2020 Les évangiles augmentés









L'évangile selon saint Matthieu augmenté par Mathieu Diégèse






1

1er janvier
Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham.

Abraham engendra Isaac ; Isaac engendra Jacob ; Jacob engendra Juda et ses frères ;
Juda engendra de Thamar Pharès et Zara ; Pharès engendra Esrom ; Esrom engendra Aram ;
Aram engendra Aminadab ; Aminadab engendra Naasson ; Naasson engendra Salmon ;
Salmon engendra Boaz de Rahab ; Boaz engendra Obed de Ruth ;
Obed engendra Isaï ; Isaï engendra David. Le roi David engendra Salomon de la femme d’Urie ;
Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Abia ; Abia engendra Asa ;
Asa engendra Josaphat ; Josaphat engendra Joram ; Joram engendra Ozias ;
Ozias engendra Joatham ; Joatham engendra Achaz ; Achaz engendra Ézéchias ;
Ézéchias engendra Manassé ; Manassé engendra Amon ; Amon engendra Josias ;
Josias engendra Jéchonias et ses frères, au temps de la déportation à Babylone.
Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel ; Salathiel engendra Zorobabel ;
Zorobabel engendra Abiud ; Abiud engendra Éliakim ; Éliakim engendra Azor ;
Azor engendra Sadok ; Sadok engendra Achim ; Achim engendra Éliud ;
Éliud engendra Éléazar ; Éléazar engendra Matthan ; Matthan engendra Jacob ;
Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ.

Il y a donc en tout quatorze générations depuis Abraham jusqu'à David, quatorze générations depuis David jusqu'à la déportation à Babylone, et quatorze générations depuis la déportation à Babylone jusqu'au Christ.

Et pour vous aussi, les générations s'accumulent, que soient oubliés leurs noms ou que ceux-ci soient inscrits au fronton des palais et des tombes.

Ainsi, quand les temps seront venus, tous les noms seront rappelés dans une litanie sans fin, dans une prière.
Ainsi, quand les temps seront venus, aucun nom ne sera plus oublié, depuis le premier jusqu'au dernier.
Et vous devez glorifier toute cette généalogie, car, elle vous fait fille et fils de Dieu.

Et Dieu appellera chacun par son nom, les enfants de Babylone et ceux d'Israël, ceux d'Égypte et de Rome unis dans son amour.

Et Dieu connaîtra chacune et chacun d'entre vous et chacune et chacun de vos ancêtres, comme il a connu et reconnu entre tous son fils Jésus Christ.
Car, Dieu se soucie de chacune et de chacun depuis la création de l'humanité.

Ainsi, à ces lignées qui vous ont fait homme et qui vous ont fait femme, à celles et ceux qui vous ont donné vie, rendez grâce comme vous rendez grâce à vos parents que vous chérissez et donnez place en votre cœur à celles et ceux dont vous ne connaissez pas le nom et dont un peu de sang coule dans vos veines.

En faisant cela, vous rendez grâce à la Création.


2

2 janvier
Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu'ils eussent habité ensemble.
Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle.

Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint-Esprit ;
elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Tout cela arriva afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète :

« Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils,
et on lui donnera le nom d'Emmanuel,
ce qui signifie Dieu avec nous. »

Joseph s'étant réveillé fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui.
Mais il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

Car, ne vous y trompez pas, toutes les mères sont vierges en tant que mère et le sont autant de fois qu'elles enfantent.

Joseph n'a pas connu Marie avant l'enfantement et vous avez connu vos femmes, mais, ne pensez pas pour autant que vous avez engendré. Tout engendrement est l'œuvre de l'Esprit, qui est la vie pour les siècles des siècles.

Et quand vous êtes père, ne pensez pas que cela vous donne aucun droit sur l'enfant, ni même aucun droit sur sa mère, car, en vérité, vous êtes père pour servir la mère et pour servir l'enfant.

Ainsi, je vous le dis, soyez aussi bon et clairvoyant que Joseph et laissez le Saint-Esprit vous apporter conseil, car il vous apprendra que tous les enfants de la Création se nomment « Emmanuel ».


3

3 janvier
Jésus étant né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem,
et dirent : où est le roi des Juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.
Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.
Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ.
Ils lui dirent : à Bethléem en Judée ; car, voici ce qui a été écrit par le prophète :

« Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda,
car de toi sortira un chef
qui paîtra Israël, mon peuple. »

Et vous, quand vous chercherez votre chemin ou que vous voudrez avoir confirmation que vous êtes sur le bon chemin, gardez vous d'aborder les puissants, les clercs et les grands-prêtres. Ils pourraient vous détourner de votre route pour servir leurs intérêts.
Pire, ils pourraient vous indiquer la bonne voie, mais en tirer profit à votre détriment.
Au lieu de faire cela, asseyez-vous sur la borne de la croisée des chemins et cherchez en votre cœur purifié de votre fatigue, de votre doute et de votre colère. Sans faillir, votre cœur vous indiquera le meilleur chemin.
Et si le chemin est plus long, s'il est plus ardu et s'il vous semble périlleux, laissez de côté ces vains calculs.
Faites de même si le chemin vous semble trop facile, trop court ou bien encore aller d'évidence.
Mais, une fois arrivés, demandez-vous si la destination était la bonne.
Si, sur la route, vous avez pu aider le vieillard à monter une marche, protéger un faible, accompagner un malade, alors, votre destination était la bonne comme était bon le chemin que vous avez choisi.

Car, peu importe le chemin et la destination si vous cheminez le cœur fermé, pris dans de fausses prédictions et visant un ultime veau d'or.
Car, peu importe le chemin si la destination brûle votre cœur et si vous y perdez votre âme.
Car, la vie n'est pas un chemin et elle n'a pas d'autre destination que l'amour.


4

4 janvier Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et s'enquit soigneusement auprès d'eux depuis combien de temps l'étoile brillait.
Puis il les envoya à Bethléem, en disant : « allez, et prenez des informations exactes sur le petit enfant ; quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi moi-même l'adorer. »
Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêta.
Quand ils aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très grande joie.
Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l'adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Lorsqu'ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit : « lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu'à ce que je te parle ; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. »
Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte.
Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : « j'ai appelé mon fils hors d'Égypte. »
Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages.
Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète :
« On a entendu des cris à Rama,
des pleurs et de grandes lamentations :
Rachel pleure ses enfants,
et n'a pas voulu être consolée,
parce qu'ils ne sont plus. »

Et c'est ainsi que le roi Hérode a mis à mort les enfants et pour un enfant sauvé, combien sont morts égorgés ?
Et c'est ainsi que les rois ont depuis lors ordonné la mort des enfants et pour quelques enfants sauvés, combien sont morts étouffés ?
Et c'est ainsi que les rois ordonneront encore la mort d'autres enfants que sans fin Rachel continuera de pleurer et Rachel ne sera jamais consolée.
Et c'est ainsi que les rois ordonnent encore la mort des enfants.

Mais, en vérité, je vous le dis, il vous faudra, engeance de vipères, toute la volonté de la prière pour apaiser la colère de Dieu.
Car, aucun meurtre d'aucun enfant ne sera jamais justifié face à Dieu.
Au dernier jour, les meurtriers de tous les siècles seront appelés et paraîtront face aux enfants ressuscités et devront faire face à leur irréparable indignité.
Car, Dieu n'agrée aucun crime et exècre la mort des enfants.
Car, de toute la Création sacrée, les enfants sont les plus sacrés.

Ne touchez pas un cheveu de leur tête, car, ce cheveu ne vous sera pas pardonné.
Mais, soyez comme les mages qui se prosternent et adorent. Soyez comme ceux qui, harassés par le chemin, offrent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe et que vos présents soient bénis et rendent gloire à Dieu.
Soyez comme ceux-ci et abhorrez ceux-là et soyez aussi cette voix qui avertit, qui alerte et qui protège. Soyez les messagers qui ne craignent pas d'affronter la colère des rois pour sauver un seul cheveu de la tête d'un seul enfant. Vous gagnerez alors votre salut.


5

5 janvier Quand Hérode fut mort, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte,
et dit : « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et va dans le pays d’Israël, car ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant sont morts. »
Joseph se leva, prit le petit enfant et sa mère, et alla dans le pays d’Israël.
Mais, ayant appris qu'Archélaüs régnait sur la Judée à la place d’Hérode, son père, il craignit de s'y rendre ; et, divinement averti en songe, il se retira dans le territoire de la Galilée,
et vint demeurer dans une ville appelée Nazareth, afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par les prophètes : « Il sera appelé Nazaréen. »

Tout au long des temps, des pères et des mères prendront leur enfant des leurs bras, secrètement avertis du danger et partiront pour un pays qui leur sera désigné comme leur terre promise.
Et le voyage sera long. Il sera périlleux.
Beaucoup ne parviendront pas à destination, engloutis par les flots, arrêtés par les soldats.
En vérité, je vous le dis, toutes celles et tous ceux qui veulent sauver leur enfant ont reçu ma bénédiction et seront sauvés au jour dernier.
Portez-les dans vos prières, car, ce sont les enfants de Dieu. Accueillez-les dans vos temples, car ils en seront le sacrement le plus fort.


