Diégèse mercredi 16 octobre 2019



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Jugement dernier 289



Noëmie Diégèse







Ainsi, la notion de « jugement dernier » fonctionne comme un écran téléologique posé sur notre capacité à juger et à être jugé. Cette notion fonctionne d'ailleurs en binôme avec ce qui relève de l'adage : « les voies de Dieu sont impénétrable. » Considéré à travers les siècles, ce binôme est ravageur car, tour à tour, il autorise tout, interdit tout en bloquant potentiellement les capacités de discernement du croyant.

Le christianisme a dû « faire avec » cette promesse de jugement dernier alors que dans le sein d'une nouvelle alliance La joute verbale est insolite et nos Sadducéens semblent avec Dieu apparaissait un Dieu « qui viendra juger les vivants et les morts » annoncé par un prophète intimant à l'humanité de ne point juger pour ne pas être jugée. La figure du jugement dernier est très présente dans les Évangiles, notamment dans l'Évangile selon Saint Matthieu. C'est pourtant chez Saint Luc (20, 27-38) que le Christ tranche la question de la manière la plus limpide, selon nous, dans une controverse avec des Sadducéens, qui, quant à eux, ne croyaient pas à la résurrection des morts.surtout vouloir déstabiliser leur adversaire avec une histoire invraisemblable.

Voici la question posée : « Quelques-uns des Sadducéens, qui disent qu'il n'y a pas de résurrection, s'approchèrent et posèrent à Jésus cette question: « Maître, voici ce que Moïse nous a prescrit : si un homme marié meurt sans avoir d'enfants, son frère épousera la veuve et donnera une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères. Le premier s'est marié et est mort sans enfants. Le deuxième [a épousé la veuve et est mort sans enfants], puis le troisième l'a épousée ; il en est allé de même pour les sept : ils sont morts sans laisser d'enfants. Enfin, la femme est morte aussi. À la résurrection, duquel d'entre eux sera-t-elle donc la femme ? En effet, les sept l'ont eue pour épouse. » Il est certain que le nombre de frères - sept - ayant épousé la veuve agit comme un leurre théologique tant la symbolique du nombre sept est forte dans les religions abrahamiques. Ne seraient-ils que deux, ces frères, que la question ne diffèrerait pas. Tous ces mariages sont licites et ne devient scandaleux que lors du crash patio-temporel que représente la résurrection. Bien sûr, Super Christ ne se laisse pas démonter et répond de manière synthétique : « Les hommes et les femmes de ce monde se marient, mais celles et ceux qui seront jugés dignes de prendre part au monde à venir et à la résurrection ne se marieront pas. Ils ne pourront pas non plus mourir, car ils seront semblables aux anges, et ils seront enfants de Dieu en tant qu'enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, c'est ce que Moïse a indiqué, dans l'épisode du buisson, quand il appelle le Seigneur le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Or Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants pour lui. »

Ce passage de l'Évangile est fort éclairant, car, il établit que le jugement dernier ne s'effectuera pas selon les règles du jugement de ce bas-monde, mais un véritable jugement de vie par la vie. Ce qui fait aussi qu'au passage Jésus balaie les visions lubriques et incestueuses qui auraient pu naître de la question des Saducéens. Littéralement, les vivants et les morts seront fondus dans la vie de l'amour de Dieu dans une « désindividualisation » radicale.
Qu'en conclure ? Que tout acte aussi terrible puisse-t-il paraître ne sera pas jugé par Dieu à l'aune des critères humains du jugement ? C'est évidemment le pas que beaucoup ont fait à travers les siècles et continuent de faire.

C'est pourquoi, nous nous plairons à rapprocher cette scènes théologiques, qui se passe certainement dans la cour d'une synagogue où Jésus enseigne, d'une autre scène beaucoup plus vernaculaire, qui se passe quant à elle au nord d'un puits à la sortie d'un village et qui met en scène une Samaritaine avec qui, en tant que Juif, il n'est pas supposé parlé et à qui il demande de l'eau, à elle, qu'il devrait considérer d'emblée comme impure. Nous sommes chez Jean 4, 1-42 : « Va appeler ton mari, lui dit Jésus, et reviens ici." La femme répondit: "Je n'ai pas de mari." Jésus lui dit: Tu as bien fait de dire: "Je n'ai pas de mari", car tu as eu cinq maris et l'homme que tu as maintenant n'est pas ton mari. En cela tu as dit la vérité.» Rien ne dit que les cinq maris soient morts et la femme est donc adultère et Jésus ne la juge point et lui fait de surcroît le promesse de la vie éternelle, ce qui est quand même le comble du comble. Faudra-t-il alors attendre le jugement dernier pour que dans un dernier sursaut, la divinité l'envoie brûler aux enfers ? Rien n'est moins certain, puisque c'est grâce à elle que les Samaritains de Sychar se convertirent.







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4e de couverture


Qu'est-ce qui peut rendre fanatiques une femme ou un homme jusqu'à perdre la vie volontairement, jusqu'à faire perdre la vie à autrui tout aussi volontairement ? L'anthropologue et philosophe Noëmie Diégèse tourne délibérément le dos à toute analyse sociologique, politique et même religieuse pour tenter d'apporter des réponses inscrites au plus profond de l'histoire de l'humanité, et sans doute faudrait-il plutôt écrire : le plus profond des histoires des humains. Parmi toutes ces histoires, elle s'attache à cette notion assez curieuse, et même insensée si l'on y prête un peu d'attention : le jugement dernier. Certes, le jugement dernier n'est pas universel et concerne principalement les religions abrahamiques  : le judaïsme, le christianisme et l'islam, qui sont, on le sait, des religions de la douleur. Pour autant, dans d'autres cultures et civilisations aussi, une sorte de jugement dernier affleure parfois, punissant comme ceci ou comme cela celles et ceux, et surtout ceux, qui n'auront pas bien agi au cours de leur vie.
L'analyse de Noëmie Diégèse est affûtée. Sa thèse est assez simple : le jugement dernier n'est pas ce qui empêche mais ce qui autorise. Elle le démontre avec vivacité et sagacité. Et l'on comprend mieux ensuite le caractère quasi pornographique des peintures religieuses supposées détourner du mal.
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