Diégèse lundi 11 février 2019



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Sans que jamais rien
ne demeure sinon ma Joie
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Mathieu Diégèse







Je vais aller aujourd'hui à Saint Barnabé. Je n'y suis jamais allé. Dans mon enfance, nous n'allions jamais de ce côté. Il n'y avait pas de raison particulière pour rejoindre ce quartier. Nous n'y connaissions personne. Quand nous quittions la ville, c'était le plus souvent par la vallée de l'Huveaune pour rejoindre Aubagne et la famille de mon père qui y habitait. Rarement, nous allions à Cassis ou même à La Ciotat par le col de la Gineste. Quand cela arrivait, c'était jour de fête. Notre père préparait l'automobile comme pour un raid dans le désert et nous guettions chaque virage, chaque lacet, soulagés d'avoir atteint le col et la croix qui l'indique. Il faudrait pouvoir garder cela de l'enfance de faire toute une aventure de l'ascension d'un col qui culmine à trois-cent vingt-six mètres. Et pour revenir de La Ciotat, nous passions immanquablement par Aubagne, mon père pensant certainement que l'automobile n'aurait pas supporté deux fois dans la journée une telle épreuve.

Mais, aujourd'hui, aller à pied à Saint Barnabé depuis le Vieux-Port est une nouvelle aventure. L'âge rallonge les distances comme l'enfance sait le faire. Car, il s'agit de marcher moins de cinq kilomètres et le dénivelé n'est même pas de cent mètres. J'ai choisi Saint Barnabé pour éviter de me perdre. De la Canebière, cela semble simple, il faut aller tout droit. Aux Réformés, je prendrai le boulevard de la Libération et ce n'est qu'au carrefour des cinq-avenues qu'il faudra faire bien attention d'obliquer vers la droite pour rejoindre le boulevard de la Blancarde en croisant la ligne de tramway. Si je suis attentif, je ne manquerai pas le raccourci de la rue de Cadolive qui permet au marcheur d'éviter la grande boucle que fait ensuite le boulevard devenu avenue de Saint Barnabé. La dernière bifurcation sera pour la rue Montaigne qui me conduira jusqu'à la place Caire, la place de l'église. C'est donc globalement tout droit, mais je recense sur le plan davatage de possibilités de m'égarer que je ne le croyais. J'avais auparavant déjà repéré cela : quand quelqu'un vous dit qu'il suffit d'aller tout droit, c'est qu'il connaît le chemin, mais il y a tant de façons d'aller tout droit que l'étranger pensant suivre l'indication rassurante à coup-sûr se perdra.

Je refais plusieurs fois le parcours sur le plan informatique, m'aidant de cette possibilité de suivre virtuellement le chemin par des photographies assemblées. Grâce à ce procédé, je vois qu'il me faudra obliquer vers la droite aux abords d'un curieux monument aux morts présentant une allégorie ailée de la victoire. Comme je le fais pour tous les monuments, je lirai un à un chaque nom des enfants de ce quartier de Marseille morts dans le froid des tranchées de la première guerre mondiale et je le ferai avec une grande émotion les associant à ma prière.

Je m'étonne que la place de l'église se nomme place Caire et non place du Caire. J'en cherche l'explication longtemps et je trouve que cela n'a rien à voir avec l'Égypte, car, ce nom veut honorer Pierre et Jules Caire qui, en 1897 ont offert le clocher qui manquait à la nouvelle église construite entre 1845 et 1846. C'était sans doute cette victoire ailée, qui, me faisant penser à une sphynge, m'avait trompé. Pour autant, comme l'antique sphynge, cette victoire là n'avait-elle pas dévoré elle aussi toute cette jeunesse ?







page 42
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4e de couverture


Jean est marseillais. Il a quitté sa ville de naissance peu après l'adolescence pour le séminaire. Ordonné prêtre, il a servi loin de France sans revenir, ou si peu, dans la cité de son enfance. Un jour, à l'aube du grand âge, il revient dans sa ville, cette ville protégée par la Bonne Mère, cette ville dont on dit qu'elle compte cent onze églises. Il commence alors à rythmer sa méditation et sa prière par des marches par lesquelles il rejoint chacune des églises, retrouvant parfois une image, une impression de son enfance. Mais, la flânerie n'est que d'apparence.
Jean comprend assez vite qu'il est atteint de cette maladie malheureusement commune qui attaque la mémoire : Alzheimer. Le diagnostic est implacable. Alors, il noue sa maladie à sa prière.
Comment puis-je être certain que j'existe placé au centre d'un oubli qui ne se dissipe pas ? Quels sont les mots et quelles sont les phrases avec lesquels je tisserais cet instant ? Même l'oubli n'efface pas entièrement la perpétuelle impression de déjà trop tard qui m'accompagne en permanence. Si la sainteté est le chemin du Chrétien, la mémoire est-elle nécessaire au chemin ?
Nul besoin de croire en Dieu, ni même d'être chrétien pour prendre plaisir à lire ce livre à l'écriture incisive et ascétique. La marche est un puissant auxiliaire à la méditation et cela, chacune et chacun peut en faire l'expérience.
Mathieu Diégèse nous propose avec ce texte étonnant de suivre au jour le jour un exercice spirituel en forme de disparition.
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