6

6 janvier En ce temps-là parut Jean Baptiste, prêchant dans le désert de Judée.
Il disait : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. »
Jean est celui qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète, lorsqu'il dit :
« C'est ici la voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
aplanissez ses sentiers. »

Parmi tous les prêcheurs du désert de Judée, Jean était considéré par les foules comme le premier.
Sa voix était forte et belle.
Il baptisait les hommes, les femmes et parfois même les enfants.
Il baptisait par l'eau du fleuve Jourdain, toujours au même endroit.
La fatigue semblait sur lui sans effet. Il ne s'arrêtait pas, du matin jusqu'au soir.
Mais, il respectait le shabat et toutes les fêtes.
Les autorités le laissaient faire.
Certains parmi le peuple disaient qu'il était le Messie, mais, lui les rabrouait.


7

7 janvier Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de tout le pays des environs du Jourdain, se rendaient auprès de lui ; et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain.
Mais, voyant venir à son baptême beaucoup de pharisiens et de sadducéens, il leur dit : « Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? Produisez donc du fruit digne de la repentance, et ne prétendez pas dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ! Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise d’eau, pour vous amener à la repentance ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. Il a son van à la main ; il nettoiera son aire, et il amassera son blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point. »

Et leur disant cela, il annonçait la parole de Dieu. Il leur disait en vérité que le rite n'est rien si le cœur n'est pas converti. Il affirmait la toute-puissance de Dieu, qui peut faire d'un pécheur un saint, mais qui dédaignera celui qui, priant toutes les heures ne gardera tout au long du jour que de l'indifférence pour ses frères et même de la colère. Il annonçait aussi en cela la toute-puissance de l'Esprit Saint qui porte la grâce en choisissant d'abord les plus petits et les plus pauvres, les plus rejetés et les plus misérables. Mais, la foule pensait que certains pouvaient, de par leur naissance, leur lignée, leur observance être baptisés et d'autres non, car, par nature la foule aime croire aux privilèges. Mais, Jean annonçait celui qui n'attendra qu'un seul acte d'amour, de paix et de réconciliation pour donner sa bénédiction et donner son pardon. Mais, la foule ne pouvait pas encore l'entendre car, l'heure n'était pas venue.
C'est pourquoi il faut être attentif à celles et ceux qui portent les messages, même s'ils peuvent parfois paraître fous, dans un accoutrement étrange, car c'est peut-être l'Esprit qui inspire leur parole et leur verbe est vérité.
Je vous le dis, ne dédaignez jamais la parole du fou car il peut être sage. Car, beaucoup alors pensaient que Jean était fou.


8

8 janvier
Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui.
Mais Jean s'y opposait, en disant : « C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi ! »
Jésus lui répondit : « Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. Et Jean ne lui résista plus. »
Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. »

Et quand vous assistez à un baptême et que l'eau ruisselle encore sur le front du baptisé, prenez garde et retenez votre souffle, car, vous aussi vous pourrez voir l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe.
Et vous aussi, ouvrez grand les oreilles, et vous pourrez entendre alors une voix qui annonce qu'en ce baptisé, Dieu a mis toute son affection.
Tout baptisé est béni de Dieu.
Tout baptisé est de filiation divine.
Filles de Dieu, fils de Dieu, réjouissez-vous, car vous êtes bénis de Dieu, par le Père, le fils et le Saint-Esprit.
Quand le prêtre accomplit le baptême johannique, souvenez-vous de Jean qui, parmi les premiers, a cru en notre Seigneur le fils de Dieu et a annoncé sa venue pour les siècles des siècles.


9

9 janvier Alors Jésus fut emmené par l'Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.
Le tentateur, s'étant approché, lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
Jésus répondit : « Il est écrit : l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Le diable le transporta dans la ville sainte, le plaça sur le haut du temple,
et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit :
Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ;
et ils te porteront sur les mains,
de peur que ton pied ne heurte contre une pierre. »
Jésus lui dit : il est aussi écrit : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. »
Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire,
et lui dit : « Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m'adores. »
Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »
Alors le diable le laissa. Et voici, des anges vinrent auprès de Jésus, et le servaient.

Et ne pensez pas qu'il était facile pour Jésus de jeûner pendant quarante jours et pendant quarante nuits.
Car, Jésus, connaissait vraiment la faim et connaissait vraiment la soif, car, c'est le sort de l'homme que de connaître la faim et de connaître la soif.

Et qui d'entre vous n'a jamais souhaité transformer les pierres en pains et les pains en or ?
Et qui d'entre vous n'a jamais prononcé ce genre de prières ?

Et qui d'entre vous n'a jamais rêvé de la toute-puissance et de pouvoirs immenses, et qui n'a jamais rêvé qu'il volait ?

Car vous aimez Dieu et vous aimez aussi la magie et les rêves et vous devrez laisser la magie pour aimer vraiment Dieu.

Je vous le dis, ne demandez jamais de preuves à Dieu.
Je vous le dis encore : ne vérifiez jamais si vos prières sont exaucées.
Et surtout, ne pensez jamais que vous êtes élu de Dieu.
Car, en vérité, je vous le dis, le dernier né de la rue est plus aimé de Dieu que vous ne pouvez l'être.

Quant à Satan, ne pensez pas qu'il faut lutter contre lui, il suffit de le délaisser et il vous laissera.


10

10 janvier Jésus, ayant appris que Jean avait été livré, se retira dans la Galilée.
Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capernaüm, située près de la mer, dans le territoire de Zabulon et de Nephthali,
afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète :

Le peuple de Zabulon et de Nephthali,
de la contrée voisine de la mer, du pays au delà du Jourdain,
et de la Galilée des Gentils,
Ce peuple, assis dans les ténèbres,
a vu une grande lumière ;
et sur ceux qui étaient assis dans la région et l'ombre de la mort
la lumière s'est levée.

Car, vous pourriez penser qu'il faut naître ici ou là.
Car, vous pourriez croire qu'il faut grandir dans les villes capitales, dans les villes de pouvoir, dans les villes royales.
Car, vous pourriez penser qu'il faut se rapprocher des palais et arpenter leurs cours et attendre longtemps dans leurs corridors qu'on vous laisse la voie.
Mais, je vous le dis, la plus petite bourgade de Galilée a accueilli le seigneur baptisé.
Et, je vous le dis encore, une bourgade sans gloire a su accueillir le Seigneur, car, le Seigneur l'avait choisie.

Alors, pour vous établir, ne choisissez pas l'antre du pouvoir et n'allez pas vous brûler à l'inaccessible feu des richesses matérielles.
Mais, au contraire, allez où l'on ne vous attend point et vivez dans l'amour, la prière et la tranquillité.
Allez au bord de la rivière, s'il y a une rivière, et vous trouverez des amis.
Allez sur la montagne, s'il y a une montagne et vous trouverez des amis.
Car, c'est dans votre cœur qu'est votre demeure et c'est aussi dans votre cœur que réside le Seigneur et c'est enfin dans votre cœur que vous trouverez la vie.


11

11 janvier Dès ce moment Jésus commença à prêcher, et à dire : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. »
Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer ; car ils étaient pêcheurs.
Il leur dit : « Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, ils laissèrent les filets, et le suivirent.
De là étant allé plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient dans une barque avec Zébédée, leur père, et qui réparaient leurs filets.
Il les appela, et aussitôt ils laissèrent la barque et leur père, et le suivirent.
Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple.
Sa renommée se répandit dans toute la Syrie, et on lui amenait tous ceux qui souffraient de maladies et de douleurs de divers genres, des démoniaques, des lunatiques, des paralytiques ; et il les guérissait.
Une grande foule le suivit, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et d’au delà du Jourdain.

Et vous, souvenez-vous des noms des pêcheurs de Galilée qui ne demandèrent aucune explication, qui ne demandèrent aucune preuve, qui ne voulurent rien pour eux-mêmes et qui suivirent Jésus à son seul appel.
Et vous qui savez désormais que Simon, appelé Pierre, portera la parole dans tout l'empire romain ;
Et vous qui savez aussi qu'André avait assisté au baptême de Jésus et qu'il ne l'avait plus quitté depuis lors ;
Et vous qui savez que certains l'appelleront ainsi « Protoclet », ce qui signifie : le premier appelé ;
Et vous qui savez que Jacques de Zébédée, le frère de Jean, sera appelé Jacques le Majeur et qu'on lui désignera un chemin qui sera emprunté par des milliers d'hommes ;
Vous qui savez tout cela, vous ne savez rien si vous ne savez pas d'abord qu'ils étaient de pauvres pêcheurs de la Galilée.
Honneur pour les siècles des siècles à Zébédée, leur père, qui laissa partir ses fils, qui étaient aussi ses compagnons de travail, pour qu'ils suivent Jésus, qu'ils entendent et prêchent la bonne nouvelle.
Et la foule suivait Jésus.
Et il n'y avait plus sur les chemins pierre qui ne fût pas bousculée, poussière qui ne fût pas foulée.
Et les murs tremblaient du pas des convertis.
Et les villes et les villages raisonnaient du cri des femmes qui louaient le seigneur, car on leur avait rendu leur enfant guéri.


12

12 janvier Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne ; et, après qu'il se fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui.
Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit :
Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
Heureux les affligés, car ils seront consolés !
Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi.

