Diégèse jeudi 26 septembre 2019



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Psychosomatolinguistique 269



Noëmie Diégèse







Il y a une formule magique que tout le monde connaît, si bien qu'elle n'est même plus écrite dans aucun grimoire, c'est : abracadabra. On objectera qu'il s'agit d'une parodie d'une formule magique et que la fameuse formule ne possède en réalité aucun pouvoir magique.

Ce n'est pas vrai et c'est même la formule la plus puissante de toutes les formules magiques de toutes les magies depuis des siècles. Car, pour être désormais popularisée par des films comiques ou pour enfants et même des chansons, sinon des hommes politiques et surtout un poète, Rimbaud, inventant un adjectif en « esque », la formule prend racine dans l'histoire la plus ancienne, si bien que ses origines sont désormais incertaines. On apprend pour autant dans une célèbre encyclopédie participative en ligne que la formule est présente dans un poème latin du IIe siècle, De Medicina praecepta, qui précise que portée en amulette, elle guérit de certaines fièvres. Plus récemment et coupée en deux, elle a rejoint deux Pokemons, qui ne sont autres, bien sûr, que Abra et Kadabra.

La formule agit-elle encore ? Bien sûr. Les parents l'utilisent couramment pour faire disparaître instantanément ou presque ces petits mots que l'on appelle les « bobos », sinon par redondance, les « petits bobos ». Elle peut être accompagnée d'un souffle sur la partie endolorie du corps de l'enfant. Les mêmes parents l'utilisent aussi pour faire disparaître provisoirement les objets qui doivent être retirés de la vue des enfants, trouvant somme toute cela plus facile et pratique que de devoir, comme « Ma Sorcière bien aimée » remuer le nez.

Pour retrouver le pouvoir de la formule, que, depuis l'enfance, vous avez peut-être perdu par inadvertance, asseyez-vous à une table, posez votre tête dans vos mains et, à voix basse, prononcez à la suite autant de fois que possible « abracadabra». Vous sentirez un grand calme vous envahir et il est même possible que le sommeil vous gagne. C'est parfait. Vous avez réactivé la formule et elle pourra vous aider dans les circonstances les plus ordinaires de votre vie. Utilisez-la pour faire apparaître le bus, disparaître un importun, retrouver des clés ou quelqu'autre objet perdu. C'est que phonétiquement, elle reprend les sons du nouveau né, ceux-là mêmes qui, prononcés avec un peu d'insistance, font à coup sûr ou presque apparaître sa mère.







page 269
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4e de couverture


Nous sommes des êtres de chair. Nous avons un corps, et, comme le dit l'écrivain et essayiste Gustav Diégèse dans une conversation avec l'auteure en 2012 : « s'il y a un corps, il y a de la peur. » Et nous sommes aussi des êtres de parole. De pensée, certes, mais ce qui fait le lien entre la pensée et le corps, et l'on pardonnera ce truisme, c'est la parole. Noëmie Diégèse, ethnologue tenace, explore dans ce livre les liens millénaires tissés dans de nombreuses civilisations entre la parole et le corps et qui constituent pour elle, qu'il s'agisse de prières, de mantras, de formules magiques, de chants rituels ou autres cris tribaux des formes différentes mais convergentes de psychosomatolinguistique. Puisque l'on admet qu'il y a des paroles qui blessent, et si l'on admet en allant plus loin, qu'il ne s'agit pas d'une métaphore, alors on peut admettre aussi que des paroles font du bien, voire puissent guérir. Ceci n'est pas plus absurde que cela.
Attention, le livre de Noëmie Diégèse n'est pas un guide de plus de pseudo sagesse « New Age », qui offre quelques techniques de méditation ou des secrets pour guérir les brûlures. Il s'agit bien d'un voyage en humanité, dans ce qu'elle a de plus précieux et de plus secret : son humanité.
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