Diégèse mardi 5 mars 2019



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Obscurément 64



Daniel Diégèse

Cette photographie provient du fonds André Cros, conservé par les archives municipales de la ville de Toulouse et placé sous licence CC BY-SA 4.0 par la délibération n°27.3 du 23 juin 2017 du Conseil Municipal de la Ville de Toulouse.






Venons-en maintenant à d'autres signaux de la mise en péril de la chose politique, et, notamment, aux signaux relatifs aux attributs du pouvoir, qui constituent aussi ce que l'on pourrait appeler les signes extérieurs de pouvoir.

Parmi ceux-ci figure en France, en très bonne place, sinon à la première place l'automobile. « Trouvez l'auto et vous trouverez le pouvoir » semble dire la vie politique française depuis des lustres. L'automobile du pouvoir en France se veut la descendante du carrosse royal. La défunte marque d'automobiles SIMCA a, dans les années 1950 et 1960 surjoué cette filiation avec ses SIMCA Versailles, Régence, Marly, Trianon, Chambord et... Présidence. On ne pouvait être plus clair. Il n'est en outre pas anodin que le carrosse naquit en France sous le règne de Louis XIV qui incarna, et pour une part inventa, le pouvoir absolu.

Si l'on s'en tient à la cinquième République française, le rappel des véhicules utilisés par les présidents successifs permet de capter les signaux faibles du pouvoir en France. Entre la SIMCA Présidence, utilisée par le général De Gaulle et Georges Pompidou, cabriolet d'apparat un peu enflé à moteur Ford singeant les énormes voitures américaines, remplacée par la mythique Citroën DS présidentielle, il y a toute la politique de non alignement du gaullisme. Avec la tout aussi mythique mais éphémère SM, il y a le Concorde, puis le TGV... et la fin prématurée du gaullisme après 1968. Le message passe si bien que la Citroën aux lignes futuristes devient le marqueur des dictatures. L'Ougandais Idi Amin Dada, demeuré tristement célèbre pour le régime de terreur qu'il avait instauré dans son pays, n'en possédait pas moins de sept. Puis, ce que l'on a appelé un temps « la Mitterrandie » s'est aussi appelée « le gang des R25 », évoquant par là le ballet incessant de ces véhicules sirènes hurlantes et gyrophares allumés précédés de motards conduisant ministres, collaborateurs de ministres et parfois aussi des personnages plus ou moins recommandables.

En 2017, Emmanuel Macron se fait élire en développant une promesse de rupture avec un supposé « ancien monde. » Cette rupture eût pu, et même eût dû se manifester aussi par une rupture avec les signes extérieurs de pouvoir. Il n'en fut rien. Le jeune président renoue avec la DS, assumant ainsi une filiation avec le gaullisme, mais cette DS s'avère un DS nommé DS 7 Crossback Présidentiel. Comment expliquer cette DS transgenre du nouveau maître de la Start-up Nation ? C'est que la voiture est devenue un « SUV » pour « sport utility vehicle »... mode qui nous vient des États-Unis et qui vaut bien un « Crossback » à la signification incertaine. Serait-ce une inversion du « back-cross » qui, en biologie génétique, est l'action consistant à croiser un élément hybride avec un de ses parents afin d'obtenir un résultat génétique proche de celui du parent. La créativité lexicale automobile ne connaît vraiment pas de limites. Tant est si bien que ce DS 7 Crossback Présidentiel participe dès le mois de septembre 2017 au concours d'élégance de Chantilly... démentant s'il en était besoin tout espoir de rupture avec l'exercice « monarchisant » des présidents français de la cinquième République, si l'on m'autorise ce barbarisme. Dans le même temps, qu'on explique au peuple ébahi que la sécurité routière et le réchauffement climatique imposent conjointement d'expulser les voitures des villes, de baisser la limitation de vitesse et de surtaxer les carburants, et, immanquablement, le peuple se révoltera, dans un mouvement aussi brusque que souverainiste, ce vieux peuple comprenant implicitement qu'on l'éloigne de l'exercice républicain du pouvoir.





Cette photographie provient du fonds André Cros, conservé par les Archives municipales de la ville de Toulouse. (Licence CC BY-SA 4.0)

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4e de couverture


Avec son dernier pamphlet, Daniel Diégèse frappe fort et dur sur la classe politique, tous partis confondus. Il faut dire qu'il a été à bonne école et qu'il se fait accompagner dans sa rage par Charles Péguy, qui dénonçait quant à lui ses contemporains comme les tenants de la petitesse.
Dans ce livre, Daniel Diégèse dénonce comment la communication a pris le pas sur l'expression politique, sur la politique et sur la pensée politique.
L'auteur s'attaque précisément à la notion de « séquence », notion centrale de ces officines publicitaires que sont devenus les cabinets des élus ou des ministres. Bonne ou mauvaise, la séquence va commander l'expression politique, et, ce qui devrait demeurer caché ou silencieux, comme les didascalies d'une pièce de théâtre ou les consignes de l'entraîneur sur le banc de touche, va passer dans l'expression, dans le langage, dans le discours.

Considérée à l'aune de la séquence, que celle-ci soit souhaitée ou surtout non souhaitée - le couac, le scandale - le personnel politique apparaît désormais comme apparaissaient à l'écran les personnages des films muets derrière lesquels un panonceau indiquait ce qui se passait, ce que le personnage ressentait... L'un de ces panonceaux virtuels est le désormais trop célèbre « j'assume » de celle ou celui qui, pris la main, et parfois davantage, dans la confiture médiatique, semble utiliser ainsi le fameux joker de certains jeux télévisés. Mais le nombre de jokers ne figure pas dans la règle du jeu.
La lecture de Obscurément, réjouit et irrite tout à la fois. Mais elle aura pour conséquence une attention accrue aux discours politiques afin de mieux en déceler la terrible vacuité.
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