Diégèse lundi 7 octobre 2019



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Putréfaction de l'amour 280



Daniel Diégèse






Les troubles de Rosine ont commencé quelques mois avant la rupture avec son compagnon. Au commencement, il s'est agi de fourmillements dans les jambes qui, au départ anodins, n'ont cessé de croître en intensité. Le médecin lui a dit qu'elle avait le syndrome des jambes impatientes, connu encore sous le nom de syndrome des jambes sans repos. Scientifiquement, il s'agit d'une paresthésie agitante nocturne des membres inférieurs, trouble sensorimoteur qui se caractérise par une envie irrésistible de bouger les jambes. Elle n'a pas voulu contredire son médecin, qui lui a prescrit des agonistes dopaminergiques pour faciliter son sommeil. Elle n'a pas voulu le contredire, mais, elle n'avait cependant pas du tout envie de bouger les jambes. Elle avait seulement des fourmillements incessants, qu'elle percevait davantage la nuit quand elle était allongée, mais qu'elle ressentait aussi le jour.
Elle a pris les médicaments prescrits. Elle a un peu mieux dormi, mais ses symptômes n'ont pas cessé. Les fourmillements ont même évolué vers des sortes de décharges électriques soudaines assez désagréables qui, en effet, faisaient qu'elle bougeait les jambes la nuit sans pouvoir les contrôler.

Elle est retournée voir son médecin qui a réitéré son diagnostic et a augmenté les doses des médicaments qu'il lui avait prescrits. Même si elle était farouchement opposée à ce qu'il est convenu d'appeler le nomadisme médical, mais constatant que son état ne faisait qu'empirer, elle a décidé d'aller consulter un autre médecin. Elle aurait aimé voir un neurologue, mais sans lettre de son médecin traitant, les rendez-vous avec les spécialistes n'étaient pas possibles. Alors, un soir, n'en pouvant plus, elle a appelé SOS Médecin et elle a demandé au praticien qui lui a rendu visite de lui faire une lettre pour un neurologue, ce qu'il n'a pas fait. Elle est retournée voir son médecin traitant et a exigé d'avoir une lettre pour un neurologue et elle l'a obtenue. Le premier rendez-vous était deux mois après. Quand elle y est allée, elle avait déjà du mal à marcher. Elle a pensé que c'était la fatigue de ces nuits sans sommeil et de ces décharges électriques doublées de crampes qui ne la quittaient plus. Le neurologue lui a prescrit une IRM et lui a indiqué un centre qui les faisait rapidement, mais dont les examens n'étaient que partiellement remboursés par la Sécurité sociale et les mutuelles. Elle s'est dit qu'elle pouvait renoncer à ses vacances pour se payer une IRM, car, de toute façon, au regard de ses troubles, ses vacances seraient gâchées. Le centre enverrait directement les résultats de l'IRM au neurologue avec copie à son médecin traitant.


Pendant toute cette période, elle a évité de trop lui en parler. C'est à dire qu'elle ne lui en a pas parlé du tout, sachant que cela l'inquiéterait, lui qui était hypocondriaque comme savent l'être les hommes. Quand ses jambes la faisaient trop souffrir la nuit, elle se levait pour aller s'allonger sur le canapé, prétextant une insomnie. Ils avaient fini par s'habituer ainsi, sans même le dire ni se justifier, à faire lit à part. Une couette était en permanence dans un des placards de l'entrée, qu'elle mettait sur le canapé pour dormir. L'inconfort relatif de ce lit improvisé devait évidemment aussi contribuer à sa fatigue. Leurs relations en étaient affectées. Mais, ils ne se parlaient pas beaucoup et ils se parlaient de moins en moins.


Le neurologue l'a appelée pour lui dire qu'il avait reçu les résultats de l'IRM et qu'elle devait passer à son cabinet sans avoir recours à la centrale de rendez-vous ni aux rendez-vous en ligne. Il la prendrait entre deux patients. Le diagnostic est tombé : début de sclérose en plaques. Elle connaissait cette maladie. Une de ses collègues de bureau en souffrait depuis quelques années. Elle savait que la maladie progressait par poussées séparées par des périodes de rémission de durées variables. Le neurologue lui a conseillé de se faire aider par un psychothérapeute.

Il y en avait justement un dans l'immeuble à côté du sien. Elle a pris rendez-vous. Elle se souviendra de la première séance : « Vous aviez les jambes impatientes, vous vouliez donc partir. Et cette envie de partir s'est progressivement muée en paralysie. En fait, avec lui, ça ne marche pas, ou plutôt, ça ne marche plus. »

Elle est rentrée chez elle. Le soir, elle lui a annoncé qu'elle avait la sclérose en plaques et qu'elle le quittait.








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4e de couverture


L'amour est vivant et puis l'amour meurt. Mais que deviennent les amours mortes ? La littérature voudrait qu'elles continuent à vivre dans le souvenir, dans le cœur ou dans tout autre partie du corps... Mais ce ne sont que mensonges. Une fois les amours mortes, elles pourrissent et peuvent faire d'horribles dégâts quand on les laisse pourrir en soi.
L'épidiémologiste Daniel Diégèse s'est fondé sur plusieurs études menées à grande échelle sur les pathologies humaines, notamment en Europe et aux États-Unis pour tenter d'établir des corrélations entre les chagrins d'amour et les pathologies. Il est allé à la recherche de témoignages et a effectué de nombreux entretiens au cours de son enquête. Il semblerait bien que l'amour atteigne ainsi l'humain au cœur non par métaphore, mais pathologiquement et que l'organe cardiaque soit bien sensible, parfois jusqu'à la rupture... aux ruptures.
On découvre grâce à Daniel Diégèse une centaine de vies brisées par des maladies d'amour, des premiers symptômes jusqu'à la guérison... dans le meilleur des cas.
C'est absolument passionnant, même si cela pourrait vous dissuader de tomber amoureuse ou amoureux.
Quoique... « Le cœur a ses raisons », dit-on.
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