Diégèse vendredi 6 septembre 2019



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Les géométries parfaites 249



Noëmie Diégèse







Bertrand trace un trait sur une feuille de papier, un trait d'environ un centimètre, horizontal. Son dessin pourrait signifier « moins que » se dit-il. Ou bien alors, c'est un tiret, qui annonce autre chose, une parole peut-être, dans la transcription d'un dialogue, comme dans une pièce de théâtre.

Sous le trait qu'il vient de tracer, il en trace un autre, de même longueur, et tente de le rendre parallèle autant que sa main le lui permet. Les deux traits sont séparés d'un demi-centimètre. Le résultat n'est pas mauvais et les deux traits semblent parallèles, même si Bertrand sait bien - et il le sait depuis l'école élémentaire - qu'il s'agit d'une illusion et que ses deux traits, pour bien dessinés qu'ils soient, ne sont ni horizontaux ni parallèles. Ce dessin anodin, qui pourrait signifier en algèbre « égale à », pour peu qu'il place un élément à gauche et un élément à droite, le fait réfléchir de nouveau au concret et à l'abstrait. Lui qui se croyait un homme uniquement tourné vers les choses concrètes, il doit bien admettre qu'il faudrait, face à son propre dessin, entraver son esprit avec une force incroyable pour qu'il parvienne à ne voir que deux traits d'à-peu-près un centimètre, apparemment parallèles et séparés d'environ un demi-centimètre. Ce qui est inscrit sur la feuille de papier, à peine inscrit, malgré les efforts de concentration de Bertrand, est instantanément comme recouvert par l'interprétation. « Égale à », lui impose son cerveau et il ne parvient pas à le faire taire.

Bertrand éloigne son regard de la feuille de papier. Puisqu'il ne peut se départir du symbole, il tente de se concentrer sur les parallèles. Le parallélisme, convient-il, est sans doute la figure géométrique qu'il préfère et il n'est sans doute pas le seul dans ce cas. Il se dit qu'il passe son temps à faire des parallélisme, qui sont en fait des analogies, et qu'il aime beaucoup évoquer « le parallélisme des formes ». À peine a-t-il prononcé mentalement l'expression « parallélisme des formes » que le signe « égale à » s'impose de nouveau à son esprit. Il tente de repartir vers les parallèles, mais n'y parvient pas. Il saisit alors son crayon et barre d'un trait oblique un peu rageur les deux traits parallèles qu'il a précédemment tracés. Voilà ! Cela ne signifie plus « égale à », mais « différent de » ! Un simple trait lui a permis de vaincre ce signe importun qui s'imposait à lui. Il regarde son dessin et, soudain, il ne sait plus si la barre oblique du signe « différent de » est, en partant du haut, de droite à gauche ou de gauche à droite. Il doit vérifier. Il s'est trompé, il l'a dessiné à l'envers.

Bertrand regarde son dessin avec un intérêt nouveau. S'il s'agit du signe « différent de » perçu comme dans un miroir, signifie-t-il encore « différent de » ? À l'évidence, oui. Cette inversion ne parvient pas à détruire la signification du symbole. Deux signes inversés peuvent ainsi continuer de signifier la même chose. Le monde logique de Bertrand, fondé sur un principe pratique de non-contradiction est décidément bien fissuré.

Il regarde de nouveau la forme qu'il a dessinée. Son esprit s'éclaire. Cette forme ne signifie donc rien, puisqu'il n'y a pas de miroir. Pour qu'elle reprenne sens, il faudrait qu'il la présente avec un miroir. Il va chercher le miroir de la salle de bain. C'est bien cela. Il le pose sur la feuille de papier. Il lui vient à l'esprit que c'est peut-être ce genre de problème que certains artistes essaient de résoudre, lui qui a toujours considéré l'art dit « contemporain » comme une foutaise.







page 249
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4e de couverture


Et si nos vies n'étaient pas ce fouillis inextricable que nous croyons d'ordinaire qu'elles sont ?
Bertrand est cadre d'une entreprise de taille moyenne. Il n'a pas vraiment le temps de se poser des questions sur le sens de la vie. Du moins le croit-il. Il prétend ne pas être un intellectuel, et même détester tout ce qui relève des intellectuels. « Je n'aime que ce qui est concret » aime-t-il répéter. Pourtant, un jour, après un accident de la vie et le début d'une dépression, Bertrand va voir une astrologue. Elle lui dessine son thème astral. Bertrand comprend que sa vie est aussi une géométrie. Dès lors, il va chercher pour le passé, mais aussi pour l'avenir, quelles sont les géométries de sa vie et partir en quête des géométries parfaites. Si elles existent...
Ce roman de Noëmie Diégèse n'est pas un roman ésotérique. C'est un roman de vie, c'est un roman d'amour, c'est un roman d'amour de la vie.
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