Diégèse mercredi 4 décembre 2019



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L'évocation discrète du désir 338



Mathieu Diégèse







4 décembre 2008


« En revenant tout à l'heure de l'hôpital Foch, le taxi, ou plutôt le VSL, comme ils disent, a emprunté l'avenue de Fouilleuse qui rejoint par les hauteurs Saint-Cloud à Rueil-Malmaison en passant par Suresnes. Je ne sais pas pourquoi le chauffeur est passé par là. Ce n'était pas du tout la route, mais j'ai fait semblant de ne rien en savoir. C'est cela qui est agréable quand on est une vieille personne qui devient un très vieille personne, les gens pensent que vous ne comprenez plus rien à rien, surtout quand vous revenez de l'hôpital et vous pouvez donc vous dispenser de demander des explications qui, au fond, vous laisseraient indifférentes. Mais, ce chauffeur a bien fait, puisque j'ai pu revoir ainsi cette cité-jardin que j'aime tant et qui se penche gentiment sur l'hippodrome de Saint-Cloud. On imagine mal aujourd'hui que Suresnes et Rueil-Malmaison ont été des villes populaires et même des villes prolétaires, des villes résistantes et des villes combattantes. Je ne peux plus aller sans souffrir dans le centre-ville de Rueil-Malmaison. J'ai l'impression que l'on y a reconstitué un village de dessin animé. C'était auparavant un village artisan, avec de véritables artisans et non des boutiques de colifichets.

J'ai revu de la voiture cette fenêtre des immeubles de la cité-jardin qui donne sur l'hippodrome, cette fenêtre particulière que je n'avais plus vue depuis des dizaines d'années. Je ne saurais les compter aujourd'hui. C'était une histoire et cette histoire, je ne l'ai jamais racontée. C'était après la guerre, pas juste après, mais environ dix ans après, si je me souviens bien. Mais, je me souviens bien et je m'en souviens même très bien. J'avais rencontré un ouvrier qui s'appelait Jean. J'étais à bicyclette ce jour-là et je me dirigeais vers ce qui est devenu maintenant le Paris-Country-Club. Par parenthèse, je me demande comment des gens peuvent dépenser autant d'argent pour aller dans un endroit qui porte un nom aussi vulgaire. C'était le mois de mai. Je me croyais dans une chanson populaire. Il s'appelait Jean. Il m'avait alertée sur le fait que mon écharpe pouvait se prendre dans les roues. Je l'avais écouté en souriant, un peu essoufflée et sans doute rosissante. Je ne sais plus ce qui a fait que je l'ai suivi jusque chez lui. Pour le reste, je ne saurais le raconter ici, mais, ce que je peux raconter, ce sont les longues heures passées à regarder les courses au loin, sur l'hippodrome, serrés l'un contre l'autre. Je racontais le soir à mes parents que je perfectionnais mon tennis. Père et mère considéraient qu'une jeune fille qui faisait du sport se donnait un air anglais. Je me donnais quant à moi un air américain, mais cela, ils ne le savaient pas. »







page 338
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4e de couverture


Barbara a pris une semaine de vacances. Mais il ne s'agit pas vraiment de vacances. Elle doit aller chez sa grand-mère qui habitait près de Saint-Cloud et qui vient de mourir à 97 ans dans le calme retrouvé du très grand âge. Il faut vendre cette maison. Ce ne sera pas très compliqué. C'est une belle maison. Ses grands-parents avaient fait appel à un architecte de renom. On la trouve dans des livres sur l'architecture de l'après-guerre. Mais, il faut la vider de tous les effets personnels de la défunte. Le plus gros a déjà été fait. Il ne reste presque rien : quelques tiroirs à vider... C'est dans un de ces tiroirs, qu'elle les trouvera, bien rangés, des carnets de note qui lui étaient entièrement inconnus et qui n"avaient d'ailleurs jamais été évoqués par quiconque de la famille.
Mathieu Diégèse nous accompagne comme il accompagne Barbara dans la lecture des carnets d'une vie, d'une pudeur incroyable et merveilleuse. Barbara ne découvrira peut-être pas de secrets ébouriffants, quelques secrets quand-même, des traces insoupçonnées, des souvenirs lointains ou très proches. Elle découvrira une femme qu'elle croyait connaître.
Un roman d'une sensibilité rare, écrit dans une langue incomparable. Mathieu Diégèse est sans conteste l'un des meilleurs romanciers de sa génération.
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