand on entreprend de lire cette même liste, puisque l'on y trouve onze fois le mot « grave » dans six items d'une liste qui en comprend une trentaine environ :
  • insuffisance cardiaque grave, troubles du rythme graves, cardiopathies valvulaires graves ;
  • cardiopathies congénitales graves ;
  • déficit immunitaire primitif grave nécessitant un traitement prolongé, infection par le virus de l'immuno-déficience humaine
  • formes graves des affections neurologiques et musculaires (dont myopathie), épilepsie grave ;
  • insuffisance respiratoire chronique grave ;
  • néphropathie chronique grave et syndrome néphrotique primitif
  • spondylarthrite grave
On se gardera bien d'ironiser sur ce que pourrait être une spondylarthrite « pas grave » par respect et aussi manque de compétence en la matière, même si la description qui est faite de la maladie dans les ouvrages spécialisés en fait une maladie qui paraît à l'ignorant.e comme plutôt « grave » quel que soit son stade d'évolution.

Mais, on peut objecter qu'il s'agit seulement de maladies qui comprennent différents stades dont les premiers ne nécessitent pas de traitements prolongés et coûteux. soit. Or, cette même liste comprend des maladies qui nous semblent entrer à première vue dans cette dernière catégorie. La liste mentionne, par exemple, les « maladies chroniques actives du foie et cirrhoses », dont on admettra facilement qu'il existe des formes plus ou moins « graves ». On se tournera alors vers les médecins eux-mêmes pour tenter d'obtenir des éclaircissements sur les caractères de gravité dans la santé humaine. On apprend ainsi, par exemple, que l'on peut calculer des « scores de gravité », notamment pour les poly-traumatisés. Le « score de Glasgow » est ainsi calculé par l’addition de 3 notes obtenues lors de l’évaluation de l’ouverture des yeux, de la réponse motrice et de la réponse verbale. La Société française de médecine d'urgence met à disposition sur son site internet un calculateur qui explicite cela. On y apprend ainsi que ce score se cote de 3 à 15 et que 7 est « une valeur charnière en dessous de laquelle se situe un état de coma grave1 ».

Soit, mais encore... Ce qui se cache derrière le terme « grave », c'est évidemment la mort. Alors, pourquoi ne pas le dire ? Sans doute parce que toute maladie pouvant entraîner la mort, cela ne permettrait pas de sortir de l'ambiguïté, d'une part ; parce que homo sapiens étant mortel, d'autre part, on ne dit rien dès lors qu'on dit qu'il peut et qu'il va mourir. Ce qui se cache donc derrière cette hésitation tautologique du langage, c'est notre mortalité et rien ne peut donc être vraiment « grave » si on l'admet.





1https://www.sfmu.org/calculateurs/glasgow.htm


page 117
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4e de couverture


L'adjectif qualificatif « grave » et le substantif « gravité » qui lui est associé sont communément utilisés par toutes et tous dans différentes circonstances de la vie. On peut considérer que la « gravité », quand il ne s'agit pas de la loi de Newton, fait partie des principes fondamentaux de l'éducation. Les parents expliquent ainsi qu'il est très grave d'avoir fait ceci ou cela, et que ce bobo, pourtant dû au principe de gravité appliqué à la chute des corps dans l'apprentissage de la bicyclette, cela, ce n'est pas grave. Il s'agirait donc via la notion de « gravité » d'enseigner le discernement.
La philosophe, linguiste et philologue Noëmie Diégèse va s'employer à démontrer que ce n'est pas si simple. Pour ce faire, elle isole dans des discours vernaculaires, mais aussi dans des énoncés médiatiques ou politiques le terme « grave » ou « gravité » pour s'attacher à l'analyse des notions qu'ils tentent d'exprimer. Elle montre ainsi qu'il s'agit d'un des termes les plus relatifs de la langue, ce dont on se doutait, mais, en dévoile des propriétés beaucoup plus dissimulées.
Alors est-ce que c'est « grave » ou non ? On ne le saura qu'en lisant ce livre, succulent pour les amateurs de philosophie comme pour celles et ceux qui aiment la langue, la littérature ou simplement les mots.
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