Diégèse vendredi 26 juillet 2019



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Apocope 207



Gustav Diégèse







Si l'on y réfléchit bien, toute relation amoureuse qui dure un peu, et, surtout, qui finit par produire un couple, fonctionne sur le mode de l'apocope, c'est à dire, du diminutif d'usage. Peu de couples, statistiquement, échappent aux surnoms construits ainsi. Prenons en quelques-uns : Dominique devient aisément Domi. C'est chose entendue. Parfois, le diminutif est plus long que le prénom qu'il diminue. Ainsi, Louis pourra-t-il se faire appeler Loulou, voire, mon Loulou, sans autre dommage, s'il est enfant, que l'on se moque de lui à l'école pour cause de personnage de dessin animé. Loulou, tout comme Fifi ou encore Riri sont les neveux de Donald Duck, ce, depuis 1937. Marc devient aisément Marco, Patricia, Patou, sans compter tous les prénoms qui de Jacques à Corinne, en passant par Colette, peuvent devenir Coco.

« Je m'appelle Coco par apocope » est une belle entrée en matière et c'est justement avec celle-ci que Corinne, la Corinne de ce récit, est entrée dans ma vie. Face à cette hardiesse, dans ce café de la rue Monge, je devais réagir à la même hauteur littéraire, surtout à deux pas du lycée Henri IV et de l'École normale supérieure. Que pouvais-je donc bien lui répondre ? La liste des figures de style péniblement apprise par cœur quelques années auparavant s'évaporait de ma tête face au sourire de cette Coco que je n'avais jamais encore croisée dans cette tanière. Alors, je répondis très bêtement, prenant un peu la pose : je m'appelle Gustav, mais c'est une métaphore. Elle avait envie, ce jour-là, de sourire et de me plaire, ce qu'elle fit sans relever, ou en faisant semblant de ne pas relever, la faiblesse de la répartie. J'enchainai donc en ajoutant que je l'appellerais désormais Apocope, surnom qui lui resta pendant quelques années.


Notre histoire fut littéraire. Nous finissions nos études, nous destinant l'un et l'autre à l'enseignement faute de quelque talent littéraire affirmé. Notre histoire fut donc littéraire, donc, car nous lisions des livres et nous parlions des livres que nous lisions. Nous pensions parfois, bien sûr, à Jean-Paul Sartre et à Simone de Beauvoir, nous amusant à penser que les rôles étaient inversés. J'étais le Castor, du surnom donné à Simone par Sarte, bien sûr. Coco avait proposé que nous nous mariions pour faciliter plus tard les relations avec l'administration de l'éducation nationale. N'était-ce pas ce que Sartre avait proposé à Simone quand ils avaient été nommés, l'une au lycée Montgrand de Marseille et l'autre, au Havre ? Le Castor avait fermement refusé. Je refusai donc.

La comparaison s'est d'ailleurs arrêtée là. Nous n'étions philosophes ni l'un ni l'autre et nous ne vivions pas cette première jeunesse dans les années 1930. Quelques années plus tard, Coco est partie avec Juju, qui s'appelait Julien et j'ai rencontré Babette, qui s'appelait quant à elle Élisabeth. Nous nous promîmes avec Babette de cesser de nous appeler par des diminutifs, surtout qu'abandonnant Castor, qui appartenait à l'autre, elle avait pris le parti de m'appeler Gugusse, ce qui était vraiment ridicule, mais, dénué de toute prétention intellectuelle. J'insistai seulement pour qu'elle l'orthographiât Guguss, ce qu'elle avait eu somme toute rarement l'occasion de faire, sauf peut-être pour écrire sa lettre de rupture, dans laquelle elle affirmait que Gugusse, j'en étais vraiment un.








page 207
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4e de couverture


Qu'ont en commun les termes vélo et taxi ? La réponse n'est pas : « ils roulent », car il s'agit des termes et non des objets qu'ils désignent. Ce qu'ils ont en commun, c'est qu'ils sont formés par le même procédé qui consiste à retrancher la fin d'un mot pour en créer un nouveau. Ce procédé, c'est l'apocope. Vélocipède est depuis longtemps obsolète, au moins autant que taximètre, quand leurs dérivés par apocopes sont bien vaillants.
Mais, ce livre du romancier Gustav Diégèse n'est pas un traité de figures de style pour lexicographes érudits (peut-être devait-on dire lexicos ?) mais un roman, un vrai. Sur le tard, un écrivain se prend à penser à son autobiographie. Il n'y trouve cependant, lui qui est romancier, rien de bien romanesque. Il ne peut pourtant s'abaisser à ajouter à sa vie des aventures qui ne seraient pas véridiques...
Alors, il se rend compte que toute situation, pour peu qu'on en retranche quelques éléments, devient nettement plus romanesque, pittoresque, barbaresque, sinon grotesque. Sa vie par apocope peut devenir un roman.
Et que seraient nos vies narrées par apocope ? Essayez et vous verrez.
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