Vous m'écoutez, mais vous ne m'entendez pas.
Car, vous pensez que ce sont de belles paroles qui ne valent que pour la vie de l'au-delà.
Car, vous pensez aussi que ce sont des paroles de consolation qui disent que les pauvres, les affamés, les persécutés et les proscrits gagnent par leur désarroi sur terre leur paradis dans les cieux.
Et vous pensez même que c'est une façon habile de les faire patienter pour qu'ils acceptent leur misère.
Hommes de peu de foi. Je vous le dis en vérité, il ne s'agit pas de l'au-delà mais bien de la vie d'ici-bas.
Regardez le riche : il ne peut pas se tenir droit. Il ploie sous ses biens, ne dort bientôt plus pour les surveiller pensant ainsi les sauvegarder.
Il ne sait pas que la seule manière de garder ses biens et de les faire fructifier, ce serait d'en faire offrande et de les partager.
Celui qui fait œuvre d'injustice ne peut pas être heureux. Il attend la punition de Dieu, pensant qu'elle viendra dans l'au-delà et il la craint.
Mais la punition est déjà là qui n'attend pas un jour pour agir. Je vous le dis : jusqu'à la mort, elle ne le laissera pas.
Et quand vous souffrirez à cause de moi, ne serez-vous cependant pas heureux d'avoir témoigné de la bonne nouvelle et d'avoir accueilli la parole du Seigneur ?
Et alors que sera votre douleur face à cette lumière ?

13

13 janvier Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux ; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous.
Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu'à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ;
et on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.
Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.
Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.

Et donc, vous qui me suivez, ne vous cachez pas pour me suivre.
Mais ne vous vantez pas de me suivre et n'espérez en tirer aucune sorte d'avantages, comme aucune sorte de fierté.
Car, je vous le dis, tout ce qui vous éloignera de l'humilité vous éloignera de moi et vous éloignera du salut.
Ainsi, vous qui me suivez, dites seulement à ceux qui vous le demanderont que vous me suivez et faites en sorte de ne pas me renier, ni en paroles, ni en actes.
Car, ce seront vos actes et vos paroles qui seront la preuve que vous me suivez vraiment. Vous ne recevrez aucun signe, aucune distinction et vous irez parmi les hommes comme tous les hommes.
Une seule chose vous distinguera jusqu'au dernier jour et ce sera que vous me suivez.
Vous serez justes avec le faible comme avec le fort et vous serez miséricordieux avec le misérable comme avec le riche et vous plaindrez le riche comme vous plaindrez le misérable.


14

14 janvier
Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé.
Celui donc qui supprimera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux.

Car, dans ces commandements, on ne pioche pas au gré de ses envies comme on choisit dans une corbeille de fruits celui que l'on préfère.
Et ces commandements ne sont pas non plus comme une corbeille de fruits que l'on garde dans l'armoire pour un invité de marque. Car, il se pourrait bien que les fruits soient séchés et moisis quand l'invité viendra.
Non, en vérité je vous le dis encore, ce sont des commandements qui doivent ensemble être enseignés.
Ce sont des commandements de vie.
De cette corbeille de fruits, sortez rassasier les enfants et les vieillards, les femmes et les hommes et toutes celles et ceux que vous rencontrerez sur le chemin.


15

15 janvier Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.
Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : « Tu ne tueras point ; celui qui tuera mérite d'être puni par les juges. »
Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère : « Raca ! » mérite d'être puni par le sanhédrin ; et que celui qui lui dira : « Insensé ! » mérite d'être puni par le feu de la géhenne.

Écoutez bien ces commandements, car ils pourront sauver votre vie et sauver celle de vos frères, de vos pères, de vos sœurs, de vos épouses et même de vos mères.
Ils sauveront aussi la vie de vos voisins, de vos connaissances et des connaissance de vos parents.
Ils pourraient à eux seuls être la source du Salut.
Car, d'où vient le mal sinon de la colère et de la discorde ? D'où viennent les meurtres et d'où viennent les guerres ? D'où viennent les pleurs et les grincements de dents ?
Tout cela vient de votre colère et votre colère doit retourner à la poussière pour que vous soyez sauvés.


16

16 janvier Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter ton offrande.
Accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu'il ne te livre au juge, que le juge ne te livre à l'officier de justice, et que tu ne sois mis en prison.
Je te le dis en vérité, tu ne sortiras pas de là que tu n'aies payé le dernier quadrant.

Ne pensez pas qu'il n'est pas plus facile de te réconcilier avec ton frère qu'avec le premier venu.
Et sachez qu'il est parfois plus difficile de se réconcilier avec son fils qu'avec le voleur qui a dérobé tous vos biens.
Ne préjugez pas de la force du pardon ni de la difficulté du pardon.
Mais, vous ne pouvez pas vous soustraire à ce commandement.
Car, je vous le dis en vérité, évitez les juges et les jugements car votre cause y sera toujours incertaine.


17

17 janvier Vous avez appris qu'il a été dit : « Tu ne commettras point d'adultère. »
Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur.

Alors, vous les hommes, cessez de regarder les femmes comme si vous étiez des animaux lubriques et en chaleur.
Car, ce sont vos sœurs et vous êtes leurs frères.
Et quand vous les regardez sans respect, vous pensez les salir quand vous vous salissez pour l'éternité.


18

18 janvier Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne.
Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n'aille pas dans la géhenne.

Cependant, prenez garde à la manière dont vous pourriez comprendre ces commandements. Car, vous savez que ce n'est pas l'œil qui voit, mais que c'est vous qui voyez grâce à lui. Car, votre main ne peut rien seule, si vous ne la conduisez pas.
Et si votre œil diverge ou si votre main tremble, c'est encore vous et non cet organe qui sans vous n'est rien.
Mais, s'agissant de vos passions funestes, mettez-les de vous-même au rebut afin qu'elles ne puissent vous y entraîner.


19

19 janvier Il a été dit : Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce.
Mais moi, je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour cause d’infidélité, l'expose à devenir adultère, et que celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère.

Et je vous dis cela, car vous êtes une engeance qui maltraitez les femmes, qui en usez et qui en abusez.
Et vous pensez que vous avez plus de prix aux yeux du Seigneur que vos épouses, vos sœurs et que vos filles.
Vous leur devez le même respect qu'à votre père et qu'à votre mère.
Car, celui qui offensera une femme, c'est moi qu'il offensera.


20

20 janvier Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : « Tu ne te parjureras point, mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment. »
Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu ;
ni par la terre, parce que c'est son marchepied ; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand roi.
Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu.
Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu'on y ajoute vient du malin.

Car jurer est païen.
Qui es-tu pour attester de ceci ou de cela ? Qui es-tu pour promettre que tu feras ceci et cela ?
Celui qui jure oublie qu'il est dans la main de Dieu.
Il oublie que sa volonté est faible, autant que sa persévérance.
Quand tu dis que tu vas faire cela, fais-le, puis dis que tu as fait cela. Et si tu n'y parviens pas, dis que tu n'y es pas parvenu.
Celui qui jure mélange l'échec et la réussite dans sa parole et donne ainsi asile au malin.


21

21 janvier Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent.
Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre.
Si quelqu'un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Si quelqu'un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.
Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.

Car, qu'est-ce que la vengeance et qu'est-ce que le ressentiment ?
Celui qui se venge est comme celui qui tient enfermé des bêtes sauvages et les laisse soudainement échapper. Il pense pouvoir les retenir, mais il n'y parviendra pas.
Et le ressentiment est comme ces maladies qui rongent les membres jusqu'à l'os et je vous le dis, le ressentiment rongera votre âme jusqu'au tombeau.


22

22 janvier Vous avez appris qu'il a été dit : « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. »
Mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.
Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains aussi n'agissent-ils pas de même ?
Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens aussi n'agissent-ils pas de même ?
Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Et je sais que pour les siècles des siècles vous méditerez ces paroles et ces commandements et vous les trouverez injustes et vous les trouverez parfois intolérables.
Et je sais que pour les siècles des siècles ceux qui tenteront d'obéir à ces commandements et qui pardonneront à ceux qui les auront blessés, qui salueront leurs ennemis et parviendront à les aimer, ceux-là, à cause de moi, subiront moqueries et outrages.
Mais, je vous le dis, persistez dans la voie de la perfection et votre Père céleste vous pardonnera comme vous aurez pardonné.
Car il faut mieux échouer dans la voie de la perfection que de réussir dans celle du péché.
Et il vaut mieux pardonner en espérant le pardon que d'être pardonné pour avoir péché.


23

23 janvier Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n'aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.
Lors donc que tu fais l'aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense.
Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite,
afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense.
Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés.
Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.

Rendez donc silencieuse votre prière.
Et si vous pensez que l'on ne vous a jamais enseigné de cette manière, sachez que personne ne peut vous enseigner à prier.
Priez chaque jour et priez chaque fois que vous le pouvez.
La meilleure prière rend grâce et ne demande rien, sinon la grâce de l'Esprit.
Quand vous croisez un homme pieux qui récite ses prières en marchant et porte tous les attributs de la foi, saluez-le dignement et passez votre chemin.
Quand vous croisez un homme enivré de vin qui clame des paroles incohérentes, saluez-le dignement et passez encore votre chemin.
Car, vous ne pouvez décider seul que celui-ci sera sauvé contre celui-là, car, le salut ne vous appartient pas, mais appartient à votre Père.
Ainsi, cheminez modestement dans la foi, priez le Seigneur et ne vous en glorifiez pas.
Demandez pardon pour vos péchés sans vous affliger, car le Seigneur n'aime pas l'affliction de ses enfants.


24

24 janvier Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié ;
que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ;
pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ;
ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen !
Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ;
mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses.

