Diégèse dimanche 3 mars 2019



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Bric-à-brac 62



Mathieu Diégèse







S'il est admis depuis Aristote que le principe de non-contradiction est une nécessité absolue pour construire et surtout vivre la réalité, renvoyant dès lors vers une insanité celles et ceux qui y dérogent, Freud et Lacan, au moins, mais d'autres encore telle Mélanie Klein, ont montré que l'inconscient ne s'embarrassait pas de ce principe binaire et en manifestait le caractère inopérant par des lapsus ou des rêves semblant ensuite étranges à la personne éveillée. Étranges et même étrangement étranges, pourrait-on écrire. Ce principe de non-contradiction, et Freud encore en fait cas, semble subsumé par l'infernale dyade : « là / pas là. » C'est bien dans « Au-delà du Principe de plaisir » qu'en 1920 Freud narre comment l'observation d'un enfant de dix-huit mois qui envoyait par jeu loin de lui ce qui lui tombait sous la main le fit douter que toute motivation du désir fût articulée avec le plaisir, au moins avec un plaisir direct. Si le plaisir et par conséquent le désir renvoient en même temps au « là » et au « pas là » dès la prime enfance, cette dyade-là va vite s'essentialiser, perdant son caractère strictement déictique dans une autre terrifiante et nécessairement traumatique qui sera « vivant / mort. » Et l'on va donc dans la vie en admettant que ce qui est mort ne peut pas être vivant et que ce qui est vivant n'est pas mort. Pour autant, très vite, la proposition précédente est infléchie et l'on apprend souvent à ses dépends que ce qui est vivant n'est surtout pas encore mort. Et il faut alors le travail d'une foi appuyée sur une doctrine et des rites pour admettre dans un doute pourtant toujours renouvelé que ce qui est mort n'est pas encore vivant, mais le sera... le jour de la fin des temps. C'est alors en christianisme la résurrection des corps.

À bien y penser, les textes chrétiens montrent clairement que « résurrection » est une facilité de langage, car, cette résurrection est qualifiée à chaque messe de « vie véritable, » renvoyant ce qu'il est convenu d'appeler la vie vers quelque chose qui serait la vie sans être la vie. On peut ainsi proposer que le christianisme est l'exemple même d'une abolition consciente du principe de non-contradiction condensée dans la position proposée au croyant, à la croyante, qui serait en même temps, d'être sauvé.e et pas encore sauvé.e.

Mais, la fiction littéraire puis cinématographique ne cessent évidemment aussi de jouer avec ce principe de non-contradiction en démontrant par l'expérience qu'il s'agit bien d'une aporie et abreuvent l'imagination qui les accueille en même temps avec dégoût et joie de morts-vivants, revenants, fantômes et autres zombies. Le frisson d'horreur fasciné ressenti semble bien être celui de l'abolissement de ce principe pseudo fondateur. Car, ici aussi, en même temps, ce que je lis, ce que je vois, est vrai et pas vrai. Pourquoi donc ai-je peur à pouvoir en hurler dans cette salle obscure puisque je sais pertinemment que ce que je vois et ce que j'entends est une fiction ?


Ainsi, alors que nous croyons notre vie solidement fondée sur le principe de non-contradiction qui nous a été vendu comme le seul principe opérationnel possible et sain, nous vivons quotidiennement, et même multi-quotidiennement sur un autre principe que nous appellerons ici « le principe de non-non-contradiction. »


Il est temps maintenant d'arrêter cette lecture quelques instants pour rechercher en vous, chère lectrice, cher lecteur, ce principe que l'auteur éprouve en vous écrivant, puisque il vous écrit à vous qui n'êtes ni là ni pas là, ni mort.e. ni vivant.e.








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