Diégèse vendredi 8 mars 2019



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Je ne ferai rien de tout cela 67



Gustav Diégèse







J'étais dans cette voiture trop luxueuse, que je m'étais autorisée comme on s'autorise une folie pour la dernière fois, pour un dernier voyage. J'étais sur l'autoroute qui allait à Paris et qui venait du nord, ou peut-être de l'ouest ; je ne me souviens plus et il n'y a pas vraiment d'importance à se souvenir de cela. J'avais pris de l'essence dans une station et puis un café, sans doute. Je fumais aussi me semble-t-il à cette époque des cigarettes blondes en trop grande quantité, sauf dans cette voiture louée qui ne devait pas sentir le tabac.
Tu étais peu avant la sortie avec des vêtements clairs et un sac de toile et ton sourire qui se voulait rassurant, qui se voulait accorte. Tu faisais du stop.
Je me souviens t'avoir dit que tu étais une matérialisation fantasmatique et tu m'as répondu que, dans ce cabriolet, j'étais moi aussi une forme de matérialisation. Nous étions d'accord sur le fait que nous formions alors une scène cinématographique et peu importait que nous pensions à ces scènes qui donnent un cadre narratif ténu aux films pornographiques. J'ai dit cela, je crois et nous avons ri. Je t'ai demandé s'il fallait vraiment rentrer à Paris. Tu riais comme je riais. Il y avait moins de monde dans le sens Paris-Province. Nous voulions nous baigner avant le coucher du soleil et nous rentrerions plus tard.

J'étais dans cette voiture trop luxueuse, que je m'étais autorisée comme on s'autorise une folie pour la dernière fois, pour un dernier voyage. J'étais sur l'autoroute qui allait à Paris et qui venait du nord, ou peut-être de l'ouest ; je ne me souviens plus et il n'y a pas vraiment d'importance à se souvenir de cela. J'avais pris de l'essence dans une station et puis un café, sans doute. Je fumais aussi me semble-t-il à cette époque des cigarettes blondes en trop grande quantité, sauf dans cette voiture louée qui ne devait pas sentir le tabac.
Tu étais peu avant la sortie avec des vêtements clairs et un sac de toile et ton sourire qui se voulait rassurant, qui se voulait accorte. Tu faisais du stop.
Cela doit faire une bonne vingtaine d'années maintenant, trente peut-être, que je me souviens de ton sourire même si je ne distingue plus désormais tes traits. J'ai répondu au sourire et j'ai continué ma route, pressentant si tu montais avec moi une bifurcation narrative radicale.

Je n'ai rien fait de tout cela.







page 67
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4e de couverture


Le temps passe, la vie s'écoule, et avec le temps qui passe, et avec la vie qui s'écoule, s'amenuise le champ des possibles. De ce constat banal, Gustav Diégèse, poète et romancier, livre un texte d'une grande sensibilité qui ne laissera pas indifférent.
Quel âge a le narrateur ? S'agit-il d'ailleurs d'un narrateur ou d'une narratrice ? Qui est cette personne qui s'attache au fil sensible de tout ce qu'elle n'a pas fait, de tout ce qu'elle ne fera pas. Mais, qu'ont en commun les éléments de cette énumération ? Parviendront-ils à dessiner en creux la personnalité de celle ou de celui qui n'a rien fait de tout cela, et qui, surtout, ne fera rien de tout cela ?
Je ne ferai rien de tout cela est sans conteste un roman onirique et initiatique. On sort de sa lecture étrangement calme, avec peut-être un peu de nostalgie paradoxale pour tout ce qui n'a pas eu lieu, tout ce qui ne s'est pas passé. Et on en redemanderait bien, avant, le soir, dans son lit, de se livrer presque en cachette à l'examen minutieux de ce que l'on ne fera pas, de ce que l'on ne fera jamais, de ce qu'il n'est plus temps de faire.
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