Diégèse mercredi 20 novembre 2019



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Pays réel 324



Daniel Diégèse







S'agissant des faits et gestes de la population, les médias dramatisent, ou plutôt, devrait-on écrire, qu'ils narrativisent, qu'ils transforment en récit ce qui n'est pas un récit. Le pays réel, si l'on s'échappe de l'idéologie maurrassienne ou, désormais, post-maurrassienne, n'est pas un pays aux récits glorieux non plus qu'ignominieux. C'est un pays sans récit. La réalité, voire même le réel, serait ce qui échappe au récit, donc au drame, donc aux médias et à la médiatisation.


Mais, le pouvoir a besoin de récits. Il est même possible d'admettre que le pouvoir ne prospère que par le récit. Même quand le récit du pouvoir est régulé et codifié, à savoir dans l'acte juridique, sa manifestation est narrative. Ainsi, les procès, on le sait, sont parfois de fabuleux récits et rien ne pourra changer cela. Il n'est d'ailleurs pas question de vouloir changer cela. Mais, ce qui est mis en question et pour nous, remis en question, c'est le fait de prétendre que cet ensemble de récits juridiques et médiatiques constituent le pays réel. Ils constituent le pays mis en récit par le pouvoir, par les pouvoirs.

Maurras avait l'ambition et le projet de construire un contre-récit au récit dominant, récit qui serait celui, donc, du pays réel. Cette tentative, outre le fait qu'elle était d'emblée entachée par des soubassements idéologiques nauséabonds, était vouée à l'échec, pour ce en quoi elle s'appuyait sur un récit. Le récit marxiste n'a pas moins échoué dans ses tentatives d'héroïsation du peuple et, singulièrement, de la figure de l'ouvrier. Les récits forgés se sont retournés vite contre celles et ceux qu'ils voulaient glorifier.

Il ne peut pas en être autrement, car, la vie n'est pas récit et donc, toute tentative de narrativisation pour rendre compte de la vie est vouée à l'échec. C'est exactement pour cela que l'être humain a besoin de l'art, car, même quand l'art use du récit, ce qui relève de l'art échappe au récit. Considérons par exemple un roman romantique de Victor Hugo ou, naturaliste, d'Émile Zola. Ce qu'ils tentent de nous dire de la société par le récit n'est évidemment pas le plus important. Même chez Zola, ce qui est important, ce n'est pas le message social et politique, mais cette tentative nécessairement surhumaine de rendre compte de la vie. Il en va de même pour le peintre et pour le sculpteur, quelles que soient les formes des travaux qui sont entrepris. Le pays réel, c'est donc par l'art que l'on peut l'approcher. Après tout, ce n'est rien d'autre que ce que disait Bergson : « Tel est l'objet de l'art. Si la réalité venait taper directement nos sens et notre conscience et si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-même, je crois bien que l'art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l'unisson de la nature. »







page 324
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4e de couverture


Charles Maurras opposait le « pays réel » au « pays légal ». Il était monarchiste et antisémite. Mais, on a vu et compris dès 1940 que le « pays réel » selon Monsieur Maurras était surtout un « pays illégal », celui de la torture, de la déportation, de la milice et des exactions.
Pour autant, que serait « pays réel » débarrassé de cette référence maurrassienne ? Daniel Diégèse, sociologue et historien se penche avec talent sur cette question épineuse. Il dresse pour nous le portrait d'une société française moins fragmentée qu'on pourrait le penser, certes, profondément défiante face aux pouvoirs institués, mais capable de générosités insensées pour peu qu'on lui laisse l'initiative.
Ce « pays réel » est réputé ingouvernable. Difficile à savoir puisque personne n'essaye véritablement. On ne le gouverne pas ! On lui parle ! Et pour lui raconter des balivernes en espérant qu'il ne s'en apercevra pas.
La thèse de Daniel Diégèse est passionnante, car elle s'émancipe des classements traditionnels de la politique politicienne. Droite ou gauche ; et même extrême-droite et extrême-gauche passent aux oubliettes. Cette thèse a pour premier bénéfice de nous rassurer s'il en était besoin : le pourcentage de salauds n'a pas augmenté depuis la guerre.
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