Diégèse mercredi 22 mai 2019



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Un peu de distance 142



Mathieu Diégèse







Mathilde a rendez-vous demain avec la responsable des ressources humaines. Elle va lui demander un congé-formation sans solde d'une année. Mais, elle ne sait pas encore quelle formation elle va demander et elle n'arrive donc pas à construire son argumentaire. Bien sûr, la législation et la convention collective prévoient cette possibilité. Cependant, Mathilde vient de monter un nouveau service. Elle a atteint ses objectifs jusqu'à présent mais le travail, le « job » comme il est d'usage de dire ici, n'est pas terminé. Nul doute que la « RH » va la cuisiner sur les causes réelles de cette demande subite. SI elle accepte, après consultation du « boss », elle va lui imposer des délais. Or, justement, elle ne veut pas de délais. Et, elle ne peut pas aller à ce rendez-vous avec comme seul argument qu'elle ne peut pas le voir, qu'elle ne peut plus le voir. On ne quitte pas une entreprise à cause d'un stagiaire. Elle va se déconsidérer durablement. Il faut qu'elle annule ce rendez-vous.

Elle se connecte sur la page de l'intranet dévolue à la mobilité interne. Il y a bien l'agence de Brive-la-Gaillarde. Mais, elle ne sera pas crédible si elle demande la direction de cette agence. Tout le monde sait qu'elle déteste la campagne, qu'elle est allergique à la chlorophylle. Et puis, il faudrait qu'elle consente à une baisse de salaire importante. Elle s'imagine à Brive... En fait, elle ne sait pas vraiment où c'est. Elle n'arrive donc pas du tout à s'imaginer à Brive. Elle y parvient un peu, mais alors, il est là. Il est avec elle dans l'agence de Brive. Il est avec elle sur une piste cyclable qui longe une rivière. Mais Brive sans lui, elle ne sait plus du tout de quoi il s'agit. Ce n'est donc pas non plus une piste praticable.

Elle va consulter.

Mais cela fait déjà plus d'un mois que deux fois par semaine, chez son « psy », elle ne parle que de ça. Elle se souvient quand le « psy » lui a demandé son prénom. Elle a rougi comme une adolescente. C'est la raison pour laquelle, à la fin de la séance, elle lui a demandé si elle pouvait engager une analyse « allongée ». Il lui a répondu : « je vous verrai quand même rougir. » Elle n'avait plus besoin d'autre confirmation : il était vraiment très fort. Et il avait ajouté cette phrase étrange qui résonne dans se tête depuis la séance : « vous ne m'avez pas parlé de lui. » La séance était terminée, et le protocole n'admettait pas qu'elle engage une conversation. Il fallait qu'elle parte. Déjà, le patient suivant était arrivé. Elle avait entendu la sonnette. Il avait raison. Elle n'avait pas parlé de lui. Elle n'avait parlé que d'elle.

Mathilde se lève, ferme la porte de son bureau et fond en larmes.

Elle va aller voir son généraliste. En attendant, elle va se renseigner sur Brive.







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4e de couverture


L'histoire semble banale. Elle a une vie très installée, un poste enviable dans une grande entreprise. Elle est de ces personnes dont on dit qu'elles ont toutes les qualités. Elle recrute un collaborateur un peu plus jeune qu'elle. Elle se sent très vite troublée par ce jeune homme sympathique et travailleur. Et, son trouble ne cesse de croître. Il en devient difficilement supportable. Elle sait que la meilleure solution serait de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée du jeune homme. Elle ne peut s'y résoudre. Alors, elle s'éloigne. Le roman de Mathieu Diégèse est le récit de cet éloignement.
Ce roman est celui du bouleversement du désir entre les femmes et les hommes en ce début de siècle. Moins que jamais, le cadre professionnel est propice aux histoires d'amour et plus que jamais, il les suscite. L'entreprise constitue une clôture morale nouvelle où les gains de productivité côtoient la bien-pensance. On consomme des anxiolytiques. On consulte des gourous. Mais on continue de pleurer  le soir en rentrant chez soi , frustré.e et enserré.e par la culpabilité.
Mathieu Diégèse dévoile la douleur d'aimer dans un monde de supposée liberté, pétri de contraintes insidieuses et d'interdits sournois.
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