Diégèse jeudi 4 juillet 2019



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L'image semblait déjà familière 185



Noëmie Diégèse







La représentation du trouble influe sur notre trouble, ou plutôt sur la perception que nous avons de notre trouble, perception que nous croyons aussi originale que nous, et qui est pourtant culturelle. Ainsi, dans les séries télévisées, le trouble psychique est souvent représenté par un tremblement de l'image accompagné d'un son vibratoire obsédant. Le visage du personnage se crispe. Il prend sa tête dans sa main. Les tempes sont privilégiées. Le personnage serre donc ses tempes dans ses mains. Un son particulier saturé de vibratos se déploie dans le même temps où la caméra zoome sur le visage de l'actrice ou de l'acteur. Sauf à n'avoir vu aucun film, ni, surtout, aucune série télévisée, cette scène est familière à quiconque va ressentir le trouble du « déjà vu » et ce qui est une tentative imparfaite de représentation d'un trouble aura certainement un impact sur la manière dont celle ou celui qui est saisi par ce trouble ressentira celui-ci.

Face à la première crise d'épilepsie temporale partielle, le psychisme est pris par un orage électrique cervical et ne sait pas comment réagir. La réalité, comme nous nommons l'ensemble des informations recueillies par nos sens et traitées par notre cerveau, demeure présent, mais il se passe quelque chose de l'ordre du vacillement. Le contact n'est pas rompu. La machine ne tombe pas en panne, ce n'est pas l'évanouissement. Pourtant, ce que l'on considérait comme réel l'instant d'avant est comme superposé à un autre réel qui se présente sous une forme inattendue. Cette forme, qui est ignorée, nous cherchons à la qualifier et nous procédons comme nous procédons depuis l'enfance pour qualifier ce qui nous entoure ou ce qui nous arrive, nous procédons par analogie. Ce trouble ressemble  à un souvenir, d'où cette impression de « déjà vu ». Mais ce n'est pas un souvenir. Mais rien n'a jamais déjà été vu.

Cette défaillance de la perception de la réalité est perçu comme une défaillance de la réalité, sinon comme une défaillance du réel. Notre conscience est conçue pour surmonter les défaillances, un peu comme ces systèmes qui, en cas de panne électrique du secteur, déclenchent un groupe électrogène qui va pallier la panne. Cela provoque une légère baisse d'intensité des lampes et, si l'on n'est pas attentif et que le groupe électrogène est placé dans un lieu où il n'est pas possible de l'entendre, il se peut que l'on ne remarque rien. Il en va de même pour la crise épileptique temporale partielle quand elle est ténue. Je suis face au paysage, soudainement, une légère angoisse m'étreint. Quel est ce sentiment de déjà vu ? Quelle est cette image enfouie qui pourrait advenir et qui n'advient pas. Bien sûr, les premières explications qui s'offrent sont alors d'ordre biographique, sinon freudien. C'est l'enfance, un traumatisme refoulé... Dans certaines cultures, on pensera aux génies du lieu, aux esprits des ancêtres. Peu de chance que l'on se dise : tiens, c'est encore mon hippocampe qui fait des siennes. Et pourtant, il se pourrait que ce soit lui.







page 185
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4e de couverture


Tout le monde connaît cette soudaine impression de « déjà vu ». Cela peut être au cours d'une conversation, d'un voyage, de presque rien. Les médecins parlent de « faux souvenir » et attribuent cette sensation à une activité aberrante du lobe temporal droit.
Et si cela cachait autre chose ?
Noëmie Diégèse est allée à la rencontre de patients, jeunes pour la plupart, qui ont connu des crises intenses de paramnésie. De quoi se souvient quelqu'un qui a un faux souvenir ? Cela pourrait être la question paradoxale que se pose et nous pose Noëmie Diégèse. Avec elle, on voyage dans des univers parallèles étranges. Tout porte à croire que les « faux souvenirs » sont liés entre eux, comme s'ils étaient le souvenir d'un monde englouti. S'agit-il d'une réminiscence ou d'un accès spontané et subreptice à notre imaginaire commun, c'est à dire à l'imaginaire de notre espèce mammifère ?
Voici un livre passionnant, aux frontières du réel. Pourtant, peut-être que la vérité est ailleurs, comme on disait dans une célèbre série télévisée de la fin du siècle dernier.
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