Diégèse vendredi 22 février 2019



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Je regarde la nuit 53



Noëmie Diégèse







C'est le mois de mai. Reverrai-je ma maison ? Quelle tristesse que d'être loin quand la mois de mai revient ! Et si j'étais encore sur la côte romaine, ou encore à Ostie, à Gênes, je me sentirais moins loin. Il y aurait ce lien qui de Gênes, Ostie, Rome encore, me liait à ma maison, à mon village et à ma bien-aimée.

Je me souviens de cette nuit d'hiver. On nous avait donné de mauvaises paillasses et suffisamment de vin d'Italie pour que nous oubliions un peu la dureté de la couche. Tout autour de moi, les hommes ronflaient enivrés dans une odeur de semelle et de gras. Et moi, je rêvais encore les yeux ouverts, reprenant les chemins un à un, ne me trompant jamais sur les routes, ne regardant plus les poteaux indicateurs, les bornes, ni bientôt plus les traces des convois. Combien de temps cette nuit-là, porté par la chaleur commune et malgré l'air empuanti, combien de temps dis-moi m'a-t-il fallu pour parvenir jusqu'à toi ? Et cette nuit-là, quand je me suis endormi après ce long voyage, je me suis endormi près de toi.


Au matin, au dehors, la pluie de l'hiver se mêlait à la pisse des soldats. Il fallait repartir dans le chaos des convois, dans les cris des sous-officiers répétant des ordres qu'ils comprenaient à peine. De la tête de la colonne, des informations confuses nous parvenaient, homme après homme, bouche à oreille imprécis. Nous allions à Venise, affirmait celui-ci. Nous allons à Venise, reprenait celui-là.

Que savions-nous de Venise ? Il n'y avait jamais que les Marseillais et parfois quelques gars de Toulon qui, marins ou non, avaient un jour entendu parler de la Sérénissime. Mais les Marseillais que nous côtoyions n'étaient jamais allés à Venise et n'étaient même pas marins. Ils disaient pourtant qu'ils avaient un matin vu un bateau vénitien, coulant presque sous des trésors insensés.

Les croyait-on que c'était pour nous donner cœur à la marche. Nous allions à Venise. Soit. Nombre d'entre-nous ignoraient même que c'était une île.







page 53
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4e de couverture


Avec Je regarde la nuit, dernier roman de Noëmie Diégèse, nous suivons un très jeune soldat de l'armée d'Italie, celle commandée par un général corse de 26 ans. Il marche, beaucoup, il tire au fusil, parfois... La campagne semble sans fin. Et la nuit venue, il pense à sa belle qu'il a laissée à Paris, près de la Sorbonne, et qui l'attend.

Je regarde la nuit. Je ne sais pas rêver plus intensément que les étoiles. Et mes mains se souviennent de la douceur et quand je ferme les yeux ton parfum revient, m'enserre et puis s'estompe.

Et, soudain, c'est l'éblouissement, l'armée arrive à Venise. Napoléon va piller les trésors de la Sérénissime et notre jeune soldat va découvrir la lagune et les gondoles avec un ravissement inégalé. Et s'il restait à Venise ?
Prévoyez un peu de temps si vous commencez ce roman, car vous ne pourrez plus le lâcher. La jeunesse des soldats, la beauté de Venise, ce 19ème siècle qui arrive et qui verra ce jeune général corse devenir empereur... Et puis, le chatoiement des rideaux des palais se reflétant sur la lagune.
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