Diégèse jeudi 11 juillet 2019



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Du morcellement 192



Daniel Diégèse







Revenons à notre plaque de chocolat. Elle est emballée dans un papier imprimé qui recouvre une feuille d'aluminium. Sur ce papier imprimé figurent des images et des mots qui tendent, d'une part, à vanter le produit - la publicité -, d'autre part à informer sur la composition de ce produit. Arrêtons-nous un instant sur ces informations. Elles n'ont cessé au fil du temps de devenir de plus en plus précises. Elles sont le plus souvent doublées depuis peu d'un diagramme codé qui peut être lu par une application informatique embarquée dans un téléphone mobile, par exemple. Lues par ce moyen, ces informations seront alors comparées avec des informations de référence et un avis pourra être émis en direction du consommateur, qui pourra donc s'il le souhaite, intégrer le produit dans une liste de courses ou bien encore parmi les éléments d'un régime alimentaire. Cependant, toutes ces informations et les traitements automatisés de ces informations ne permettent pas encore de saisir ce qu'est le chocolat.

Déballons maintenant le produit. Une plaque apparaît qui permet de sectionner par effet de torsion un morceau de chocolat en lui donnant, dans la plupart des cas, un contour régulier, la plaque ayant été emboutie pour faciliter cet usage. Il est bien sûr possible de sectionner toute une rangée. Parfois, cependant, la manœuvre échoue en partie. On parlera alors davantage d'un éclat de chocolat que d'un morceau. Certaines pâtisseries font d'ailleurs usage d'éclats et non de morceaux. On doit ajouter ici que la manœuvre échouera nécéssairement si le chocolat est trop chaud. Il a alors fondu et ne pourra être cassé. Dans les cas les plus extrêmes, il coulera et s'étirera et l'on observera l'une de ses qualités lorsqu'il est liquéfié : la viscosité. On se rappellera que la viscosité est l'ensemble des phénomènes de résistance à l'écoulement. Cette viscosité peut être mesurée. Pour autant, cette expérience, qu'elle soit parfaitement réussie ou non, ne permet pas non plus de saisir ce qu'est le chocolat.

Procédons maintenant à l'ingestion du produit. Sauf si c'est la première fois que l'on mange du chocolat, ce qui, dans nos contrées, après la petite enfance, est fort rare, il s'agit d'une expérience de reconnaissance et de comparaison. La personne traite un ensemble d'informations qui vont aboutir à une appréciation : il est bon, moyen, excellent ainsi que le déclenchement simultané de processus chimiques par des capteurs sensoriels, processus qui seront recodifiés en les étiquetant, par exemple, sous le nom de plaisir. Nous simplifions ici à outrance cette expérience sensorielle. Mais, dans tous les cas, elle ne permet pas non plus de déterminer ce qu'est le chocolat.

C'est que le chocolat n'est ni la plaque de chocolat, cette plaque ou une plaque en général, ni l'expérience de son ingestion, celle-ci dans son instantanéité ou celle-là dans un ensemble d'expériences tout au long de la vie. Le chocolat ne peut être compris qu'en tant que classe. Si je veux comprendre ce qu'est le chocolat, je ne peux aller en deçà du chocolat. Je dois m'arrêter à cela : le chocolat. Toute autre information sur sa composition, son mode d'emploi, ses bienfaits ou ses méfaits pour la santé, etc. sont inutiles à la compréhension du chocolat.

Il en va de même pour la pensée et l'on doit s'assurer, face à ce que l'on prend pour un concept, que son découpage, sa parcellisation, n'apporterait rien à la pensée. Le concept est une unité de pensée indivisible. C'est d'ailleurs peu ou prou ce que nous a appris Bergson.







page 192
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4e de couverture


Quels sont les moteurs de la connaissance ? Sans doute sont-ils nombreux, mais le philosophe Daniel Diégèse va, dans ce livre, s'attacher à un mouvement très particulier de l'esprit humain : le morcellement. Le morcellement, ce serait cette faculté de pensée très particulière qui permet à l'être humain de comprendre le tout, ou plutôt de tenter de comprendre le tout, en le morcelant, recollant tendantiellement en cela l'infiniment grand avec l'infiniment petit. Mais, pour arriver aux confins de l'univers, qui sont aussi les confins de notre capacité à penser, Daniel Diégèse commence par étudier... une plaque de chocolat. Est-ce que l'on comprend le morceau de chocolat par la plaque de chocolat ou bien la plaque de chocolat par le morceau ? Daniel Diégèse soutient que c'est le morceau qui permet de comprendre la plaque, comme c'est l'individu qui permet de concevoir l'humanité.
Ainsi, Daniel Diégèse analyse le mouvement de l'histoire comme celui d'une mise en tension entre unification et morcellement. C'est le ressort principal, d'ailleurs, des religions monothéistes qui, au nom d'un grand tout combattent la séparation mais ne cessent pourtant de séparer et de morceler.
Voici un livre d'une grande sagesse, accessible aux non philosophes, qui vous invitera doucement à penser.
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