Diégèse dimanche 28 juillet 2019



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Des Voisins irréprochables 209



Noëmie Diégèse







Il avait fallu plusieurs semaines, presque un mois, pour que les voisins remarquassent l'un des éléments les plus bizarres du mode de vie des nouveaux venus. Dans ces quartiers pavillonnaires, où tout se voit et tout s'entend, la manière dont les familles sortent leurs poubelles, l'heure à laquelle ils le font, le temps qu'ils mettent après le passage du camion pour les rentrer, tout cela, très ritualisé, pourrait faire l'objet de l'édition d'un code de bonne conduite très rigoureux. Il est admis, par exemple, qu'il est de bon ton et hautement souhaitable de sortir, quand on le peut, ses poubelles juste avant le passage du camion, mais pas trop tard, pour ne pas le faire attendre et retarder ainsi l'enlèvement des ordures ménagères des maisonnées suivantes. De la même façon, rentrer ses poubelles juste après le passage du camion est considéré comme la preuve d'une maison bien tenue. En revanche, se tromper de jour, mal trier, laisser des cartons à côté du bac jaune, cartons qui ne seront donc pas enlevés, ou pire, des bouteilles vides... tout cela sera considéré comme des preuves d'une grossièreté incroyable. Dans l'esprit des habitants de ces quartiers, des comportements déviants de ce type sont gênants, car, ils pourraient donner le signal que le quartier se dégrade, et, s'il se dégradait, le prix de l'immobilier dégringolerait et la valeur de leur capital aussi, par voie de conséquence. Il faut donc surveiller ses voisins, surtout les nouveaux venus, pour qu'ils acquièrent très vite le bon usage du système d'enlèvement et de tri des ordures ménagères et des encombrants, et l'on n'hésitera pas, au besoin, à leur rappeler le bon usage.

Tout le quartier, ou, pour le moins, les habitants des maisons les plus proches, attendaient avec impatience de constater comment les nouveaux venus allaient procéder avec leurs ordures. La première semaine, ils se dirent qu'ils avaient dû manquer le moment fatidique où la famille avait sorti ses poubelles. La deuxième semaine, ils pensèrent qu'il avaient dû partir en vacances. Mais, la troisième semaine, il se rendirent à l'évidence : les nouveaux venus n'avaient pas encore sorti leurs poubelles. Très vite, la rumeur commença à courir. On racontait que la famille récemment arrivé était atteinte d'un trouble du comportement qui lui faisait conserver ses déchets indéfiniment. Dès lors, il fallait en avoir le cœur net. On envoya les enfants en estafette, qui allaient en effet déjà jouer avec les enfants des nouveaux venus, ce qui devait leur permettre de dénouer l'énigme des poubelles. Mais, ils revinrent bredouilles. Ils n'avaient rien remarqué de particulier. L'intérieur de la maison était confortable, refait à neuf, et d'une propreté irréprochable. Il fallait juste éviter les nombreux robots autonomes qui faisaient le ménage en permanence. Vint alors aux gens du quartier l'idée que la famille devait avoir un incinérateur personnel. Mais cela eût dû produire de la fumée, au moins de la vapeur. Or, il n'y avait même pas de cheminée sur le toit de la maison Larista. Et tant mieux, car, cela faisait plusieurs années que les feux de cheminée étaient interdits, de même que l'usage d'une chaufferie utilisant un combustible fossile. Un incinérateur personnel aurait déjà été remarqué. Il devait bien y avoir une explication. Ils la cherchèrent longtemps, alors qu'elle était d'une grande simplicité. Trop simple sans doute pour qu'ils la trouvassent.







page 209
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4e de couverture


Au début, tout semble normal. C'est une banlieue pavillonnaire comme il en existe dans toutes les villes de France, même les plus petites. On se croise chez le pharmacien ou à la jardinerie. On se salue, on échange quelques mots. Les enfants grandissent. On dit tour à tour qu'ils grandissent ou qu'ils ont grandi.
Un jour, une nouvelle famille vient s'installer. Elle a racheté la maison de Madame Larista qui, de son EHPAD n'en avait plus l'usage. Il est vrai que Madame Larista, de l'avis de tous, n'en a plus pour longtemps. Des travaux ont été effectués dans la maison. Celle-ci n'a pas vraiment changé. C'est la même maison, mais « au goût du jour », c'est à dire au goût des magasins qui vendent des décorations et des aménagements standardisés. Alors, bien sûr, ces nouveaux voisins, on les observe un peu, et même intensément. Et, peu à peu, le malaise grandit dans le voisinage, et même au-delà. De ces voisins, il n'y a rien à dire. Il semble bien qu'ils soient irréprochables...
Dans ce roman, Noëmie Diégèse explore les fictions du quotidien le plus banal, en apparence, fictions qui, cependant, sont parties constituantes de ce quotidien. Et si ces fictions disparaissaient ? Et s'il n'y avait plus rien à dire des gens, de leurs habitudes, de leurs défauts ? Un roman étrange et passionnant.
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