Et j'entends certains d'entre vous qui se demandent pourquoi et comment votre Père pourrait vous tenter.
Alors je vous le dis, votre Père ne vous tentera pas, car aucune tentation ne vient du Seigneur et toutes les tentations viennent du malin.
Mais je vous le dis, ne soyez pas de ceux qui craignent en permanence la tentation et qui se couvrent le visage et les yeux et tout le corps pour ne pas tenter ou ne pas être tentés.
Sortez à visage découvert et si vous demeurez fermes et francs avec vous-mêmes, la tentation n'aura sur vous pas de prise.
Sachez reconnaître le malin où il se trouve, mais ne le provoquez pas là où il ne se trouve pas, car vous lui ouvrirez alors une porte qui le conduira là où il n'était pas.


25

25 janvier Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense.
Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent.
Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
L'œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ;
mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres !
Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre ; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.

Et vous trouvez ainsi que le Seigneur vous demande beaucoup et vous pensez parfois qu'il vous demande trop car il vous a fait depuis l'argile et il vous demande d'être de l'or.
C'est que vous voyez mal les choses; car pour votre Père, l'argile est aussi précieuse que l'or comme vous êtes plus précieux que l'or, car vous êtes sa création et vous êtes à son image.
Alors, ne vous plaignez pas de ne pas être une créature asservie, car Dieu ne souhaite pas votre asservissement et ne souhaite pas vous asservir à son profit.
Car, Dieu ne tire aucun profit de sa créature.
Dieu vous a fait d'argile et il vous a fait libres.
Quand vous regardez vos enfants qui jouent dans la cour et que vous admirez leur croissance et leur force, vous craignez parfois qu'ils tombent dans le puits ou du haut du mur où ils ont grimpé. Et vous leur dites parfois de faire attention et parfois même vous les grondez. Pour autant, vous ne les tenez pas enfermés tout le jour et toute la nuit à l'abri de la lumière et de tout danger, car vous les aimez libres. C'est ainsi que vous aime aussi votre Père et ne vous plaignez pas à lui de cette liberté et ne l'appelez pas tentation, car elle est au contraire le propre de la création.


26

26 janvier C'est pourquoi je vous dis : ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus.
La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit.
Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?
Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?
Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ;
cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux.
Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ?

Car, vous avez été créés vivants dans la certitude de la vie et vous voilà désormais vivant dans l'incertitude de la vie.
Dès votre naissance, vous n'auriez pas survécu sans les soins de votre mère et dans l'enfance, vous n'auriez pas survécu sans le soin des plus grands, des plus forts et des plus sages.
Et vous, chenus, harassés par le parcours de la vie, il faut de nouveau qu'une main vous porte à boire et à manger, cette main qui vous fermera les yeux après votre dernière heure.
Car, je vous le dis, c'est dans cette main qui porte à boire, cette main qui protège du froid, cette main qui caresse pour faire cesser les pleurs, c'est dans cette main que réside le Seigneur.
Et si vous cherchez la voie juste et droite, cherchez-la ensemble dans la fraternité, car, c'est cette fraternité qui habille et nourrit.
Regardez les abeilles ou les petits oiseaux. Qui les nourrit sinon leurs semblables ? Ce que les animaux peuvent faire les uns pour les autres, ne saurez-vous pas le faire, engeance de vipères ?
Prenez soin les uns des autres est un commandement.


27

27 janvier Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : « Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? de quoi serons-nous vêtus ? »
Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine.

Mais éloignez-vous de ceux qui se serviront de ces paroles pour vous refuser le pain et l'eau, car ils sont mus par le malin et ne pensent qu'à accumuler des richesses.
Le Seigneur votre Père ne veut ni la faim, ni la soif, pour aucun de ses enfants et qui affamera et qui assoiffera finira aux enfers le jour venu.
Dans cet enseignement, trouvez d'abord que vous ne serez jamais les maîtres du temps et qu'il convient de ne jamais l'oublier dans vos vies. L'inquiétude pour le jour qui vient ignore la providence.

28

28 janvier Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés.
Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez.
Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ?
Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ?
Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère.

D'où vient votre envie de juger sinon de votre péché ? De ce que vous êtes pécheurs et que vous reconnaissez chez les autres le mal qui est en vous. Ainsi, reconnaissez vous pécheurs pour éteindre en vous pareillement cette irrépressible envie de juger autrui.
Et ne vous jugez pas non plus vous-mêmes. Reconnaissez vos fautes. Faites en sorte de ne pas les recommencer. Demandez le pardon, de vos frères comme de votre Père, et pardonnez aussi à vous-mêmes.
La contrition doit conduire à la joie dans le Seigneur et non à l'affliction perpétuelle.


29

29 janvier Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent.
Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira.
Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe.
Lequel de vous donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain ?
Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ?
Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent.
Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes.

Mais il arrivera que vous vous désespériez de ne pas être exaucés dans l'instant. Et vous implorerez pour que l'épreuve soit éloignée de vous. Vous vous interrogerez alors. Pourquoi, dans son amour, le Seigneur tout puissant vous envoie cette épreuve ?
Il vous arrivera de vous plaindre.
C'est que vous n'avez pas compris ce qu'est la grâce de votre Père et que vous n'avez pas encore compris l'ordre de sa toute puissance.
Je vous l'ai déjà dit, la toute puissance du Seigneur est dans votre liberté et c'est dans la liberté qu'il a donnée à sa création et à sa créature qu'éclatent sa joie et son amour.
Sachez ainsi que le Seigneur ne vous donnera pas votre liberté car il vous l'a déjà donnée, ainsi qu'à vos pères et aux pères de vos pères.
Sachez enfin que le pécheur transforme la liberté en prison et c'est aussi pourquoi vous devrez vous libérer du péché.


30

30 janvier Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là.
Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent.
Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs.
Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ?
Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits.
Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits.
Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu.
C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

Prenez garde, car, dans le même temple bourdonnant de prières, vous trouverez le juste et l'injuste.
Méfiez-vous de ceux qui prient avec ostentation et qui tonitruent des imprécations.
Méfiez-vous de ceux qui pointent du doigt et appellent à la vengeance.
Méfiez-vous de ceux qui interdisent d'entrer dans le temple pour de mauvaises raison, car c'est la maison du Seigneur et nul ne peut interdire la maison du Seigneur.
Et gardez-vous de céder à ceux qui vous proposeront de faire partie des élus, car, les élus de Dieu sont tous les enfants de Dieu.
Et gardez-vous encore de ceux qui séparent les femmes des hommes et chassent les enfants, car Dieu a voulu l'homme comme il a voulu la femme et leur porte le même amour et agrée tout autant leur prière.
Éloignez-vous de ceux qui professent leur foi sans modestie, car ceux-ci ne portent aucun fruit.


31

31 janvier Ceux qui me disent : « Seigneur, Seigneur ! » n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.
Plusieurs me diront en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n'avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? »
Alors je leur dirai ouvertement : « Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. »
C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc.
La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison : elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc.
Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.
La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison : elle est tombée, et sa ruine a été grande.
Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine ;
car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes.

Et vous aussi vous pouvez enseigner par l'autorité du Père et le Seigneur vous y invite.
Ne jouez pas les prophètes et ne formez pas de grandes phrases ronflantes pour captiver et impressionner votre auditoire dans un acte de puissance.
Mais parlez vraiment et écoutez vraiment.
La simplicité de votre parole doit être égale à la sincérité de votre parole.
Puisez dans votre cœur et demandez au Seigneur de vous donner la force et le courage de parler en vérité.
Et si l'on vous interroge sur le Seigneur votre Père, souriez avec bonté et ne répondez pas.
Et si l'on vous interroge sur votre foi en votre Père, souriez encore avec bonté et ne répondez pas, car toute parole concernant votre foi serait inutile.
Si vous croyez pouvoir guérir les malades par le Seigneur, guérissez sans craindre le mal, par les mains et par la prière.
Mais ne cherchez pas à savoir si vos mains et si votre prière ont guéri les malades, car, c'est par le Seigneur votre Père que vous agissez et non par vous-même.
Si vous trouvez la force en vous de remettre les péchés, c'est que le Seigneur les a remis.
Si vous me suivez, vous serez appelés à servir vos frères et vos sœurs comme je le fais aujourd'hui pour vous.


32

1er février
Lorsque Jésus fut descendu de la montagne, une grande foule le suivit.
Et voici, un lépreux s'étant approché se prosterna devant lui, et dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. »
Jésus étendit la main, le toucha, et dit : « Je le veux, sois pur. » Aussitôt il fut purifié de sa lèpre.
Puis Jésus lui dit : « Garde-toi d'en parler à personne ; mais va te montrer au sacrificateur, et présente l'offrande que Moïse a prescrite, afin que cela leur serve de témoignage. »
Comme Jésus entrait dans Capernaüm, un centenier l'aborda, le priant et disant : « Seigneur, mon serviteur est couché à la maison, atteint de paralysie et souffrant beaucoup. »
Jésus lui dit : « J'irai, et je le guérirai. »
Le centenier répondit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Car, moi qui suis soumis à des supérieurs, j'ai des soldats sous mes ordres ; et je dis à l'un : "Va !" et il va ; à l'autre : "Viens !" et il vient ; et à mon serviteur : "Fais cela !" et il le fait. »
Après l'avoir entendu, Jésus fut dans l'étonnement, et il dit à ceux qui le suivaient : « Je vous le dis en vérité, même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi.
Or, je vous déclare que plusieurs viendront de l'orient et de l'occident, et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux.
Mais les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
Puis Jésus dit au centenier : « Va, qu'il te soit fait selon ta foi. » Et à l'heure même le serviteur fut guéri.

