Diégèse vendredi 22 novembre 2019



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Longues Réflexions 326



Mathieu Diégèse







Ainsi, pour conclure, on conviendra que les philologues ne font que rarement le lien entre les deux acceptions du terme « réfléchir », à savoir, d'une part, selon les catégories du Trésor de la langue française informatisé : « renvoyer par réflexion dans la direction d'origine ou dans une autre direction », et c'est alors le miroir qui réfléchit ; d'autre part : « faire usage de sa réflexion, exercer sa réflexion », et c'est alors la personne qui réfléchit. Ces deux acceptions se retrouvent d'ailleurs distinctes dans le substantif « réflexion  ». Cependant, ce même dictionnaire indique, s'agissant de « réflexion » qu'il s'agit de « (la) faculté qu'a la pensée de faire retour sur elle-même pour examiner une idée, une question, un problème...  » John Dewey, le philosophe pragmatiste américain, en 1910 dans Comment nous pensons, définit ainsi « la pensée réfléchie » : « La pensée réfléchie est le résultat de l'examen serré, prolongé, précis, d'une croyance donnée ou d'une forme hypothétique de connaissances, examen effectué à la lumière des arguments qui appuient celles-ci et des conclusions auxquelles elles aboutissent. » Soit. Nous pourrions donc, par facétie, admettre avec le philosophe que la réflexion, c'est quand « ça tourne en boucle ! »

Pourtant, nous avons vu que nous pouvons risquer une autre analyse qui distinguerait l'acte de penser de celui de réfléchir tout en unifiant les deux acceptions du terme « réfléchir ». Dans la réflexion, contrairement à la pensée, il est toujours question de soi. On pourrait même oser affirmer que la réflexion, c'est la pensée plus le soi. Considérons par exemple une notion sur laquelle on aime particulièrement à réfléchir et à penser : le temps. Quelle différence fera-t-on entre « penser la question du temps » et « réfléchir à la question du temps  » ? Dans la langue courante, on n'en fera aucune et d'ailleurs, dans les situations de la vie courante, on réfléchira surtout au temps qu'il va nous falloir pour faire ceci ou cela, au temps qui reste, au temps passé. Mais, si nous essayons de « penser le temps », ce que nous devrons faire, en priorité, c'est nous abstraire et nous extraire tout à la fois de cette pensée. Si nous réfléchissons sur le temps, nous le ferons nécessairement avec nous dans l'affaire. Reste à savoir si le philosophe, donc, peut penser ou s'il est condamné à réfléchir. Le physicien, lui, peut penser la matière. Le philosophe peut réfléchir à la matérialité.

La pensée philosophique serait donc toujours une réflexion, c'est à dire une pensée qui englobe le sujet. Voilà une assertion bien audacieuse à laquelle nous serons donc appelé à... réfléchir.







page 326
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4e de couverture


« Je réfléchis. »
« Réfléchir » semble une activité rationnelle, et même vertueuse. Elle permettrait d'éviter de faire des sottises. Mathieu Diégèse, spécialiste des sciences cognitives, montre dans ce livre passionnant qu'il n'en est rien, ou plutôt que les choses ne se passent pas exactement ainsi. Tout d'abord, on appelle « réflexion » des activités cérébrales qui sont très différentes les unes des autres. Il y a des réflexions actives et des réflexions passives. « Réfléchir », cela peut être peser le pour et le contre, et cela s'apparente donc à un exercice de probabilités. Cela peut aussi vouloir dire que l'on rêve, ou encore que c'est tout réfléchi, et même que l'on n'en fera rien.
« Réfléchir » n'est donc pas seulement « penser ». Et parfois, ce n'est pas « penser ». Mathieu Diégèse montre ainsi qu'il serait préférable que l'école apprenne à penser plutôt qu'à réfléchir...
Voilà matière à réflexion... ou à pensée.
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