Diégèse jeudi 16 mai 2019



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La Frayeur 136



Daniel Diégèse







Mais, revenons sur le terme « frayeur » lui-même et tentons de repérer quand il est utilisé pour constater, dans le corpus que nous avons recueilli que c'est un terme strictement rétroactif. En effet, si l'on peut exprimer que l'on a peur, que l'on aura peur de faire ou de subir quelque chose, s'agissant de la frayeur, on n'en parlera qu'a posteriori. Car, et ce n'est pas le moindre paradoxe de ce terme que de porter en lui une forme de « happy end ». Si l'on parle de frayeur, c'est que ce que l'on raconte s'est bien terminé.

Comparons un instant « frayeur » et « effrayé ». Si l'on peut admettre la phrase « les habitants effrayés ont péri dans les flammes de l'incendie de leur immeuble », il est plus difficile d'imaginer l'occurrence : « les habitants de l'immeuble ont eu une frayeur et ils sont morts dans les flammes » Et d'ailleurs, cette occurrence, on ne la trouvera pas, car, du point de vue aspectuel, la frayeur n'est pas inchoative, c'est à dire qu'elle ne se continue pas jusqu'au moment où l'on en parle, elle est close dans le passé. Ainsi, l'occurrence « je suis en train d'avoir une frayeur » est peu probable, sinon impossible.

Qu'est-ce que le langage nous dit, s'agissant de la frayeur, de cette closure dans le passé ? Eh bien, il nous dit quelque chose de la mort. Celle ou celui qui a eu eu une frayeur, fantasmatiquement, est une ou un ressuscité.e. Le portugais en garde étymologiquement la trace, car, dans cette langue, « frayeur », se dira « susto » et l'étymologie nous apprend que « susto » vient du latin « suscitare », ce qui chez Cicéron peut signifier « tirer quelqu'un du sommeil ». C'est aussi pour cela que le terme « frayeur » peut être associé à des adjectifs mélioratifs. On aura eu une « belle frayeur » comme on peut avoir ou du moins espérer une « belle mort ».








page 136
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4e de couverture


Contrairement à l'angoisse, la frayeur intéresse peu. C'est que l'on trouve pour la première des médicaments, quand la seconde ne peut être ni prévenue, ni soignée.  Le psychiatre et psychanalyste Daniel Diégèse a travaillé plusieurs années avec des équipes de recherche en neurosciences pour étudier la frayeur, ses effets immédiats et à plus long terme sur le corps et le psychisme humains. Nos ancêtres avaient bien raison d'assigner à cette peur violente et passagère un terme issu du latin fragor qui signifie : « fracture, craquement, fracas, vacarme » selon la neuvième édition du dictionnaire de l'Académie française. Car, la frayeur fait retentir notre corps entièrement dans un orage hormonal qui va nous laisser exsangue, mais, nous permettre un court instant d'accomplir des prodiges et des prouesses. Daniel Diégèse a ainsi recueilli des témoignages surprenants et relate des expériences effectuées en laboratoire qui défient l'imagination. C'est que la frayeur est sans doute ce qui restera en nous de notre animalité première quand nous aurons entièrement été technologisés. Seule l'anesthésie totale peut la juguler et il n'y a aucune façon mécanique ou chimique de faire en sorte que le corps la simule. Et c'est une drogue tellement puissante que des bataillons de films nous proposent de l'éprouver dans des salles plus ou moins obscures.
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