Diégèse mardi 2 juillet 2019



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La Campagne de Rome 183



Gustav Diégèse







30 avril 1849


Nous sommes restés toute la journée Porta Cavallegeri. Nous avons eu beaucoup de morts. J'ai vu un homme tomber à côté de moi. Cela aurait pu être moi. Je ne le connaissais pas. Je ne peux m'empêcher de penser que cette attaque est une mauvaise chose. Attaquer Rome, et cette Rome républicaine de surcroît, c'est s'attaquer soi-même. Il faut que Louis-Napoléon Bonaparte ait bien du regret que son oncle ne pût point y séjourner pour décider ou laisser faire pareil méfait.
Quand je m'imaginais les portes de Rome, avant cette malheureuse aventure, je m'imaginais de grandes et hautes portes qui devaient sans doute davantage à celles de la Jérusalem céleste qu'à la petite porte que je voyais en ce trente avril funeste. Rien de grandiose en effet dans cette arche assez lourde soutenue de moellons venant percer une enceinte de briques qui semble menacer ruine et moussue comme le menton d'une vielle bretonne. Elle est surmontée de créneaux un peu mieux entretenus, mais eux-mêmes rapiécés comme le vêtement d'un pauvre paysan. Ce sont ces créneaux que nous guettions, quand nous fûmes pris à revers par une troupe d'enragés. Nous étions acculés à la contrescarpe, tout contre un châtelet qui n'avait pourtant rien de bien menaçant.
Ainsi, nous venions impies sauver le pape malgré lui et Rome se refusait à nous, comme le sort l'avait refusée à l'Empereur Napoléon. Le sort ou la justice, l'histoire le dira certainement.
Mais, nous étions alors sous la mitraille. Les cavaliers romains poussaient des cris effrayants. Fallait-il que nous fussions naïfs pour penser qu'on nous laisserait violer la Ville sainte sans quelle se défendît. Je reverrai jusqu'à ma mort la Porta Cavallegeri et n'ai cessé depuis, dans mes voyages, de la comparer aux portes des villes que je rencontrais. Quand nous étions en garnison à Sisteron, je suis resté une nuit de garde à la porte de la citadelle, qui me semblait mieux fortifiée que la porte de Rome, mais je n'eus à subir de tentative d'intrusion que celle d'un chat qui rentrait de vadrouille.

J'étais bien triste, bien que sauf, le soir, les membres moulus de cette journée terrible qui suivait trois jours de marche forcée. Je ne voyais plus rien de bon à cette expédition. Faudrait-il ainsi que de siècles en siècles les Bonaparte usassent du sang des Français pour servir leur folie de pouvoir ?
Et je ne savais pas alors que des années plus tard, vingt-deux exactement, après cet autre désastre napoléonien que fut celui de Sedan, Garibaldi devenu vieux, ce même Garibaldi qui, encore fringant, pourchassait les Français dans le parc de Villa Doria Pamphilj, proposerait à la France son épée et que le mauvais accueil que la France lui ferait entraînerait la démission de Victor Hugo lui-même de l'Assemblée nationale.







page 183
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4ème de couverture


Nous sommes en 1849 et les Français bombardent Rome. Les personnages de ce roman historique se nomment Garibaldi,  Tocqueville, Lesseps, Bonaparte, Hugo, Ledru-Rollin... La situation est confuse et incertaine. Et dans ce marasme, un jeune soldat républicain français découvre Rome et la splendeur romaine.
On préfère le plus souvent oublier cet épisode tragi-comique de l'histoire des deux pays, quand la République française envoie des troupes contre la République italienne naissante. Gustav Diégèse a choisi de nous le rappeler en y mettant en scène un jeune français, campagnard et idéaliste, qui ne comprend rien à la politique, mais qui a le goût des belles choses. On découvre avec lui la Rome du milieu du 19ème siècle, on entend avec lui les échos des traitrises successives d'une politique gribouille qui aboutira quelque deux années plus tard à la mort de la République française au profit du Second Empire.
À l'heure où, trop souvent, l'idée européenne est mise à mal, il est bon de refaire connaissance avec Mazzini, qui en était le porteur précurseur et infatigable. Ce petit pan d'histoire peut même nous sembler étrangement familier.
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