Je vous le dis, aucun d'entre-vous ne sera juste parce qu'il sera né juste et aucun d'entre-vous ne sera sauvé parce qu'il est né dans telle ou telle nation ou qu'il n'est pas né dans telle ou telle nation, dans tel ou tel royaume.
En vérité, je vous le dis, il n'y a pas de terre promise, car le Seigneur votre Père ne connaît ni frontière ni péages dans sa Création et pour sa créature.
Et maudits soient ceux qui établiront des frontières et maudits soient ceux qui exileront les leurs, les repousseront et les rejetteront dans la misère.
Je vous le dis, dès aujourd'hui, regardez le paysage de Galilée. Est-il si différent du paysage de Samarie ?
Regardez l'eau qui coule dans le fleuve. Est-il si différente de l'eau qui coule dans un autre fleuve ? Mais vous me direz que cette eau est pure et que cette autre est limoneuse. Pensez-vous que ce soit une bonne raison pour les distinguer quand il suffit que je mette un peu de sable pour que cette eau que vous pensez pure devienne limoneuse à son tour et que là-bas, l'eau limoneuse s'est délestée de son limon pour devenir pure.
Engeance de vipères, vous faites des distinctions là où il n'y a que des similitudes.
Regarde ton frère et prends le pour frère, sans souci de son pays et de son origine. Regarde ta sœur et prends la pour sœur, sans souci de son pays et de son origine, car, vous êtes tous frères et sœurs pour le Seigneur et le Seigneur hait que sa Création se déchire.
Ses disciples écoutaient avec étonnement, n'ayant jamais entendu de pareilles paroles dans la bouche des prédicateurs et des scribes. Et les prédicateurs et les scribes étaient frappés de stupeur et de colère.


33

2 février Jésus se rendit ensuite à la maison de Pierre, dont il vit la belle-mère couchée et ayant la fièvre.
Il toucha sa main, et la fièvre la quitta ; puis elle se leva, et le servit.
Le soir, on amena auprès de Jésus plusieurs démoniaques. Il chassa les esprits par sa parole, et il guérit tous les malades, afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète : « Il a pris nos infirmités, et il s'est chargé de nos maladies. »
Jésus, voyant une grande foule autour de lui, donna l'ordre de passer à l'autre bord.
Un scribe s'approcha, et lui dit : « Maître, je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui répondit : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. »
Un autre, d'entre les disciples, lui dit : « Seigneur, permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père. »
Mais Jésus lui répondit : « Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. »
Il monta dans la barque, et ses disciples le suivirent.
Et voici, il s’éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait.
Les disciples s’étant approchés le réveillèrent, et dirent : « Seigneur, sauve-nous, nous périssons ! »
Il leur dit : « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? » Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme.
Ces hommes furent saisis d’étonnement : « Quel est celui-ci, disaient-ils, à qui obéissent même les vents et la mer ? »


Dans la barque, il leur dit : « Quand ils sont malades, il craignent la mort et quand je les guéris, ils craignent encore la mort. Et quand ils seront morts, craindront-ils encore la mort ? C'est la vie qu'ils devraient alors craindre, car la vie est beaucoup plus difficile que la mort. Ce n'est donc pas la mort qu'ils craignent, mais bien de ne pas la connaître, car ils croient connaître la vie. Mais je vous dis qu'ils ne connaissent pas plus la vie que la mort. »

Simon, appelé Pierre, prit la parole et dit : « Ils craignent la vie, car, ils craignent la souffrance et ils la craignent parfois davantage que la mort, si bien qu'ils l'appellent parfois sur eux pour que cesse leur souffrance. »
Jésus répondit : « Ils sont bien téméraires, car la souffrance est aussi la vie et ils connaissent la souffrance alors qu'ils ne connaissent pas la mort et c'est pourquoi ils préfèrent leur souffrance, même quand ils appellent sur eux la mort.
En vérité, je vous le dis, les hommes ne sont pas faits pour mourir, mais pour être promis à la vie éternelle.
Et vous aussi, vous pouvez parler à la mer, comme vous pouvez parler aux vents, et vous inventerez d'incroyables machines qui croiront dompter les vents et la mer.
Cependant, ne vous y trompez pas, ce ne sont pas vos inventions qui vont dompter la Création. Est-ce que la roue du chariot a dompté le chemin et le chemin est-il mis en esclavage par la roue du chariot ?
Maîtrisez-vous le feu quand celui-ci s'échappe et brûle la maison, la ville et même les champs ?
Vous ne maîtrisez rien de la Création de votre Père et n'allez pas la détruire en croyant l'avoir domptée. »

34

3 février Lorsqu'il fut à l'autre bord, dans le pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des sépulcres, vinrent au-devant de lui. Ils étaient si furieux que personne n'osait passer par là.
Et voici, ils s'écrièrent : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? »
Il y avait loin d'eux un grand troupeau de pourceaux qui paissaient.
Les démons priaient Jésus, disant : « Si tu nous chasses, envoie-nous dans ce troupeau de pourceaux. »
Il leur dit : « Allez ! » Ils sortirent, et entrèrent dans les pourceaux. Et voici, tout le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux.
Ceux qui les faisaient paître s'enfuirent, et allèrent dans la ville raconter tout ce qui s'était passé et ce qui était arrivé aux démoniaques.
Alors toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; et, dès qu'ils le virent, ils le supplièrent de quitter leur territoire.

Alors, d'une voix forte il leur dit : « Vous craignez pas venue car vous préférez garder vos bien, fussent-ils maléfiques, que d'être purifiés.
Car, ne pensez pas que les hommes veulent être délivrés des démons et des démoniaques, car, ils préfèrent grandement garder un troupeau de gras pourceaux que d'en être débarrassés et peu nombreux sont ceux qui accepteront de perdre leur richesse pour gagner le Salut et même la vie éternelle leur semblera rien au regard d'un troupeau.
Vous êtes comme ces démoniaques qui préfèrent être jetés du haut de la falaise plutôt que d'être purifiés.
Je vous le dis en vérité, votre richesse fera votre perte et vos bien vous jetteront de la falaise et vous ne garderez pas vos biens et ne gagnerez pas votre Salut.
Soyez un peu raisonnables et laissez l'Esprit de votre Père vous conduire d'une main douce et ferme sur le chemin du Seigneur. N'ayez pas peur si votre vie est comme une mer déchaînée, car le Seigneur ne vous enverra pas d'épreuves que vous ne pourrez supporter. »


35

4 février Jésus, étant monté dans une barque, traversa la mer, et alla dans sa ville.
Et voici, on lui amena un paralytique couché sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : « Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés. »
Sur quoi, quelques scribes dirent au dedans d'eux : « Cet homme blasphème. »
Et Jésus, connaissant leurs pensées, dit : « Pourquoi avez-vous de mauvaises pensées dans vos cœurs ? Car, lequel est le plus aisé, de dire : "Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, et marche ?"
Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés : « Lève-toi », dit-il au paralytique, « prends ton lit, et va dans ta maison. »
Et il se leva, et s'en alla dans sa maison.
Quand la foule vit cela, elle fut saisie de crainte, et elle glorifia Dieu, qui a donné aux hommes un tel pouvoir.

Si l'on trouve que tu donnes beaucoup, donne encore davantage et si l'on trouve que tu donnes trop, donne beaucoup trop.
Nul ne mesure pleinement le pouvoir de l'Esprit et de la foi. Pensez-vous vraiment que vos infirmités et vos maladies peuvent résister à sa puissance et à la toute puissance du Seigneur.
Qu'est-ce que le péché ? Ce ne sont pas seulement les fautes quotidiennes que vous commettez et qui sont aussi nombreuses qu'un vol d'étourneaux, si bien que s'ils volaient autour de vous, le ciel lui-même en serait obscurci.
Le péché est tout ce qui détruit l'ordonnancement harmonieux de la Création et vous les hommes ne cessez de rompre cette harmonie. Laissez croître les herbes et les arbres et admirez leur patience quand ils admirent les nuages.
Ne tuez pas inconsidérément les animaux si ce n'est, parcimonieusement, pour vous nourrir, mais vous pouvez aussi vous passer de tuer les animaux.


