Diégèse mercredi 12 juin 2019



ce travail est commencé depuis 7103 jours (7103 = nombre premier)
et son auteur est en vie depuis 21556 jours (22 x 17 x 317 jours)
2019

ce qui représente 32,9514% de la vie de l'auteur


hier
L'atelier du texte demain




Caractère de circonstance 163



Gustav Diégèse







Guy n'aurait jamais dû poser cette question à sa mère. Pourtant, c'est une question que l'on pose assez tôt, d'habitude, dans la vie. Il est curieux qu'il ait attendu près de cinquante ans pour la poser et entendre ainsi cette réponse terrible, surprenante, ahurissante.


« Maman, pourquoi m'avez-vous appelé Guy ? Comment avez-vous choisi ce prénom ? »

La réponse de sa mère l'avait glacé : « par hasard. »

Il en était resté ahuri. Il fallait que cela tombe sur lui, qui ne laissait jamais rien au hasard.


Elle avait accepté de lui livrer quelques explications : « J'arrivais au neuvième mois de grossesse, et ton père et moi, n'avions toujours pas de prénoms, ni pour une fille, ni pour un garçon. Nous regardions la télévision, un soir, et, par jeu, nous avons décidé de choisir comme prénoms ceux des animateurs de l'émission qui était diffusée ce soir-là. Il s'agissait d'Intervilles. Elle était présentée par Guy Lux et Simone Garnier. Si tu avais été une fille, tu te serais appelé Simone. Je suis certaine que tu préfères t'appeler Guy. »

Il était rentré chez lui lesté d'une nouvelle certitude : il s'appelait Guy comme Guy Lux. La chose était cocasse et un peu ridicule. Il se précipite sur son ordinateur pour consulter des sites sur l'usage des prénoms en France. Il apprend que c'est en 1947 qu'il y a le plus de petits Guy déclarés à l'État-civil. Les parents de Guy Lux, né en 1919, étaient donc des pionniers.  Les porteurs de ce prénom ont en France, apprend-il encore, plus de soixante-dix ans. Il doit donc être l'un des plus jeunes... Le prénom pourrait revenir à la mode. Il suffirait de peu : d'une émission de télé réalité... Il se prend à rêver. Las ! Il apprend avec consternation qu'en 2017, en France, il n'y a eu que cinq naissances de petits Guy. Il se demande d'ailleurs qui peuvent être ces enfants et leurs parents. Mais, il convient vite qu'il n'a pas du tout les moyens de pousser l'investigation.
Il n'en reste pas moins qu'il ne peut, s'agissant de son prénom, s'appuyer sur une suite de causalités pertinentes et historiques. Il peut au mieux faire appel à la sociologie, qui décrira une famille de petits employés qui ne sait pas bien comment entrer dans la modernité et qui s'en remet à la télévision. Il aurait préféré l'ordre généalogique impératif et apprendre que le prénom était dans la famille depuis des générations. Il l'était peut-être, mais il n'en sait rien puisque l'arbre généalogique de la famille reste à faire.

Il appelle sa mère, en quête d'une autre raison. Elle lui en cède une, qui ne le satisfait pas davantage : « tu bougeais tout le temps dans mon ventre. Avec ton père, nous disions que tu avais la danse de Saint-Guy. » Il avait raccroché un peu rapidement.







page 163
Toute la collection
4ème de couverture
2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000

2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010