Diégèse jeudi 7 novembre 2019



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Une sorte de belvédère 311



Gustav Diégèse








Le quartier de la Grand'Mare est un quartier de Rouen qui porte le nom d'une ancienne ferme. C'est en 1963 que la Grand'Mare devient une ZUP, une Zone à urbaniser en priorité. Il est le terrain de nombreuses expérimentations architecturales au fil du temps.
Comme pour beaucoup de quartiers nouveaux de ces années-là, les rues portent le nom d'artistes. Ce sont souvent des peintres et cela aurait pu être le cas dans une ville marquée par les impressionnistes. Mais, à la Grand'Mare, ce sont des musiciens. Un aperçu rapide permet de repérer César Franck, Jean-Baptiste Lulli, Jean-Philippe Rameau, François Couperin, Giuseppe Verdi, Richard Wagner, Charles Gounod, Claude Debussy, Jules Massenet, Hector Berlioz... On trouve aussi Georges Braque, peintre esseulé parmi tous ces musiciens. Ce n'est pas parce que leurs rues portent des noms d'artistes que ces quartiers sont devenus « sensibles ». Mais, ces noms de rue ne permettent pas vraiment de se repérer parce qu'elles sont très longues et qu'elles tournent. En effet, la Grand'Mare est construite sur une sorte d'éperon qui aurait pu convenir à l'édification d'une forteresse. On y accède depuis le centre-ville par des routes en lacets.

Souvent la Grand'Mare a été choisie comme théâtre d'expériences architecturales et urbanistiques. La plus célèbre d'entre elles aura sans doute été celle menée par l'architecte Marcel Lods, inspiré par l'aéronautique. Hélas, ces immeubles vite nommés « Les Lods », utopie architecturale où les occupants peuvent déplacer à leur guise ou presque les cloisons intérieures de leur appartement, vont se révéler dangereusement inflammables. Il faudra les démolir. Il n'en reste plus qu'un, témoin d'un temps révolu et protégé au titre des monuments historiques.
L'image présentée ici ne représente cependant pas un vestige « des Lods », prise en 2015 lors de l'inauguration de l'œuvre « VOST » réalisée par Mathieu Herbelin, œuvre d'art qui est aussi un endroit de rencontre ou qui se veut tel. « VOST » signifie « vous + hôtes ». Les tours rénovées sont intéressantes car on s'est attaché à redonner à ces immeubles la dignité du dessin original de l'architecte. Trop souvent, les rénovations, notamment dans les années 1990, ont ajouté de la couleur, des corniches maladroites, des parements ridicules. Ici, le tranchant du dessin est rendu de manière très convaincante par un parement qui évoquerait presque la blancheur de la craie des falaises des bords de Seine ou de la côte normande à quelques encablures.

Que devient « VOST » plus de quatre ans après son inauguration ? Que devient la blancheur des tours rénovées ? Peut-être pourrons-nous interroger les enseignant.e.s et les étudiant.e.s de l'école supérieure d'art installé.e.s à proximité, peu de temps avant, un peu contre leur gré.







page 311
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4e de couverture

Rouen, Montereau, Montfermeil, Marseille... la liste est longue de ces ces villes dont des quartiers « populaires » construits à partir des années 1960, parfois même un peu avant, sont sur les hauteurs. On en connaît souvent le nom pour l'avoir lu ou entendu à l'occasion de faits divers, du démantèlement d'un trafic de drogue, parfois d'une émeute à la suite d'échauffourées avec la police, parfois aussi, depuis quelques années, du fait de la radicalisation islamique d'une partie de la population.
Mais, Gustav Diégèse, photographe et écrivain du quotidien, ne s'est pas arrêté à cette mauvaise réputation, souvent méritée, et est allé à la recherche des utopies qui présidaient à leur construction quand ils ont été conçus, parmi lesquelles, par souci d'hygiène, celle de donner aux habitants une belle vue, et surtout un bon air. Ces quartiers sont donc assez souvent des belvédères qui vont jusqu'à offrir parfois une vue à 360° sur leur environnement. Après tout, Montfermeil n'était-elle pas jusqu'au milieu du vingtième siècle une villégiature ?
On redécouvre avec ce livre richement illustré l'idée première de ces quartiers aujourd'hui plongés dans la pauvreté, le chômage et la relégation. On se prend parfois à rêver, et l'on peste aussi contre l'idéologie quand il s'agit de la vie des humains.
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