36

5 février De là étant allé plus loin, Jésus vit un homme assis au lieu des péages, et qui s'appelait Matthieu. Il lui dit : « Suis-moi. » Cet homme se leva, et le suivit.
Comme Jésus était à table dans la maison, voici, beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie vinrent se mettre à table avec lui et avec ses disciples.
Les pharisiens virent cela, et ils dirent à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ? »
Ce que Jésus ayant entendu, il dit : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades.
Allez, et apprenez ce que signifie : je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »
Alors les disciples de Jean vinrent auprès de Jésus, et dirent : « Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous, tandis que tes disciples ne jeûnent point ? »
Jésus leur répondit : « Les amis de l'époux peuvent-ils s'affliger pendant que l'époux est avec eux ? Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront.
Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieil habit ; car elle emporterait une partie de l'habit, et la déchirure serait pire.
On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent. »

Et je suis ce Matthieu mais je ne sais pas pourquoi Jésus, parmi tous les collecteurs d'impôt aux péages ce jour-là, m'a appelé moi qui m'emploie désormais à témoigner de cet appel.
Pourquoi m'a-t-il appelé ?
Aucun de nous ne pouvait répondre à cette question.
Nous nous demandions combien il en appellerait auprès de lui et nous ne comprenions pas qu'il appelait à lui toute la Création.
Et si l'un d'entre-nous prenait l'ascendant sur les autres, Jésus le rabrouait.
Un jour, nous étions sur une place d'une ville de Galilée quand Jésus vit un homme frapper son serviteur. Jésus, arrêtant son bras lui dit : « Pourquoi frappes-tu cet homme ? » L'homme répondit : « Il est mon serviteur et m'a désobéi. »
Jésus répondit : « N'es-tu pas toi le serviteur de Dieu et n'implores-tu pas sa clémence ? Et pourtant, tu désobéis à Dieu chaque jour et parfois plusieurs fois par jour et le Seigneur t'a cependant laissé la vie et te permet de jouir de tes richesses. Alors, qui es-tu, toi, serviteur de Dieu pour frapper un autre serviteur de Dieu ? Ne penses-tu pas que la clémence que tu demandes à Dieu est aussi celle que tu dois accorder à ton prochain ? »
L'homme baissa la tête car l'autorité de Jésus était grande et il partit avec son serviteur en le tenant par l'épaule.
Jésus dit alors : « En vérité je vous le dis, tout homme qui frappe son prochain et lui refuse son pardon, à celui-ci, la clémence et le pardon lui seront refusés aussi au dernier jour. »


37
6 février Tandis qu'il leur adressait ces paroles, voici, un chef arriva, se prosterna devant lui, et dit : « Ma fille est morte il y a un instant ; mais viens, impose-lui les mains, et elle vivra. »
Jésus se leva, et le suivit avec ses disciples.
Et voici, une femme atteinte d'une perte de sang depuis douze ans s'approcha par derrière, et toucha le bord de son vêtement.
Car elle disait en elle-même : « Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie. »
Jésus se retourna, et dit, en la voyant : « Prends courage, ma fille, ta foi t'a guérie. » Et cette femme fut guérie à l'heure même.
Lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef, et qu'il vit les joueurs de flûte et la foule bruyante,
il leur dit : « Retirez-vous ; car la jeune fille n'est pas morte, mais elle dort. » Et ils se moquaient de lui.
Quand la foule eut été renvoyée, il entra, prit la main de la jeune fille, et la jeune fille se leva.
Le bruit s'en répandit dans toute la contrée.

Le soir, Simon, appelé Pierre, lui demanda : « Seigneur, dis-nous quel est ton pouvoir et comment ce pouvoir guérit. Car, tu as pris cette jeune fille par la main et elle s'est levée. Mais, tu n'as pas touché la femme. Elle a touché ton manteau et elle a été guérie. »
Jésus répondit : « Si vous ne comprenez pas, c'est que vous êtes de peu de foi, vous qui marchez avec moi tout le jour et qui ne voyez toujours pas. Si vous aviez un peu de foi, vous aussi vous ordonneriez aux malades de guérir et ils guériraient et les malades toucheraient votre manteau et les malades guériraient encore. Mais, ne vous y trompez pas, ce n'est pas votre foi qui guérit seule, mais aussi la foi du malade que vous guérissez. Car, entendez bien, la foi appelle la foi comme les fruits sur l'arbre attirent les oiseaux. Plus nombreux seront les fruits, plus nombreux seront les oiseaux qui nicheront sur l'arbre. Alors, ne soyez pas comme ceux qui chassent les oiseaux pour sauver leurs fruits mais bien comme ces arbres qui essaiment grâce aux oiseaux qui se repaissent de leurs fruits. »
Les disciples écoutaient se demandant comment ils pourraient guérir les malades et ressusciter les morts.


38

7 février Étant parti de là, Jésus fut suivi par deux aveugles, qui criaient : « Aie pitié de nous, Fils de David ! »
Lorsqu'il fut arrivé à la maison, les aveugles s'approchèrent de lui, et Jésus leur dit : « Croyez-vous que je puisse faire cela ? » Oui, Seigneur, lui répondirent-ils.
Alors il leur toucha les yeux, en disant : « Qu'il vous soit fait selon votre foi. »
Et leurs yeux s'ouvrirent. Jésus leur fit cette recommandation sévère : « Prenez garde que personne ne le sache. »
Mais, dès qu'ils furent sortis, ils répandirent sa renommée dans tout le pays.
Comme ils s'en allaient, voici, on amena à Jésus un démoniaque muet.
Le démon ayant été chassé, le muet parla. Et la foule étonnée disait : « Jamais pareille chose ne s'est vue en Israël. »
Mais les pharisiens dirent : « C'est par le prince des démons qu'il chasse les démons. »
Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité.

Et les disciples entre eux se disaient : « marcherions-nous tout le jour et toute la nuit et parcourrions-nous tout le pays et les pays avoisinants qu'il ne pourrait guérir tous les malades, rendre la vue à tous les aveugles et faire que marchent tous les paralytiques.  Quant aux morts, combien pourra-t-il en ressusciter ? »
Jésus les entendit et leur dit alors : « Il y a plus important que les guérisons et il y a même plus important que de ressusciter les morts. En vérité, je vous le dis, la bonne nouvelle qui par moi vous est annoncée ira plus vite et plus longtemps que vos pieds et le message que je vous apporte se fera entendre plus loin qu'aucune voix ne peut porter. Cette bonne nouvelle n'est pas une nouvelle pour une vie d'homme seulement, mais une nouvelle de vie pour l'éternité de tous les hommes. »
Les disciples écoutaient, pensant à la longue route qu'ils devraient faire le lendemain, aux longues stations près de Jésus dans les synagogues.
Ils pensaient à la foule qu'ils devraient fendre et parfois bousculer pour qu'elle laisse passer Jésus sans le renverser et l'étouffer.
Et quand ils s'endormaient enfin harassés, Jésus était encore en prière.


39
8 février Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu'elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n'ont point de berger.
Alors il dit à ses disciples : « La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers.
Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson. »
Puis, ayant appelé ses douze disciples, il leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs, et de guérir toute maladie et toute infirmité.
Voici les noms des douze apôtres. Le premier, Simon appelé Pierre, et André, son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère ; Philippe, et Barthélemy ; Thomas, et Matthieu, le publicain ; Jacques, fils d'Alphée, et Thaddée ; Simon le Cananite, et Judas l'Iscariot, celui qui livra Jésus.

Avec les douze, parmi eux et parfois devant eux, se tenaient les femmes qui suivaient Jésus.
La première était Marie de Magdala que Jésus avait délivrée de sept démons, Jeanne, femme de Chouza l'intendant d'Hérode, Suzanne et beaucoup d'autres.
Car, il y avait aussi Marie, sa mère et les sœurs de son ami Lazare, Marthe et Marie de Béthanie.
Mais beaucoup l'accompagnaient en esprit et veillaient sur lui.
Anne, la prophétesse, qui avait averti Syméon de la présentation de Jésus au Temple, n'a jamais cessé de prier pour lui.
Il y avait aussi la fille de Jaïros, que Jésus avait sorti de la mort.
Élizabeth, la femme de Zacharie, la mère de Jean le Baptiste n'a jamais cessé de prier pour lui.
Et de nombreuses femmes le suivaient encore et le suivent encore, qu'il accueille à leur mort en paradis.

40

9 février Tels sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné les instructions suivantes : « N'allez pas vers les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël.
Allez, prêchez, et dites : Le royaume des cieux est proche.
Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie, dans vos ceintures ; ni sac pour le voyage, ni deux tuniques, ni souliers, ni bâton ; car l'ouvrier mérite sa nourriture.
Dans quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous s'il s'y trouve quelque homme digne de vous recevoir ; et demeurez chez lui jusqu'à ce que vous partiez.
En entrant dans la maison, saluez-la ; et, si la maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle n'en est pas digne, que votre paix retourne à vous.
Lorsqu'on ne vous recevra pas et qu'on n'écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds.
Je vous le dis en vérité : au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là.
Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes.
Mettez-vous en garde contre les hommes ; car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous battront de verges dans leurs synagogues ; vous serez menés, à cause de moi, devant des gouverneurs et devant des rois, pour servir de témoignage à eux et aux païens.
Mais, quand on vous livrera, ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez ni de ce que vous direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous. »

