Diégèse dimanche 8 décembre 2019



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2019

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Se nourrir du rêve 342



Mathieu Diégèse








Je me souviens précisément de la première fois que j'ai vu des toiles d'Axel Pahlavi, dans la galerie Éva Hober, quand elle était encore rue Chapon dans le troisième arrondissement de Paris, à deux pas du Centre Pompidou. Je me souviens de m'être arrêté sur le nom de l'artiste : Pahlavi comme le Shah d'Iran, m'étais-je dit. Je me souviens aussi avoir demandé à la galeriste si l'artiste était parent avec le Shah défunt. Axel Pahlavi est né en Iran en 1975, trois ans avant la révolution iranienne. Mais, je ne me rappelle pas la réponse qu'elle m'a faite alors. C'est donc que cela m'indifférait qu'il fût ou non parent avec le défunt souverain. C'était en fait pour dire quelque chose et surtout pour retarder le moment où j'allais devoir dire quelque chose sur cette peinture. Axel Pahlavi est peintre.

Nous étions en 2012, ce qui, pour l'histoire de l'art française, est une éternité. Peu étaient celles et ceux, encore, qui avaient le sentiment que la création contemporaine prenait de nouveaux chemins parmi tous les chemins nouveaux qu'elle avait déjà pris. La peinture, et surtout la peinture figurative sortait encore à peine des années d'ostracisme qu'elle avait connues en France. Il avait été admis, une fois pour toutes, pensait-on, qu'il n'y avait de bons peintres qu'en Allemagne. On se pressait pour Richter, on supportait Baselitz. Des Français, on tolérait Soulages, on gardait support-surface et Buren parce que c'était admis qu'on les gardait. Mais, par exemple, Monory était alors au rancard et on entrait chez Templon parce qu'il avait ses entrées dans les allées du pouvoir, mais on se pinçait le nez. Dans certaines écoles d'art, on avait trouvé la solution : on avait interdit aux étudiantes et aux étudiants de peindre. C'était plus simple. Et encore, il n'était même pas imaginable qu'elles et ils pussent s'exercer à la peinture figurative. Moi, j'avais échappé à ces oukases. Sans doute car je n'étais, il faut l'avouer, ni historien d'art, ni faux historien d'art, ni journaliste spécialisé dans l'art contemporain, ni faux journaliste supposé spécialisé dans l'art contemporain. J'allais où mes yeux me dictaient d'aller et je réfléchissais ensuite.

La toile présentée ici était accrochée dans la première salle. Quelle était cette infinie tristesse de cette femme clown au maquillage dépenaillé, au nez rouge pendant défait ? Le noir autour des yeux était-il le fait d'un rimmel éploré, de larmes, d'une fatigue épuisée et la perruque blonde n'évoquait-elle pas, davantage que la nudité, la luxure ? Car, le corps nu était las, comme déjà pris par on ne savait quel assaillant tarifé reparti vers d'autres tâches humaines. Mais alors, quel était ce regard levé vers quel ciel bien improbable dans cette chambre pauvre ?

Je suis alors passé dans la seconde salle et c'est alors que j'ai compris la figure d'espérance qui était dans la première salle, bouleversé. On y trouvait une Annonciation et dans le regard de la Vierge il y avait tout à la fois la joie de la naissance à venir et la douleur grave de la crucifixion. C'était ce regard, d'abord que j'ai fixé et puis je me suis dit, presque en larmes : « elle était si jeune ».






page 342
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4e de couverture

L'art contemporain... On croyait avoir tout lu et tout entendu... Celles et ceux qui adorent et celles et ceux qui détestent. Les spécialistes pointus et les amateurs éthérés. Mathieu Diégèse ose apporter sa propre pierre à cet édifice d'écrits et de commentaires et c'est assez réussi. Loin de l'histoire de l'art et de la critique d'art, loin d'ailleurs de toute discipline établie et répertoriée, Mathieu Diégèse nous offre une promenade sensible dans l'art de notre temps sans distinction de genre. Son principal outil, et il le manie à la perfection  : le rêve. C'est par le rêve qu'il faut aborder l'art, dit-il, et toute autre méthode est vouée à l'échec. Vous pouvez sans crainte vous laisser entraîner dans le parcours artistique et onirique proposé par ce livre. Vous y ferez de belles découvertes, souvent inattendues. Et surtout, vous reconsidérerez, que vous l'aimiez ou pas, l'art de notre temps, dans la multiplicité de ses facettes.
Un livre à mettre entre toutes les mains.
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