Diégèse mercredi 25 septembre 2019



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En jachère 268



Daniel Diégèse







Nous allons travailler aujourd'hui sur la route qui mène d'Orléans à Rennes, l'ancienne route nationale 157, déclassée en 2006 et qui connaît depuis lors différentes appellations marquées par des chiffres divers se terminant cependant tous par 57. La bureaucratie des ingénieurs des mines s'évertue depuis des décennies à contredire ce qui pourrait être simple et évident : il s'agit de la route d'Orléans à Rennes.

Je pars de bon matin avec quelques habitants de Morée et de Fréteval, qui sont d'ailleurs surtout des habitantes et pour une bonne part des retraitées. Le GPS indique qu'il serait préférable et surtout plus rapide à pied de ne pas suivre la route départementale, mais un cheminement de l'autre côté de la rivière. Je remarque le nom des lieux-dits qu'il nous ferait traverser : après Bois-neuf, Les Cercueils. Sans doute le souvenir d'une entreprise spécialisée. Il y a longtemps que j'ai ce projet de recueil des toponymies les plus étranges des terroirs français. Celui-ci, à l'évidence, y figurerait. Mais, ce n'est pas l'idée du travail d'écriture que je souhaite mener. Nous allons bien suivre l'ancienne route nationale. J'ai effectué un repérage la veille.

Nous partons depuis une des places de Morée, à côté de la boulangerie, qui nous offre des croissants, et nous sortons assez vite du bourg. Un panneau indique que Le Mans est à 83 kilomètres. Quelqu'un s'amuse à l'idée que nous pourrions marcher jusqu'au Mans. Nous longeons Le Loir sur la droite et nous apercevons un peu plus loin l'étang de Saint-Lubin qui miroite au soleil printanier. Des cabanes de pêcheurs ponctuent la marche. Certaines d'entre elles, d'extensions en extensions sont devenues avec le temps de petites maisons pimpantes.

Nous abordons le clou de cette première étape : le Chalet de Fréteval qu'un passionné est en train de rénover depuis une douzaine d'années avec l'aide de ses amis. C'est une immense bâtisse construite sur un mode néo-normand à la fin du 19e siècle comme lieu de villégiature transformé jadis en auberge. Elle aura aussi été Kommandantur pendant la seconde guerre mondiale, redevenue auberge après la guerre puis transformée en une boîte de nuit qui n'aura jamais été ouverte. Sur la droite, un muret comporte encore de vieilles inscriptions qui vantent la pêche et le canotage.

Puis, c'est Fréteval et le pont sur Le Loir. L'épreuve finale approche, celle des grands ronds-points de la route nationale 10. C'est en fait là que je veux conduire le groupe, en ces espaces si proches de Morée où l'on ne va jamais à pied, où tout est fait pour dissuader d'y aller à pied, qui sont ces non-lieux qui parsèment la France entière, détruisant les cheminements ancestraux. Après avoir traversé la route rapide à quatre voies qui va depuis Paris jusqu'à l'Espagne en passant par Angoulême, Poitiers et Bordeaux après avoir desservi Rambouillet, Châtellerault et Vendôme, nous apercevons sur la gauche quelques maisons qui subsistent, vestiges d'un important carrefour routier avec son ancien hôtel d'étape et son restaurant de routiers : celui de la route de Bordeaux croisant la route de Rennes. C'est le hameau de Fontaine. On aperçoit encore l'ancien tracé désormais en impasse, venant buter contre l'infranchissable barrage autoroutier. C'est bien là que nous allons nous arrêter avant de repartir. J'ai prévenu le relais que nous nous restaurerions puis resterions pour l'atelier d'écriture. Nous sommes accueillis chaleureusement, avec une forme d'excitation curieuse. Certains connaissent des clients. Beaucoup se demandent ce que l'on va bien pouvoir écrire puisqu'il est entendu qu'entre Morée et Pezou, il n'y a vraiment pas grand-chose.

Et pourtant...






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4e de couverture


Hermann est écrivain. Enfin, il le prétend sans pour autant y croire entièrement. Hermann écrit. Comment dès lors devenir écrivain ? Son thérapeute lui conseille de « faire l'écrivain », reprenant sans le nommer le vieil adage selon lequel « l'habit fait le moine ». Or, parmi les habits du moine, c'est à dire de l'écrivain, il y a la résidence d'écriture, encore appelée résidence d'auteur. Hermann répond donc à un appel à candidature pour une résidence soutenue par la Région Centre-Val de Loire qui promeut ainsi son dispositif : « la résidence est à la fois un temps de création et un temps de rencontre, d'action et d'animation en direction des publics sur un territoire donné ». Bref, s'il est pris, Hermann devra « faire l'écrivain » quasiment à plein temps auprès de la « population ». À mieux considérer la chose, c'est un projet particulièrement cocasse.
Daniel Diégèse nous livre le récit hilarant de la résidence d'Hermann dans un village d'Eure-et-Loir, où sa prétention devient peu à peu de la tendresse. Personne ou presque ne va contester le caractère magique de la figure de l'écrivain. Dès lors, que devient son projet ? Hermann saura-t-il jouer son rôle jusqu'au bout, lui qui se sent en jachère et qui n'écrit pas ou presque, et de plus en plus difficilement ?
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