Diégèse mercredi 9 octobre 2019



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Mauvais goût 282



Mathieu Diégèse







De la blondeur en politique et de la teinture

Les historiens pourront peut-être établir à quel moment de l'histoire française la teinture en politique est devenue un marqueur et un sujet de conversation. Ils remarqueront alors en tout premier lieu que ce mouvement accompagne la croissance de la consommation de produits colorants pour les cheveux, pour les femmes depuis les années 1950 et pour les hommes depuis plus récemment. L'Institut national de la statistique et des études économiques, l'INSEE, nous apprend par exemple que la part des vêtements dans les achats des Françaises et des Français consacrés à leur apparence physique a baisse de 55% depuis 1960, quand celle de ceux consacrés aux soins et biens personnels a augmenté de 3,6% en volume et de 8,4% en valeur.
Ils se souviendront ensuite de la remarque d'un ancien président de la République française commentant la qualité de la teinture de son successeur. Ainsi, le magazine supposé sérieux L'Express rapportait le 2 juillet 2013 que Nicolas Sarkozy aurait raillé François Hollande du fait qu'il se teintait les cheveux. Mais, François Hollande n'était pas teint en blond, non plus que Nicolas Sarkozy dont la chevelure blanchit ou ne blanchit plus selon les circonstances. Depuis lors, la blondeur en politique a fait une percée remarquée chez les hommes grâce à ou à cause de Donald Trump et Boris Johnson, notamment, dont la couleur capillaire finit par faire emblème. On pourrait aussi, bien sûr, citer le néerlandais Geert Wilders. Il est donc désormais établi au niveau international que le populisme est blond. Cela, les Françaises et les Français le savent au moins depuis l'entrée en politique de Monsieur Le Pen, qui leur a légués de surcroît une fille et une nièce qui rivalisent aussi sur la teinte de leur chevelure.
La blondeur dans la politique française a été étudiée par le magazine Causette en 2010. Il serait intéressant de renouveler ce sondage pour en mesurer les évolutions. Selon cette enquête, en 2010, donc, 62% des conseillères régionales du Front national étaient blondes contre 25% de celles du Parti socialiste. Quant à l'IFOP, cet institut de sondage mesure que la blondeur déclarée et le vote à droite augmentent ensemble avec l'âge.
Nous n'avons pas trouvé de statistiques sur la répartition géographique des blondes et des blonds en politique. Une observation rapide et sans doute partiale réserverait trop facilement le blond « Morano » à l'Est de la France et le blond peroxydé au Sud, avec une forte densité dans les Bouches-du-Rhône et notamment à Marseille, terre qui a inventé la « cagole ». Mais on trouve des blondes en politique aussi à Aix-en-Provence, et notamment au sommet des édiles municipaux. Le plus souvent, la « cagole » est teinte en blonde et gageons qu'il y a peu de cagoles qui soient naturellement blondes. Il est ainsi admis que la femme politique de droite dans le Sud puisse être blonde indéfiniment sans que cela pose aucun problème. Quant au signal politique subliminal que cela peut envoyer, on laissera là-dessus la lectrice et le lecteur se déterminer. Quant aux hommes qui ne sont pas footballeurs, il faudrait qu'ils y pensent au lieu d'arborer des cheveux noirs de jais quand bien même frôlent-ils les quatre-vingts ans.







page 282
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4e de couverture


Le mauvais goût peut être source de moqueries, de railleries ou de discrimination sociale. Les artistes n'ont cessé de jouer avec le mauvais goût, y trouvant une source inépuisable de matériels pour leur création. Mais il est un champ qui avait rarement été exploré : le mauvais goût en politique.
Mathieu Diégèse, et l'on connaît la finesse du sémioticien, est parti à la rencontre des manifestations du mauvais goût dans la politique française et internationale. Il démontre sans difficulté que le statut du mauvais goût - sans que la notion ait vraiment besoin d'être définie autrement que par l'auto assertion - varie selon les pays et le jeu politique. Ainsi, il est de bon goût à l'extrême droite de revendiquer le mauvais goût comme un goût possible assimilant celui-ci à un goût populaire. La gauche et l'extrême gauche n'en font pas le même usage afin de ne pas caricaturer le peuple, ce qui serait le mépriser, sauf quand le bon goût est assimilé au goût des classes dominantes. S'ajoutent bien sûr les différences culturelles qui veulent que ce qui est de mauvais goût ici sera de bon goût là-bas. Tout près de nous les Belges jouent avec ces distinctions avec délice.
Ce livre est succulent, proche de Bourdieu sans pour autant en être l'épigone. L'analyse politique, notamment, des fautes de goût du Président de la République française actuel est fine et amusante, même si leur impact politique est à l'évidence terrifiant.
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