Et les disciples se disaient par devers eux qu'ils étaient donc appelés à prêcher comme avaient prêché tous les prophètes avant eux et comme prêchaient encore en Judée, en Samarie, en Galilée et en Israël de nombreux autres prophètes.
Et les disciples se disaient encore qu'on les prendrait pour des magiciens, sinon des démoniaques, s'ils parcouraient les villes et les villages en ressuscitant les morts et en guérissant les malades.
Aucun des douze ne se sentait la force d'accomplir une telle tâche et cela les plongeait dans les affres de l'angoisse et de la perplexité.
Ils se demandaient à quoi sert la brebis au milieu des loups sinon à sustenter les loups.
Ils se demandaient quelle était la prudence du serpent sinon de se cacher au premier bruit et de mordre quand il était surpris.
Ils s'imaginaient lâchés à la vindicte de la foule ingrate, présentés à des tribunaux iniques, condamnés à de terribles supplices.
Et Jésus savait tout cela et il les rassurait : « Il est vrai que je ferai de vous des martyrs. Cependant, n'ayez pas honte de craindre ce qui est à venir, car, je crains moi aussi ce qui est à venir, mais je ne m'en détournerai pas.
Ne craignez pas de faillir, car, vous faillirez et vous serez pardonné à la mesure de votre foi. Car, il n'est rien de faillir pour celui qui vit dans l'amour de Dieu, car il se repent et le Seigneur lui pardonne.
Soyez sincère en toute circonstance.
Que la peur n'instille pas en vous le mensonge, car le mensonge est l'œuvre de Mamon.
Celui qui ment et qui ne se repent pas n'a pas sa place au Royaume des Cieux.
Et n'écoutez jamais ceux qui vous conseilleront d'agir par la ruse, car ceux-là aussi servent Mamon.
Il viendra après moi de nombreux faux prophètes qui prétendront parler au nom du Seigneur. Jugez-les à leurs fruits et non à leurs paroles.
Ceux-là vous persécuteront et persécuteront vos pères et vos fils.
Et vous les combattrez par l'amour de Dieu. »


41

10 février Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se soulèveront contre leurs parents, et les feront mourir.
Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.
Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Je vous le dis en vérité, vous n'aurez pas achevé de parcourir les villes d'Israël que le Fils de l'homme sera venu.
Le disciple n'est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur.
Il suffit au disciple d'être traité comme son maître, et au serviteur comme son seigneur. S'ils ont appelé le maître de la maison Belzébuth, à combien plus forte raison appelleront-ils ainsi les gens de sa maison !
Ne les craignez donc point ; car il n'y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu.
Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour ; et ce qui vous est dit à l'oreille, prêchez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne.
Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou ? Cependant, il n'en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père.
Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés.
Ne craignez donc point : vous valez plus que beaucoup de passereaux.

Et les disciples écoutaient encore et se serraient les uns contre les autres dans l'obscurité.
Ils avaient tout quitté pour suivre Jésus qui leur promettait désormais une vie de souffrances.
Il s'imaginaient traînés par une foule sanguinaire dans la poussière des chemins.
Ils se souvenaient de Jean, emprisonné puis exécuté sans qu'il lui fût possible de se défendre.
Et soudain, ils eurent la vision de la longue cohorte des martyrs serviteurs de Jésus à travers les siècles à venir.
Ils virent ces femmes et ces hommes tourmentés parce qu'ils avaient prêché la bonne parole, parce qu'ils avaient guéri les malades et parfois même ressuscité les morts.
Ils virent leur corps sanguinolent, parfois démembré et leurs membres rompus.
Ils virent tout cela et ils prirent peur.
Alors Jésus leur dit : « Vous voyez les souffrances, mais vous ne voyez pas la joie. La mère qui enfante connaît les souffrances qu'elle va subir. Garde-t-elle pour cela l'enfant dans ses entrailles ? Pas plus que la parturiente, vous ne pourrez garder pour vous le message que je vous donne. Vous prêcherez par l'Esprit et vous guérirez par l'Esprit et c'est encore l'Esprit qui vous prémunira de la douleur. Car, à travers les siècles, celles et ceux qui me suivront seront moqués et trahis, mais ils garderont l'espérance et l'espérance les sauvera. »


42

11 février C'est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux ;
mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée.
Car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère ;
et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison.
Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi ;
celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n'est pas digne de moi.
Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera.
Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé.
Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète recevra une récompense de prophète, et celui qui reçoit un juste en qualité de juste recevra une récompense de juste.
Et quiconque donnera seulement un verre d'eau froide à l'un de ces petits parce qu'il est mon disciple, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.

Et les disciples se demandaient jusqu'où il faudrait qu'ils aillent pour mériter le Royaume.
Jacques et Simon, dit Pierre, se rappelaient les longues séances de pêche sur la barque de leur père et le soleil harassant. Ils se rappelaient aussi la fraîcheur du soir et celle du matin avant que le soleil ne frappe leur visage. Ils regardaient les oiseaux passer dans le ciel et leur sort leur paraissait enviable. Ils étaient plus proches du Seigneur qu'ils ne le seraient jamais, pensaient-ils.
Jésus savait ce qu'ils pensaient et il leur dit alors : « Pensez-vous vraiment que ce qui vole dans le ciel est plus près du Seigneur votre Père que vous ?
Et pensez-vous que vous êtes plus près du Seigneur votre Père que cet enfant qui mendie dans la poussière au coin de la rue ?
Et cela, parce que vous me suivez et parce que vous avez reçu le don de guérir les malades ?
En vérité, je vous le dis, aucun enfant du Seigneur ne peut se prévaloir d'être plus près du Seigneur car la bonté du Seigneur est inextinguible et chacun de ses enfants, quelle que soit sa condition, est unique pour lui.
Ne cherchez pas à paraître bons, mais soyez vraiment bons et soyez-le aussi avec vous-mêmes.
Pourquoi vous fustiger sans cesse de vos faiblesses et de vos manques ?
Pensez-vous vraiment que le Seigneur est un comptable qui compte à chaque instant vos gains et vos dépenses ?
Le Seigneur attend de vous que vous aimiez les pauvres comme vous vous aimez vous-mêmes et que vous vous aimiez vous-mêmes comme vous aimez les pauvres. »


43

12 février Lorsque Jésus eut achevé de donner ses instructions à ses douze disciples, il partit de là, pour enseigner et prêcher dans les villes du pays.
Jean, ayant entendu parler dans sa prison des œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples :
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez :
les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.
Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! »
Comme ils s'en allaient, Jésus se mit à dire à la foule, au sujet de Jean : « Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?
Mais, qu'êtes-vous allés voir ? un homme vêtu d'habits précieux ?
Voici, ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois.
Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète. Car c'est celui dont il est écrit : Voici, j'envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi. »

Jésus avait pour Jean dit le Baptiste une grande tendresse. Il l'avait connu quand il était encore une enfant et que Marie et Joseph rendaient visite pour les fêtes à Zacharie et Élisabeth, les parents de Jean.
Plusieurs vieillards se souvenaient des deux enfants et de Jean, l'aîné, qui protégeait Jésus de tous les dangers de la maisonnée.
Les deux familles étaient ensemble au Temple pour la présentation de Jésus et les prêtres pensèrent que c'était Jean qui avait enseigné l'enfant Jésus.
Car, Jésus suivait Jean dès qu'il le pouvait et l'écoutait avec ferveur.
Mais, Jean écoutait aussi Jésus avec tout autant de ferveur.
Jésus savait que Jean allait mourir et que son supplice annoncerait sa propre mise à mort.
Rassemblant ses disciples il leur dit : « Pour l'éternité, je vous le dis, le nom de Jean le Baptiste sera associé au nom de Jésus, l'un venant avant l'autre et l'autre derrière lui pour accomplir la parole.
Pour l'éternité, la voix dans le désert continuera de clamer la force et la puissance de Dieu, comme, pour l'éternité, la voix du Fils de l'homme continuera de clamer l'amour du Père pour sa Créature. 
Alors, je vous le dis, vous pouvez aimer Jean et lui rendre grâce sans crainte de commettre un acte impie, car il n'y a aucun démon dans cet homme et c'est aussi de cela que le Fils de l'homme est venu témoigner. »


44

13 février Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui.
Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s'en emparent.
Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu'à Jean ;
et, si vous voulez le comprendre, c'est lui qui est l'Élie qui devait venir.
Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.
À qui comparerai-je cette génération ? Elle ressemble à des enfants assis dans des places publiques, et qui, s'adressant à d'autres enfants, disent : « Nous vous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé ; nous avons chanté des complaintes, et vous ne vous êtes pas lamentés. »
Car Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent : « Il a un démon. »
Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant, et ils disent : « C'est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. »
Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres.

Ne vous laissez pas berner par les apparences.
Cet homme grave qui passe la journée en prières dans le Temple, lui donneriez-vous votre enfant à garder ?
Cet autre-là qui vous fait des sourires, n'a-t-il pas quelque chose à vous vendre ?
Cet autre encore qui proclame sa foi de rue en rue, prêt à tuer celui qui le contredirait, n'est-ce pas lui qui a un démon ?
Vous pourrez mourir par votre foi, mais vous ne tuerez point par votre foi.
Et si vous croyez tuer par votre foi et si vos chef vous disent de tuer par votre foi, sachez que vous tuerez par le démon et que vos chef sont habités par le démon.
Car la foi est source de vie et ne peut être source de mort.
Et cet homme qui s'amuse et qui boit, vous le prenez pour un pécheur et sans doute est-il pécheur.
Mais croyez-vous que le pécheur repenti aura moins de chance d'accéder au Royaume que celui qui, ne reconnaissant pas ses fautes, s'en croit absout à jamais ?
Demeurez modestes et humbles, dans vos actes comme dans votre pensée, et que vos joies soient claires et vos peines consolables dans la paix du Seigneur votre Père.


