Diégèse dimanche 24 mars 2019



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Sans impression de Solitude 83



Gustav Diégèse







Cette fois, je suis convoqué chez le rédacteur en chef. Je pense que cela va mal se passer.

Je sais pourquoi il me convoque : chaque année, le parti démocrate organise à Guglionesi la Fête de l'Unité. Le journal couvrait l'événement, car, le maire actuel, qui n'est pas du parti qui a gouverné la ville pendant longtemps, avait cependant été invité à la fête. Il s'agissait ainsi de montrer que, localement, les institutions républicaines et démocratiques étaient assez fortes pour surmonter les clivages politiciens. Il n'était pour autant pas question d'envoyer un reporter à Guglionesi depuis Rome. Six heures de trajet aller-retour, cela ne valait pas la peine. Il était évidemment encore moins question d'envoyer un photographe. Il fallait fouiller les archives ou trouver ailleurs un cliché, même en basse définition.

J'ai commencé à chercher des photographies de Guglionesi. Il y en avait beaucoup. Le centre-ville médiéval est une destination touristique de l'Adriatique, qui est à peine à vingt minutes. J'ai d'abord passé trop de temps à regarder des images de la côte : une longue plage de sable, des palmiers chétifs, un parking, une route, la voie de chemin de fer, l'autoroute du littoral nord ; cela sur des centaines de kilomètres. Je n'avais envie que d'une seule chose : relire La longue Route de sable de Pasolini dans l'édition de Philippe Séclier chez l'éditeur Xavier Barral.

Et puis, est venue cette photographie : une rue de Guglionesi avec des murs décrépis. Sur la droite, un garde-corps qui semble bricolé a été installé pour empêcher les passants de longer le mur. Par terre, on aperçoit quelques gravats. Le mur doit s'écrouler. Soudain, la crise est survenue, une de ces crises qui se répètent désormais presque quotidiennement. Je ne sais comment la décrire autrement que par ces mots : j'entre dans la photo. Je me suis assis sur la seconde marche d'un porche. Je me suis mis à pleurer. Impossible dès lors de chercher une autre photographie. Je suis resté dans la photographie un temps que je ne saurais mesurer. Quand l'heure du bouclage est arrivée, je n'avais que celle-ci. Je suis sorti de la photographie, les yeux rougis, l'air un peu hagard et je l'ai donnée. J'ai bien vu l'air navré de mes collègues.

Je ne suis donc pas surpris de cette convocation chez le rédacteur en chef.







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