Diégèse mardi 9 juillet 2019



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Pleurer n'est pas un péché 190



Mathieu Diégèse







Paul décide de marcher plusieurs kilomètres pour mieux réfléchir à ce qui se passe. En trente ans de prêtrise, qui sont aussi trente ans de confessionnal, il n'a jamais été confronté à un pareil dilemme, ni en tant que prêtre, ni en tant qu'éducateur. Ce jeune homme affirme qu'il est un saint et lui demande s'il s'agit d'un péché. Ce serait sans doute un péché d'orgueil s'il s'en enorgueillissait, mais ce n'est pas le cas. Il ne se prévaut pas de sa sainteté présumée. D'ailleurs, est-ce un péché que de vouloir devenir un saint ? La question semble réglée de longue date. Ce n'est pas un péché. C'est même un devoir. C'est le devoir de tout chrétien et de toute chrétienne. Mais, si ce n'est pas un péché que de vouloir devenir un saint, c'est autre chose de dire que l'on est déjà un saint. Les saints et les saintes des apparitions étaient-ils et étaient-elles déjà des saintes et des saints avant que la vierge Marie ne se manifestât à eux ? L'hagiographie catholique insiste souvent sur les dispositions à la sainteté des futurs saints. De Marie-Bernarde Soubirous, plus connue sous le nom de Bernadette, l'Église dit pourtant d'elle qu'elle avait un « caractère raide, très susceptible » pour ajouter immédiatement que « Bernadette se désolait de ses défauts et les combattait énergiquement. » Il n'est pas dit qu'elle était sans péché. Les saints sont des pécheurs, puisqu'ils sont humains et que la condition humaine est celle du péché. Les prêtres aussi sont pécheurs et ils le confessent, mais ils ne prétendent pas être des saints.

Que dire donc à ce jeune homme qui admet qu'il est pécheur tout en prétendant être un saint ? Paul lui a déjà dit que la sainteté est un état a posteriori et que l'on connaît peu de saints ayant accédé à la sainteté pendant leur existence. Paul révise la procédure de canonisation... et s'intéresse à Libère qui est le premier pape, au IVème siècle, à ne pas avoir été canonisé. Il est le 36ème pape. Même s'il n'est pas ignare en théologie, Paul peine à distinguer les raisons pour lesquelles Libère n'a pas été canonisé, ou plutôt, en quoi son action diffère de celle de papes de cette époque ancienne qui ont été canonisés. Si l'on considère la vie de Damase 1er, son successeur, son élection est marquée par un schisme violent qui provoque une centaine de morts, celles des partisans d'Ursin, qui s'était fait élire avant lui. Damase 1er, quant à lui, est un saint, que l'on peut célébrer de manière facultative le 11 décembre, qui est le jour de la Saint Daniel. Damase est au demeurant fils de prêtre. Bref, on ne peut pas vraiment se fier à l'histoire des saints pour savoir comment agir avec un jeune homme un peu mystique qui, dans une institution religieuse, prétend être un saint tout en étant pécheur. Il n'en demeure pas moins qu'est sainte ou saint celle ou celui qui est canonisé.e par l'Église et que nul.le ne peut se prétendre tel.le sans cet acte juridique dont la dernière étape est validée par le pape.

Pour autant, Paul se demande comment dire à ce jeune homme qu'il n'est pas un saint. Il n'a pas vraiment d'argument... si ce n'est cet argument juridique qui lui semblera bien lointain et surtout très éloigné de l'expérience mystique qu'il est en train de vivre.

Paul décide alors de se tourner vers son directeur de conscience, Supérieur d'une congrégation dans une autre ville. Mais, ce dernier ne lui apporte aucune réponse définitive. Ce serait quand même un comble qu'un prêtre envoie chez un psychiatre un jeune homme au prétexte que celui-ci lui ait avoué en confession qu'il était un saint. De surcroît, ce même jeune homme ne présente aucune exaltation apparente, se comporte comme tous les jeunes de son âge, ne prétend pas accomplir de miracles, ne donne aucune explication à son affirmation. Il le sait, dit-il. Et cela n'est pas pour lui contestable.







page 190
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4e de couverture


Le père Paul est aumônier dans une grande institution catholique d'une ville de la province française. Sa vie est rythmée par les offices, le travail administratif et les confessions de ces jeunes âmes qui lui ont été confiées par des familles bourgeoises et bien pensantes venues de toute la France sur la réputation du lieu. Un jour, la confession d'un jeune homme des classes préparatoires aux grandes écoles confronte le père Paul à des faits auxquels il n'était pas préparé. Commence l'itinéraire d'une confession au long cours, qui est aussi un itinéraire de vie, qui va bouleverser le prêtre et le pénitent.
Mathieu Diégèse nous fait pénétrer au cœur de la vie rythmée, presque monacale des élèves et de leurs enseignants, mais aussi de la vie secrète de cette jeunesse corsetée et suivie par des prêtres qui sont aussi de leur temps. Nul voyeurisme chez l'auteur, mais beaucoup de compassion.
Ce roman de Mathieu Diégèse est gentiment suranné, tout en étant d'une grande contemporanéité. Qu'est-ce que pécher dans notre monde ? Peut-on continuellement se fier à la conception bourgeoise du péché ? Qu'aurait dit et fait le Christ face aux situations nouvelles qui surviennent dans nos vies ? Et d'ailleurs, sont-elles si nouvelles ?
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