Diégèse dimanche premier décembre 2019



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écrire à l'aveugle 335



Gustav Diégèse







Michel T.

Je rencontre Michel T. chez lui. Il me dit qu'il sort le moins possible. Ce jeune homme d'une quarantaine d'années à l'allure sportive ne m'explique pas sa réclusion volontaire. Il a un emploi en télétravail qui ne lui demande de rejoindre un bureau, pas très loin de chez lui, qu'une fois par semaine, le jeudi, sauf si c'est un jour férié et dans ce cas, il doit changer de jour, ce qui est évidemment une contrariété, mais qu'il peut surmonter. Sur la table de travail de Michel T., il y a deux ordinateurs : un dédié à son travail salarié, fourni par l'entreprise qui l'emploie, et qui enregistre et analyse son activité ; l'autre est son ordinateur personnel, celui avec lequel il écrit. Michel T. a publié une dizaine de textes qui sont demeurés assez confidentiels, faute de promotion pense-t-il. Il se rappelle avoir très jeune été impressionné par Blanchot qui ne voulait pas être photographié. Il ne peut pourtant pas se souvenir de ce numéro du journal Libération où, en 1979, un carré vierge se substitue à son portrait. Il ajoute qu'il a accepté de me recevoir car, je ne prendrai ni ne publierai de photographie, ni dévoilerai sa véritable identité. Il est entendu que Michel T. est un pseudonyme.

Nous évoquons l'écriture.

« Longtemps, j'ai pensé et même cru que je ne savais pas ce que je faisais en écrivant. Je pense aujourd'hui le contraire. Je sais parfaitement ce que je fais quand j'écris mais, pour autant, je ne sais pas ce que j'écris et je crois bien que je ne le saurai jamais. Une fois le texte fixé, je ne le relis jamais. Vous ne pourriez pas trouver ici d'exemplaire imprimé de mes textes. Je n'arrive pas à comprendre les écrivains qui s'encombrent de leurs livres. Je pourrais même trouver cela ridicule si je m'y attachais. Mais, je ne m'y attache point. Ce que je fais, en écrivant, c'est servir. Je ne sais pas ce que je sers ou qui je sers mais, je sais que je sers. Tagore, je crois avoir lu cela, affirmait que tous les écrivains n'écrivaient et n'avaient jamais écrit qu'un seul et même texte, qui serait le grand texte universel. J'aime cette idée que toute l'écriture du monde procède de la même source humaine, de la même source en humanité. C'est cela que je sers, avec humilité, cette source unique. Je pense qu'il en va de même avec l'art. Il n'y a qu'un seul dessin, qu'une seule peinture, depuis les tréfonds des âges jusqu'au dernier dessin produit par le dernier enfant, par le dernier artiste. C'est peut-être ce que Tagore avait compris aussi, qui commença la peinture à plus de soixante ans. Donc, quand j'écris, je fais cela : j'écris. Je suis en mode écriture. J'écris, je lis. J'écris encore, je lis encore. Je finis un jour le texte. Je le relis. Je l'envoie. Le reste ne me regarde pas. »







page 335
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4e de couverture


Gustav Diégèse est allé à la rencontre d'écrivaines et d'écrivains de langue française et leur a demandé comment elles et ils écrivaient. Banal, pensez-vous. Sauf que Diégèse va plus loin que les articles que l'on trouve souvent dans les magazines, fussent-ils de littérature, tous les étés, où l'on apprend la marque du stylo de l'auteur, ou celle de l'ordinateur, et ses habitudes d'écriture, du matin ou du soir, habitudes qui relèvent parfois plus de l'hygiène que de la création. En effet, Gustav Diégèse, par un jeu de questions serrées, parfois inattendues, obtient des auteur.e.s des réponses qui permettent d'analyser les rouages de cet acte étrange, que beaucoup ont qualifié d'asocial : écrire. Qu'il s'agisse de nouvelles, de romans courts ou en plusieurs tomes, de genres réputés sérieux ou de divertissement, il semble bien qu'il y ait dans l'acte d'écrire un mouvement commun, qui relève sans doute d'une fondamentalité anthropologique.
C'est donc aussi un livre de livres que Gustav Diégèse nous propose ici. Patiemment, il dénoue l'écriture, ce qu'elle recèle irréductiblement, de magie, de conjuration et, aussi bien sûr, de libido. Voilà une manière originale de parcourir le monde littéraire francophone contemporain. Il est certain qu'une version augmentée de ce livre est en préparation pour y accueillir celles et ceux qui n'y étaient pas encore et qui piaffent déjà d'impatience.
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