Diégèse dimanche 16 juin 2019



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Curiosité malsaine 167



Gustav Diégèse







Le cadavre dans le placard

Il y a tellement eu de cadavres dans les placards que l'expression est devenue une métaphore usuelle qui signifie qu'il y a quelque chose de caché, d'embarrassant. D'ailleurs, ceux qui ont des cadavres dans quelque placard ont aussi souvent des casseroles. Cependant, contrairement à ce que l'on aurait pu penser, ces casseroles ne sont pas dans les placards et on laissera les amoureux de la langue française définir là où elles sont accrochées.

Essayons d'analyser le succès très particulier de cette figure de l'horreur qu'est « le cadavre dans le placard ». Pourquoi plaît-elle autant ?

Tout d'abord, il faut convenir de sa parfaite économie. Quel que soit le logement dans lequel on habite, et même quand il s'agit d'une chambre d'hôtel, il y a toujours, certes, plus ou moins grand, un placard. Ainsi, dans notre imaginaire, tout placard recèle potentiellement un cadavre. Certaines phobies conduisent d'ailleurs les personnes qui en sont atteintes à vérifier chaque soir avant de se coucher que les placards sont bien vides de tout intrus. Mais, ce qui est particulièrement excitant, c'est que, dans les placards de l'imaginaire, les cadavres sont debout, et s'ils sont debout, ils peuvent bouger. Bref, on n'est jamais certain q'un cadavre dans un placard est mort pour de bon. Ainsi, dans les films d'horreur, les personnages ont doublement peur, ainsi que les spectateurs : frayeur de la découverte du cadavre, puis frayeur quand celui-ci se met à bouger ou, pire, saisit une main, un bras ou un poignet. On comprend pourquoi la psychanalyse s'est emparée de la métaphore. Nous avons toutes et tous des cadavres dans les placards de notre mémoire, des placards que l'on n'ouvre jamais et même des placards qu'on a complètement oubliés. Et ces cadavres, pourtant, sont bien vivants, ou en tout cas actifs, et agissent dans notre vie aussi sûrement que les vivants qui la partagent.

Il y a enfin une dernière raison, qui est la plus ténue et la plus subtile, qui tient au fait que « cadavre » et « placard » ont en commun plusieurs lettres au point qu'on pourrait les considérer comme une fausse anagramme. Cette proximité des deux termes associée au fait que les placards sont les ustensiles de l'avoir, de la thésaurisation, font de ceux-ci la représentation disponible en permanence du stade anal.

Mais alors, cela ne marcherait qu'en français ? Non. Nos amis anglais évoquent quant à eux le « skeleton in the closet »... Si le crime est parfait, l'anagramme imparfaite demeure un pli dans l'imaginaire.







page 167
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4e de couverture


On connaît depuis longtemps les « journaux à scandale » aux titres racoleurs, que l'on pourrait aussi qualifier de « putassiers » et que l'on peut aussi nommer « presse à sensation », ce qui est, au passage, un anglicisme qui passe d'ordinaire inaperçu. Qui les achète ? Qui les lit ? Quel est le moteur de cet achat et de cette lecture ? La curiosité ! La curiosité malsaine !
Gustav Diégèse nous emmène dans les coulisses de la fabrication de cette « presse à scandale » partout à travers le monde. De Bangkok à Paris, en passant par Buenos Aires ou Caracas, dans tous les pays, ou presque, la presse locale comprend plusieurs titres de ce genre. L'auteur pointe les similitudes de tous ces médias, et ce sont, sans grande surprise les « domaines sinistres » comme les nommait Malraux : le sexe, le sang, la mort, l'argent et, le plus souvent, tous en même temps. Mais, il s'attache aussi et surtout à distinguer ce qui diffère entre tous ces titres, au-delà de la langue, et qui relèverait donc de la culture. Gustav Diégèse brosse donc ainsi un portrait en creux de chacune de ces sociétés, arguant que ce qui fait frissonner va bien au-delà du frisson et relève aussi de l'énergie créatrice. Les exemples que donne l'auteur sont saisissants. Le lecteur pourra donc aussi, en lisant ce livre, satisfaire en toute bonne conscience, la part de curiosité malsaine qui sommeille en lui.
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