Diégèse vendredi 20 décembre 2019



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2019

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Pour les souvenirs 354



Mathieu Diégèse







Quel est le Noël dont Théophile se souvient le mieux ? Certainement pas celui de 1920, celui de sa naissance. 1920... Lui-même n'en revient pas d'être né il y a si longtemps. Il est né huit jours avant l'accordéoniste André Verchuren et on le lui a souvent répété. Mais, désormais, ce dernier est décédé, le 10 juillet 2013, exactement. Est-ce que son premier souvenir de Noël est celui de l'année de ses dix ans ? 1930 ? Plutôt de ses douze ans : il se passionnait déjà pour la politique et il se souvient que le 28 décembre 1932 Joseph Paul-Boncour était devenu Président du Conseil. Il avait été quelques années plus tôt le premier ministre du Travail qu'il y ait jamais eu en France, dès avant la guerre, en 1911. Il restera à peine une année en poste. C'est une époque où les gouvernements valsent pendant qu'en Allemagne un péril encore non décelé commence à poindre. Pas mal, à bien y réfléchir, ce Paul-Boncour, qui vote évidemment contre les pleins pouvoirs à Pétain en 1940.

1940... Il repense au cadeau de Noël ignominieux du régime de Vichy le 25 décembre 1940 : l'affreux Darlan rencontre Hitler à Beauvais, plus précisément à Laboissière-en-Thèle. Il en frissonne encore. Il vient d'avoir vingt ans et cet épisode honteux le précipite dans la Résistance. Darlan sera assassiné à Alger deux ans plus tard par un comploteur monarchiste. Les temps étaient troublés.

Noël 1944 ? Il n'est pas tranquille. Le monstre n'est pas mort encore même si une partie de la France est libérée. Dans les Ardennes, les Nazis lancent une dernière offensive, qui ne sera définitivement arrêtée qu'à la fin du mois de janvier 1945. C'est un mois de janvier glacial. Il est allé depuis à Bastogne, voir le monument qui a été érigé en 1950 par les Belges sur lequel on peut lire Populus Belgicus memor liberatoribus Americanis. Il était avec son fils qui avait commencé le latin en classe et qui avait, avec fierté, déchiffré cette forme d'épitaphe. Il s'est toujours demandé pourquoi les Belges avaient choisi le latin : sans doute pour éviter de devoir choisir entre le français et le flamand. Mais, il ne se souvient rien d'autre du Noël 1944 que d'avoir écouté la radio quasiment en permanence pour savoir ce qui se passait sur le front des Ardennes, prêt à reprendre le combat. Il revient un peu en arrière...

1936. 7 décembre 1936 : la mort de Mermoz.

En fait, son premier souvenir marquant de Noël, et c'est paradoxal, c'est 1937 et sa participation, tout jeune encore, au congrès du Parti Communiste Français, à Arles, qui verra sans surprise la réélection de Maurice Thorez. C'est la première fois qu'il va au sud de la Loire. Il y restera toute sa vie ou presque. Arles est devenue sa ville depuis si longtemps que tout le monde ou presque a oublié qu'il n'y est pas né. Il y est bien et le maire est encore communiste.







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4e de couverture


Bientôt Noël. Théophile est né un 20 décembre, le jour de la Saint Théophile. Ses parents ne savaient alors ni le sens étymologique du prénom, ni l'histoire du saint en question. Très vite, on l'a appelé Théo. Il se souvient qu'à l'école, pour l'embêter, on l'appelait parfois coton, par association avec le mot « hydrophile ». À l'époque, il en était blessé et cela lui avait valu quelques bagarres mémorables. Aujourd'hui, cela l'amuserait plutôt qu'on ose l'appeler ainsi. Même ses petits-enfants n'oseraient pas le jeu de mot.
Bientôt Noël, et Théophile, né avant les cadeaux, lui dont l'anniversaire s'est toujours confondu avec celle des sapins et des agapes hivernales, se souvient des souvenirs. Car, à bien y réfléchir, tout au long de la vie, on se souvient d'actes qui sont produits spécifiquement pour créer des souvenirs. Il y a bien sûr tous ces souvenirs imprévus, subreptices, agréables ou désagréables et puis, il y a ces instants où l'on prend la photo, où l'on pose, où l'on s'est préparé pour le souvenir qui vient, qui demeure, ou parfois qui ne demeure pas. Alors, Théophile se souvient de ce qu'il a pu faire dans sa vie pour produire des souvenirs, parfois avec succès, parfois dans l'échec de l'oubli. Et pendant ce temps, les jours rallongent.
Mathieu Diégèse nous donne un roman d'hiver coloré, parfois joyeux et mélancolique tout en même temps. On y parcourt un bout de siècle passé, un peu de celui-ci, dans cette douceur qui est sa marque littéraire.
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