Diégèse dimanche 8 septembre 2019



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Des choses raisonnables 251



Gustav Diégèse







Nous sommes donc enrôlés par le raisonnable et nous apprenons très tôt, de nos parents et de toutes les institutions auxquelles ils nous livrent, que la manifestation la plus probante de notre humanité, la seule qui vaille, est celle de la raison. « Sois raisonnable », nous dit le monde et nous écoutons malgré tout le monde. Nous l'écoutons tout en devant constater que nous n'obéissons à cette injonction première que par intermittence ; nous sommes déraisonnables plusieurs fois par jour, quand ce n'est pas en permanence. Mais, le cadre moral, et nous savons qu'il est aussi un cadre ontologique, est si fort, que même quand nous n'obéissons pas et que nous déraisonnons, nos actes demeurent mesurés à l'aune de la raison autoritaire. Déviant de la norme, ils seront qualifiés de transgressifs, sinon de délictueux, et n'auront droit à aucune autre qualification. La liberté elle-même n'échappe pas à la raison. Et voilà Pascal qui nous explique que même ce qui serait le plus mystérieux, à savoir la foi, ce que la messe rappelle par l'incantation « il est grand le mystère de la foi » peut et doit se concevoir comme un mouvement raisonnable de la pensée. Et c'est alors le pari pascalien.

Fort heureusement pour nous, pauvres occidentaux, Nietzsche apparaît, qui met à mal la notion de raison, notamment dans Le Crépuscule des Idoles, ouvrage dans lequel il affirme que toute la métaphysique depuis Platon et Aristote, fondée sur l'essence, fait de l'être un concept-momie (bregriffsmumie), ce à quoi Nietzsche va substituer dans l'ordre de la vérité le devenir-changeant. Pour Nietzsche, comme pour Héraclite avant lui, la vérité n'est pas dans l'être, mais dans le devenir. Remercions ici Ingeborg Schüssler, philosophe et professeure allemande, d'avoir bien mis cela en évidence et rappelé la filiation héraclitéenne de Nietzsche, ce, en 1983 dans la Revue de théologie et de philosophie (Troisième série - Volume 115 - N°3 - 1983 - pp 261-273). Elle cite ainsi Nietzsche qui, dans Le Crépuscule des Idoles ou Comment on philosophe avec un marteau, affirme : « Je mets à part avec un profond respect le nom d'Héraclite. Tandis que le reste de la gent philosophique rejetait le témoignage des sens, parce que ceux-ci montraient la diversité et le changement, lui en rejetait le témoignage, parce qu'ils montraient les choses comme si elles possédaient unité et durée. » C'est exactement à ce point qu'il faut faire un effort de pensée pour entrevoir que le concept (ou la notion) de raison ne peut s'envisager qu'au sein d'une ontologie. « La vérité, dans la tradition philosophique, c'est l'être permanent pensé dans la raison. » rappelle Ingeborg Schüssler au début de son article et c'est précisément ce que Nietzsche va s'employer à contredire. Certes, peut-on admettre, cet effort de pensée peut conduire à la folie et Nietzsche n'y aura pas échappé. On pourra rétorquer qu'il lui aura manqué ce qui dans l'ordre de la vie et non plus dans celui, illusoire, de la vérité, peut se substituer à la raison, ce qu'il nous semble avoir été ici passablement démontré. « Je suis la vérité », proclamait à Bagdad le mystique musulman Mansur al-Hallaj au tournant du dixième siècle, ce qui lui valut d'ailleurs la crucifixion.







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4e de couverture


Dans Fondements de la métaphysique des mœurs, Emmanuel Kant affirme que « la liberté doit être supposée comme propriété de la volonté de tous les êtres raisonnables »...
« Eh bien ! c'est mal parti ! », ajoute Gustav Diégèse, qui va chercher la raison dans les actions humaines et prétendre ne pas pouvoir la trouver. Il a interrogé par exemple les meilleurs joueurs d'échecs, démontrant ainsi que la logique n'est pas la raison et qu'il entre d'ailleurs, ce que l'on sait, bien autre chose que de la logique, et a fortiori de la raison, dans le choix d'une stratégie de jeu.

« la raison est un cache-misère » pourrait être le titre de ce livre provocateur, qui navigue à vue, mais avec bonheur, dans le corpus philosophique des siècles des siècles.
Mais alors, qu'est-ce qui peut remplacer la raison dans la quête humaine ?
Gustav Diégèse apporte une réponse contre-intuitive, assez subtile, que vous découvrirez en lisant ce livre en tout point passionnant.
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