Diégèse samedi 13 juillet 2019



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Une mince Différence 194



Mathieu Diégèse







Le jardin change d'année en année, d'une saison à l'autre ; il suffit parfois d'une journée pour qu'une fleur éclose ou soudainement meure. Telle plante que l'on aimait s'étiole et disparaît. On cherche la cause de cette défection. On consulte même de longues nomenclatures de parasites variés et menaçants. On a trouvé. Ce serait la pyrale du buis. Le nom de la bête, lépidoptère de la famille des Crambidae, laisse rêveur. On le répète à l'envi, se demandant si l'on accorde de l'importance à ce que le rameau de buis soit sous nos latitudes utilisé souvent pour la jolie fête des Rameaux. Le lépidoptère funeste s'attaquerait donc à ces minces brindilles séchées qui dans notre enfance ornaient les crucifix placés au-dessus des lits des aïeux. Heureusement, dans le sud du pays, on parle plutôt de « dimanche des palmes ». Il n'y avait après tout pas de buis, peut-être, à Jérusalem ce jour-là, pour mettre sous les pieds de l'âne ou de l'ânesse qui portaient un certain Jésus. Las ! Le palmier n'est pas épargné, loin de là. N'est-il pas attaqué depuis quelques années par un méchant charançon qui le ronge jusqu'à la moelle ? On pourrait alors se rabattre vers des rameaux d'oliviers, cet arbre incroyable à la longévité débonnaire. On se dit qu'un arbre dont on croise facilement des sujets pluricentenaires ne saurait se laisser ronger par quelque mauvaise bête quelle qu'elle soit. Ce n'est malheureusement pas le cas et l'on dénombre sans peine plus de sept maladies qui peuvent l'affecter jusqu'à le tuer, et ce, sans compter des parasites plus récents qui n'auraient encore pas révélé leur nom tout autant que leurs méfaits.

Alors quoi, ce jardin si vivant encore hier, objet de toutes les attentions, ne serait plus aujourd'hui qu'un aride champ jonché de végétaux morts attendant la putréfaction des hivers ? Heureusement, il n'en est rien. D'autres espèces se portent bien, prospèrent. Le jardin change. On renonce aux pesticides. On retrouve d'anciennes recettes à base de savon noir qui parviennent parfois à sauver quelques plants du désastre. On se résout à ne plus tenter d'acclimater à nos cieux des pousses venues de trop loin pour être semées par le vent. Le jardin grandira désormais localement.

Et puis, un jour en forêt, marchant sur un chemin carrossier immémorial, on remarquera une plante rouge à l'aspect inquiétant. On cherchera son nom, aidé par une de ces applications de reconnaissance folique qui équipent désormais les téléphones des promeneurs. On ne retiendra pas le nom de la plante, qui est un champignon, mais plutôt son histoire qui voudrait qu'elle fût apportée dans le fourrage des chevaux australiens de la première guerre mondiale. On regarde les cartes des combats. Aucun par ici. C'est sans doute qu'elle aura voyagé d'une autre manière, ou bien encore par des chevaux rescapés de la boucherie du front. On la laissera là, dans son chemin de fortune. On ne lui veut rien. On laissera les plantes migrer toutes seules.







page 194
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4ème de couverture


« Dans la nature, rien n'est semblable. Je regarde cet arbre, je considère ses feuilles, les rameaux, les branches. Aucune feuille n'est semblable à aucune autre feuille, aucune branche à aucune autre branche. Tout ce que j'aperçois est différent de ce qui l'entoure.
Puis, je rentre chez moi. Je parcours des rues. Des objets manufacturés rythment le paysage urbain. Sur cet immeuble, toutes les fenêtres sont semblables, et les portes aussi.
Pourtant, il n'en est rien. Il y a une mince différence ».


Mathieu Diégèse sait regarder. Il sait aussi écrire. Et quand il met son regard au service de son écriture, cela donne un livre aussi délicat que ceux que l'on écrivait au dix-huitième siècle. Est-ce de la philosophie ou de la poésie ? On ne saurait en décider, et d'ailleurs peu importe. On accompagne l'auteur dans ses promenades et dans ses pensées et le monde apparait soudainement très doux et confortable.

Voilà un livre de vacances, voilà un livre de repos.
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