Diégèse mercredi 30 octobre 2019



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Le premier à tout dire 303



Gustav Diégèse







Il y a quelques années encore, il fallait lire Charles Péguy, et plus particulièrement Notre Jeunesse, ce pamphlet contre le Combisme et la fin d'un certain socialisme mystique pour croiser le nom de Bernard Lazare, que Péguy écrivait quant à lui Bernard-Lazare, peut-être pour rappeler que l'écrivain et journaliste qui avait le premier mis au jour l'Affaire Dreyfus était né Lazare Marcus Manassé Bernard le 14 juin 1865 à Nîmes et mort à 38 ans à Paris le 1er septembre 1903.
Dans Notre Jeunesse, donc, Péguy sanctifie Barnard(-)Lazare :

« Le plus grand de tous, Bernard-Lazare, quoi qu'on en ait dit, quoi qu'on en ait, plus lâchement, laissé dire, a vécu pour lui (Dreyfus), est mort pour lui, est mort pensant à lui. »

Et Péguy de continuer :

« Je ferai le portrait de Bernard-Lazare. Il avait indéniablement, des parties de saint, de sainteté. Et quand je parle de saint, je ne suis pas suspect de parler par métaphore. Il avait une douceur, une bonté, une tendresse mystique, une égalité d'humeur, une expérience de l'amertume et de l'ingratitude, une digestion parfaite de l'amertume et de l'ingratitude une sorte de bonté à qui on n'en remontrait point, une sorte de bonté parfaitement renseignée et parfaitement apprise d'une profondeur incroyable. Comme une bonté à revendre. »

Dans ces mêmes pages, Péguy se lance dans une mise en parallèle de la culture du prophétisme dans le monde juif et de celle de la sainteté dans le monde chrétien, rappelant que dans l'un et l'autre monde, ce qui prévaut surtout, c'est que l'on ne croit ni aux prophètes ni aux saints.

On sait désormais, grâce notamment à l'historien Philippe Oriol, que dès la fin 1896, Bernard Lazare avait écrit un mémoire demandant la révision du procès de Dreyfus de 1894, mémoire qu'il terminait par une série de « J'accuse ! » qui deviendront ensuite célèbres dans la lettre ouverte de Zola au Président de la République, publiée dans le journal L'Aurore du 1" janvier 1898.

Bernard Lazare n'est pas mort en prison. Il n'est pas mort assassiné, mais d'un méchant cancer des voies digestives. Pourtant, le martyre est inséparable de la sainteté. Il est même l'un des marqueurs de la sainteté. Le martyre de Bernard Lazare, cela aura été l'oubli et les pages de Péguy n'auront pas suffi à le remettre en lumière au début du vingtième siècle. Péguy lui-même d'ailleurs tombera dans l'oubli de la littérature, de la poésie et du combat politique et nombreux sont encore en France à ne pas savoir ou à faire semblant d'ignorer qu'il est parmi les les premiers dreyfusards.

Paris, depuis 2005, possède sa place Bernard-Lazare, justifiant enfin le tiret que Péguy avait apposé au nom de son ami.





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4e de couverture


Il y a eu des lanceurs d'alerte avant les « lanceurs d'alerte ». Si le terme a été popularisé par les aventures et mésaventures d'Edward Snowden, il existe dans la langue française depuis la fin des années 1990. Cependant, il n'aura pas fallu attendre si longtemps pour que naissent des personnalités courageuses dénonçant des crimes ou des situations que les pouvoirs institués auraient voulu cacher. Le premier est sans doute cet enfant qui, dans le conte d'Andersen « les habits de l'Empereur » est seul à déclarer que « le Roi est nu ! ».
Plus près de nous, Bernard Lazare, qui, le premier, proclame l'innocence de Dreyfus, est à l'évidence un lanceur d'alerte.
Gustav Diégèse nous offre une belle série de justiciers et de justicières, de celles et ceux qui font que l'on ne désespère ni de l'humanité, ni de l'histoire.
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