Diégèse mercredi premier mai 2019



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2019

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Noëmie Diégèse







J'ai refait aujourd'hui le chemin que je faisais encore tous les jours travaillés l'année dernière. Ce n'était pas très long. Quelques minutes de marches, puis une dizaine de stations de métro, puis encore quelques minutes de marche avant d'ouvrir, ces dernières années, le sac pour en montrer rapidement le contenu à un ou une vigile, saluer la personne à l'accueil et prendre l'ascenseur pour rejoindre le bureau encore encombré du fatras de la veille. Je m'étais promis un temps de ranger mes affaires avant de quitter le bureau le soir, me disant que je ne pourrais pas travailler dans une de ces entreprises où personne n'a de place attitrée. Avant d'arriver dans mon bureau, je passais devant celui de mon assistante, qui avait apporté et fait pousser des plantes et accroché des photographies de ses enfants, mais aussi d'actrices et d'acteurs, morts ou vivants. Il y aurait une étude sérieuse à faire sur les modes de personnalisation des bureaux en fonction du genre et de la place dans la hiérarchie. Qu'est qui est autorisé à qui ? J'avais choisi quant à moi de ne rien apporter de personnel dans ce bureau sans intérêt particulier. Rien n'était accroché aux murs. J'avais demandé qu'on enlève cette mauvaise peinture souhaitée par mon prédécesseur. Elle avait été enlevée. Je sais désormais que cette façon de faire voulait nier le temps qui passe et qui passait cependant, ternissant les murs, salissant les bouches d'aération de cette suie noire des villes. Les lampes étaient plus faibles, me semble-t-il, quand je suis partie. Mais ce n'étaient pas des projecteurs de scène.

J'ai refait aujourd'hui le chemin que je fais tous les jours depuis quelques années. Les affiches dans le métro avaient changé, bien sûr, mais elles étaient toujours les mêmes, de même facture dans tous les cas, annonçant toujours des événements qui, en rien, ne pouvaient m'intéresser. Quelques magasins de la rue avaient déjà changé de propriétaire. C'est souvent le cas dans les grandes villes. Le commerce de proximité change souvent d'enseigne. M'en serais-je aperçu si j'avais continué à travailler dans ce bureau ? Rien n'est moins certain. Quand je sortais pour déjeuner, ce qui n'était pas quotidien, j'allais dans l'autre direction, que ce soit pour rejoindre le restaurant d'entreprise ou pour prendre un sandwich à la boulangerie. La boulangerie aussi a changé. On peut s'y asseoir désormais. Mais cela ne marchera pas. Cela semble tellement inconfortable. Et puis, manger un sandwich ou une salade dans le va-et-vient de la clientèle pressée ne doit pas être très agréable.

Je me suis assise à la terrasse du café à côté du bureau, enveloppée dans un foulard dissimulant un peu mon visage. J'ai vu passer quelques anciens collègues, pressés, qui ne m'ont pas remarquée. Ils m'ont semblé bizarres, portant sur le visage des préoccupations d'un monde englouti.







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