Diégèse vendredi 11 janvier 2019



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Il y a plus noir que la nuit 11




Gustav Diégèse







M. était dans la chambre à côté de la mienne. Elle n'en sortait déjà quasiment plus quand je suis arrivée ici. On m'a dit que cela faisait des mois que c'était ainsi. Dans sa chambre, des tableaux. Autant qu'on lui avait permis de mettre de tableaux dans sa chambre sans contrevenir aux consignes de sécurité. j'allais la voir. Je ne restais pas longtemps. Elle était vite fatiguée. Nous parlions de ses tableaux. C'est avec elle que j'ai commencé cette série d'entretiens.


« j'ai commencé à peindre dans l'enfance et je n'ai pas arrêté jusqu'au jour où je n'ai plus pu tenir debout. On peut mesurer les âges de ma vie à la taille de mes tableaux. Entre vingt et quarante ans, j'ai peint de grands formats. Ils ont commencé ensuite à rétrécir. Après la ménopause, ils sont devenus vraiment petits. J'en riais toute seule en disant que c'était sans doute une question de flux. Et puis, après, c'était trop fatigant de peindre de grands formats, en tout cas. J'avais trop mal au dos, beaucoup trop mal au dos pour me le permettre.
J'ai pu faire Les Beaux-Arts. Pas à Paris, mais à Rouen. L'école était alors située dans l'Aître Saint-Maclou. On nous avait expliqué que c'était un ancien cimetière. Mais, nous n'avions alors pas peur de la mort. J'étais heureuse d'aller à Rouen. Je me disais que j'allais peindre la lumière. Mais, nous devions passer notre temps à copier des tableaux dans le musée. Nous avions aussi des cours, parfois, avec des modèles vivants. Certaines rougissaient quand le modèle était un garçon.
Pour aller peindre sur le motif, il fallait presque y aller en cachette. C'était juste après la guerre. On avait l'habitude de faire les choses en cachette. Mais je n'ai pas peint la lumière à Rouen. Je n'ai plus beaucoup de toiles de cette période. Il y en a une où j'ai tenté maladroitement de peindre la pluie. Je l'ai gardée celle-ci. C'est un petit format. Je crois qu'il n'y a pas eu un jour de pluie dans ma vie où je ne l'ai pas regardée. Je l'ai même emportée en voyage. Elle m'a permis de réfléchir à la représentation. Elle ne représente pas la pluie, cette toile, elle est la pluie. Elle est là, pas loin de moi. Je la regarde désormais tous les jours, même quand il ne pleut pas. Je la regarde. »

Nous avons eu cinq entretiens. Celui-ci est le quatrième. Je vais le nommer : Le Tableau de la pluie. Ce n'est pas la pluie qui a interrompu nos entretiens.







page 11
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4e de couverture


Est-ce que les nuits de l'enfance étaient plus noires que les nuits de la vieillesse ?
Et si, vieillir, ce n'était pas un « fondu au noir », mais au contraire aller, physiquement, vers un éblouissant aveuglement ?

Ce sont ces deux interrogations, en apparence ténues, qui nourrissent la quête d'une femme, artiste, qui vient d'arriver, en fin de vie, dans la maison de retraite des artistes de Nogent-sur-Marne. Elle sait qu'elle perd la vue. Elle côtoie des pensionnaires qui, toutes et tous, ont placé l'art au centre de leur vie et elle décide alors de les interroger sur ce que serait la vision, le noir, la lumière.

Le livre est le relevé de ces entretiens peut-être imaginaires... Peu importe.

Ce livre est une belle plongée dans l'art et dans la vie qui explore ce premier mystère absolu qui est celui de voir.
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