Diégèse dimanche 10 mars 2019



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La Démonstration
se veut implacable
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Noëmie Diégèse







Nous allons maintenant brièvement aborder ce qu'il est convenu de rassembler sous le terme de « complotisme, » néologisme qui tend à se substituer à un autre néologisme : « conspirationnisme. » Les différentes « théories du complot » qui se sont succédées à travers le temps n'ont pas été, ou alors très rarement, des paralogismes ou plutôt des « méta-paralogismes, » car, leurs inventeurs avaient bien la volonté de tromper et de tirer bénéfice de cette tromperie. On peut donc définir le complotisme comme un ensemble de syllogismes, donc un « méta-syllogisme. » Pour autant, la volonté de tromper ne nous semble pas le motif principal de la propagation des théories complotistes. Par exemple, le bénéfice matériel ou immatériel - le buzz - se substituera souvent à la volonté de tromper. Peut-être était-ce le cas quand cet acteur célèbre reprit une théorie du complot déjà complètement éventée sur le onze septembre. Peut-être aussi le croyait-il vraiment. Ou peut-être les deux. Si nous admettons qu'il le croyait vraiment, quel était le ressort de cette croyance ?


C'est à cet endroit que se situe selon nous la difficulté particulière de lutter contre le complotisme, qui est aussi l'endroit qui rend difficile toute lutte contre les religions, car complotisme et religion reposent sur une caractéristique humaine que nous nommerons ici « le goût de croire, » qui est tout autant « la jouissance de croire. » On pourrait presque avancer que les religions ont été inventées pour satisfaire et surtout encadrer cet irrépressible « goût de croire, » d'homo-sapiens. Ce qui rend quasiment invincible le complotisme, c'est qu'il est anthropologique. En effet, qu'il pût être utile et profitable dès la préhistoire de diffuser de fausses informations, nous pouvons aisément nous le figurer. Se réserver le meilleur gibier, inventer des malédictions autour des points d'eau, assurer sa domination sur un groupe en se prévalant de pouvoirs magiques... pouvait être éminemment rentable. On le conçoit aisément. Mais, cela ne dit rien des raisons pour lesquelles ça marche ! Cette jouissance de croire, qui nous semble première dans le processus du complotisme, qui en est même le carburant essentiel, est tout aussi bien la jouissance de ne pas croire. D'ailleurs, si l'on se risquait à une symptomatologie du complotisme, « croire - ne pas croire » apparaîtrait sans doute comme une dyade, deux symptômes indissociables. « Il me plaît de croire qu'un groupe occulte gouverne le monde parce qu'il me plaît de ne pas croire le récit officiel que les puissants me livrent sur le monde » affirme en permanence l'adepte d'une théorie du complot. Produisant un contre-récit ou se contentant d'y adhérer, fût-il frelaté, il ou elle échappe à la domination de ces mêmes puissants. Cette jouissance est si forte qu'elle peut embarquer la raison sur des chemins périlleux, et cela, on le sait au moins depuis Aristote. Considérons par exemple le réchauffement climatique. Tant que l'on peut considérer que les gouvernements, protégeant les intérêts d'un capitalisme mondialisé, ne luttent pas avec assez de force contre le réchauffement climatique, le goût d'y croire peut agréger les foules... jusqu'à ce que, la lutte contre ce même réchauffement étant prise en compte dans les politiques publiques, il devienne plus jouissif de ne pas croire au réchauffement climatique, ou, mieux encore, d'instituer ce même réchauffement climatique en tant que conspiration mondiale. C'est, par exemple, ce que fait Monsieur Trump et force est de constater que ça marche !








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