Diégèse jeudi 5 septembre 2019



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La plus ingénieuse torture 248



Daniel Diégèse







Le plan est désormais bien arrêté. La piste du tableau empoisonné a finalement été abandonnée. Ils avaient bien pensé au polonium, qui a l'efficacité recherchée et qui est utilisé par les services secrets de plusieurs pays, mais les sources d'approvisionnement sont complexes, aléatoires et peu fiables, et surtout très dangereuses. Donc, pas d'empoisonnement. Quitte à trouver des complices, il ne faut pas que ceux-ci soient extérieurs au monde de l'art.
En cela, Bertine faisait certainement une erreur. Le monde du poison des services secrets, pour terrifiant qu'il soit, est un monde professionnel du coup de main habitué à une confidentialité beaucoup plus strite que la confidentialité en cours dans le monde de l'art. Il aurait sans doute été possible de réactiver quelque vieux fonctionnaire bulgare, voire d'Allemagne de l'est, pour retrouver des filières prêtes à aider, ce pour des sommes raisonnables au regard du prix de certaines des œuvres de la galerie de Bertine. Mais, Bertine a toujours été anti-communiste et les services secrets des pays de l'est sont associés pour elle au communisme. Tout le monde sait aujourd'hui qu'ils sont davantage associés aux extrêmes-droites, sinon au néo nazis, sauf pour elle. Elle s'est forgée une représentation du monde dans les années 1980 et n'en a pas changé. C'est à peine si elle sait que le Mur de Berlin est tombé.

Ce ne sera pas dans la galerie, tout compte fait, mais à la campagne, dans cette grande grange qu'elle utilise chaque été pour proposer à un des artistes qu'elle promeut de réaliser une exposition monographique. C'est aussi l'occasion, sinon le prétexte, de faire venir le petit monde des collectionneurs et quelques journalistes. Il y a de bons vins à proximité. On invite le maire et même les principaux adjoints ainsi que la députée du coin. Le DRAC et le sous-préfet, parfois, sont là aussi, ainsi que le directeur du FRAC. Il y a quelques photographies le lendemain dans la presse spécialisée. Les réseaux sociaux bruissent. Peu à peu, ce petit événement de rien du tout concocté par Bertine est devenu l'une des ponctuations de la rentrée artistique parisienne. C'est décidé. Ce sera pendant le vernissage de l'exposition. Il y aura beaucoup de monde et le caractère public de l'événement servira d'alibi. Ce ne sera donc pas cette année une exposition des nouvelles œuvres de l'un des artistes de la galerie, mais une exposition entièrement consacrée aux armes dans l'art contemporain.

Bertine demande à ses assistants d'effectuer une recherche documentaire. Ce n'est pas très long. Les assistants des galeries sont des experts de l'ordinateur connecté, que l'on peut apercevoir fort occupés à pianoter quand on visite les galeries, au point où l'on se demande parfois s'ils sont vivants ou entièrement robotisés. Et, en effet, ils reviennent bientôt avec une étude fort bien faite et disponible en ligne sur le site smallarmsurvey.org1, réalisée par Tania Inolowcki avec un texte de Katie Kennedy. On y trouve, par exemple, une reproduction d'une œuvre du photographe allemand Peter Tillesen qui a proposé à des collectionneurs de les photographier avec leurs armes. Il s'agit de collectionneurs d'armes et non de collectionneurs d'art. La série date de 2003 et se nomme Friendly Fire. Ce ne devrait pas être trop compliqué de se procurer des tirages. Surtout qu'ils ont fait cet hiver les travaux nécessaires dans la grange pour pouvoir exposer de la photographie. La climatisation est parfaite et l'hygrométrie est mesurée et contrôlée en permanence. C'est désormais un véritable petit musée. Ils se sont dépêchés. Avec les menaces qui pèsent sur la défiscalisation, mieux valait ne pas traîner. En 2003, Malachi Farrell, avec Nothing Domestic met en scène un absurde ballet d'armes dansantes figurant l'incessant ballet des ventes d'armes dans le monde. Bertine jette un bref coup d'œil sur l'étude, juste assez pour comprendre que ce ne sera pas très difficile. Pour le reste, on le sait, un accident est vite arrivé.




1. SHOOTING - Une introduction aux armes dans l'art contemporain


page 248
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4e de couverture


Et si les œuvres d'art pouvaient tuer ?

Bertine est galeriste. C'est aussi son passe-temps. Son mari est richissime. Il ne comprend rien à l'art. Cela ne l'intéresse pas, mais il laisse sa femme jouer avec sa galerie, se disant qu'au pire, il se rattrapera sur la plus-value de l'immobilier. Mais voilà, Bertine n'en peut plus de son mari... Elle croit en la force de l'art. Elle pense même que certaines œuvres peuvent aider à se débarrasser des maris importuns.
Daniel Diégèse, amateur d'art et critique à ses heures, nous conduit goguenard dans le monde de l'art contemporain, dévoilant avec verve ses heurs et ses malheurs.
Bertine parviendra-t-elle à tuer son mari ?
Et si, oui, quel sera l'artiste qui sera le complice de ce crime ?
Un roman réjouissant qui vous permettra aussi, qui sait, de découvrir des artistes que vous ignoriez, ou dont vous ignoriez le véritable pouvoir.

À lire absolument avant la prochaine foire.
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