45

14 février Alors il se mit à faire des reproches aux villes dans lesquelles avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu'elles ne s'étaient pas repenties.
Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi, Bethsaïda ! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu'elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre.
C'est pourquoi je vous le dis : au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous.
Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ? Non. Tu seras abaissée jusqu'au séjour des morts ; car, si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd'hui.
C'est pourquoi je vous le dis : au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi.
En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants.
Oui, Père, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi.
Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes.
Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. »

Et les disciples imaginaient les terribles guerres et les immenses brasiers qui détruiraient ces villes comme Sodome avait été détruite.
Ils revoyaient en songe Chorazin et sa synagogue noire et l'imaginaient recouverte de terre et de gravats pour les siècles des siècles.
Ils voyaient aussi Bethsaïda sous les décombres, prises par un tremblement de terre qui ne laisserait pas pierre sur pierre.
Et de ces pierres tombées des maisons patriciennes, d'autres villages naîtraient.
Mais Pierre et André, et encore Jacques et Jean, ainsi que Philippe et Nathanaël connaissaient quant à eux chaque pierre de Bethsaïda et pleuraient à l'idée de sa destruction.
Aucun d'entre eux ne connaissait ni Tyr, ni Sidon, si ce n'était par quelques marchands qui parcouraient alors la Galilée.
Mais, tous connaissaient Capharnaüm et ne pouvaient croire qu'elle serait un jour détruite, tant elle était puissante et fréquentée par toute la région.
Alors, ils demandèrent à Jésus : « Sommes-nous Seigneur parmi les doux et les humbles de cœur et serons-nous sauvés nous qui tout le jour avons pris ton joug ? »
Jésus leur répondit : « Le salut appartient à votre Père. Faites le bien sans vous soucier du salut et soyez comme les enfants qui construisent des maisons de terre sans se soucier que la pluie vienne les détruire dans l'instant. Pourquoi vous soucier de l'éternité quand le lendemain ne vous appartient pas ? »


46

15 février En ce temps-là, Jésus traversa des champs de blé un jour de sabbat. Ses disciples, qui avaient faim, se mirent à arracher des épis et à manger.
Les pharisiens, voyant cela, lui dirent : « Voici, tes disciples font ce qu'il n'est pas permis de faire pendant le sabbat. »
Mais Jésus leur répondit :
« N'avez-vous pas lu ce que fit David, lorsqu'il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui ;
comment il entra dans la maison de Dieu, et mangea les pains de proposition, qu'il ne lui était pas permis de manger, non plus qu'à ceux qui étaient avec lui, et qui étaient réservés aux sacrificateurs seuls ?
Ou, n'avez-vous pas lu dans la loi que, les jours de sabbat, les sacrificateurs violent le sabbat dans le temple, sans se rendre coupables ?
Or, je vous le dis, il y a ici quelque chose de plus grand que le temple.
Si vous saviez ce que signifie : « Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices », vous n'auriez pas condamné des innocents.
Car le Fils de l'homme est maître du sabbat.
»

Et Jésus dit encore : « Pensez-vous vraiment que les commandements sont donnés par le Seigneur pour que vous leur obéissiez aveuglément ?
Et quel est le Père qui voudrait que ses enfants soient aveugles et sourds ?
Et quel est le Père qui voudrait que sur son commandement ses enfants se jettent du haut des murailles ?
Ne vous rappelez-vous pas que le Seigneur a sauvé Isaac du glaive d'Abraham et qu'il n'a pas voulu qu'il meure ?
Mais vous vous dites maintenant qu'Abraham a ainsi démontré sa foi. Vous avez raison, mais dites-vous aussi que le Père a montré sa miséricorde.
Ainsi, n'obéissez pas aux règles pour obéir aux règles, car le Seigneur votre Père n'attend pas de vous que vous lui offriez la routine.
Les commandements ont été donnés pour vous conduire vers le Seigneur et non pour encombrer votre vie.
Regardez celui-là qui toute la journée marmonne des prières sans plus penser à ce qui sort de sa bouche. Au jour dernier, celui-là et ses prières seront laissés dans la poussière. »


47

16 février Étant parti de là, Jésus entra dans la synagogue.
Et voici, il s'y trouvait un homme qui avait la main sèche. Ils demandèrent à Jésus : « Est-il permis de faire une guérison les jours de sabbat ? » C'était afin de pouvoir l'accuser.
Il leur répondit : « Lequel d'entre vous, s'il n'a qu'une brebis et qu'elle tombe dans une fosse le jour du sabbat, ne la saisira pour l'en retirer ?
Combien un homme ne vaut-il pas plus qu'une brebis ! Il est donc permis de faire du bien les jours de sabbat. »
Alors il dit à l'homme : « Étends ta main. » Il l'étendit, et elle devint saine comme l'autre.
Les pharisiens sortirent, et ils se consultèrent sur les moyens de le faire périr.
Mais Jésus, l'ayant su, s'éloigna de ce lieu. Une grande foule le suivit. Il guérit tous les malades,
et il leur recommanda sévèrement de ne pas le faire connaître,
afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète :
Voici mon serviteur que j'ai choisi,
mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir.
Je mettrai mon Esprit sur lui,
et il annoncera la justice aux nations.
Il ne contestera point, il ne criera point,
et personne n'entendra sa voix dans les rues.
Il ne brisera point le roseau cassé,
et il n'éteindra point le lumignon qui fume,
jusqu'à ce qu'il ait fait triompher la justice.
Et les nations espéreront en son nom.

Arrivé dans la maison, Jésus dit à ses disciples : « Vous voyez comment les pharisiens veulent me faire tomber et le jour viendra où ils me feront tomber pour que je puisse me relever.
Ils veulent que Dieu leur ordonne le moindre de leurs gestes.
Ils veulent que les prières soient enchaînées à des règles immuables.
Ils veulent que le temple obéisse à leurs règles et ils disent que ces règles viennent de Dieu.
En vérité, je vous le dis, le Seigneur votre Père n'a rien à faire des règles édictées par les hommes.
Il les admet si elles lui rendent grâce dans le secret du cœur des hommes,
Il les rejette si elles sont la source d'oppression.
Pourquoi le sabbat a-t-il été institué ?
Pour que les hommes ne travaillent pas et se consacrent à la prière.
Le sabbat n'est pas fait pour entraver, mais pour libérer.
Il n'est pas fait pour contraindre, mais pour éclairer.
Si vous portez votre foi en bandoulière, laissez-la sous votre vêtement.
Ne portez pas votre foi comme un carquois dont on sort des flèches qu'on décoche alentour.
Car, ceux-là devront le jour venu ranger leurs flèches et chacune d'entre elles leur sera comptée.
Mettez au contraire votre foi près de votre cœur, qu'elle le protège et le réchauffe au jour mauvais.
Et l'Esprit aussi viendra le réchauffer.
Comme j'ai guéri la main sèche de l'homme,
Je guérirai le cœur sec de l'homme,
et les nations rendront grâce au Seigneur
dans l'espérance du jugement dernier. »


48

17 février Alors on lui amena un démoniaque aveugle et muet, et il le guérit, de sorte que le muet parlait et voyait.
Toute la foule étonnée disait : « N'est-ce point là le Fils de David ? »
Les pharisiens, ayant entendu cela, dirent : « Cet homme ne chasse les démons que par Belzébuth, prince des démons. »
Comme Jésus connaissait leurs pensées, il leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne peut subsister.
Si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même ; comment donc son royaume subsistera-t-il ?
Et si moi, je chasse les démons par Belzébuth, vos fils, par qui les chassent-ils ? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges.
Mais, si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu vers vous.
Ou, comment quelqu'un peut-il entrer dans la maison d'un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort ? Alors seulement il pillera sa maison.
Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi disperse.
C'est pourquoi je vous dis : tout péché et tout blasphème seront pardonnés aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera point pardonné.
Quiconque parlera contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir.
Ou dites que l'arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l'arbre est mauvais et que son fruit est mauvais ; car on connaît l'arbre par le fruit.
Races de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, méchants comme vous l'êtes ? Car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle.
L'homme bon tire de bonnes choses de son bon trésor, et l'homme méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor.
Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu'ils auront proférée.
Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné. »

Alors Pierre demanda comment distinguer le péché contre l'Esprit des autres péchés.
Jésus répondit : « Quand vous entendez un blasphème, quand vous constatez un péché, interrogez votre cœur.
Si ce blasphème, si ce péché provoquent de la colère, il ne s'agit pas d'un péché contre l'Esprit.
Votre colère et votre indignation s'évanouiront avec le pardon.
Mais, si ce blasphème, si ce péché provoquent en vous une tristesse infinie, c'est qu'il s'agit d'un péché contre l'Esprit.
Quand vous chassez les démons au nom du Seigneur votre Père, vous ne ressentez ni colère ni tristesse.
Vous êtes comme celui-là qui remet en place une cruche tombée sur le sol. Il regarde si elle n'est pas fêlée et la laisse ensuite à sa place sur le seuil de la maison.
Vous pouvez vous demander qui a fait tomber la cruche, mais l'important est que vous l'ayez relevée.
Et si vous entendez deux hommes qui se menacent de mort, quel sera votre mouvement si ce n'est de les séparer.
Chercherez-vous d'abord qui a raison et qui a tort ?
Le péché contre l'Esprit éteint l'espérance et laisse votre cœur noirci comme après l'incendie.
Alors je vous le dis : éloignez-vous de ceux qui excitent la colère, comme vous vous éloignerez de ceux qui trouvent plaisir au péché.
Mais, sachez que dans son amour, il n'y a pas de péché que le Père ne puisse remettre.
Qui voudrait attrister son père qui prodigue tant d'amour ?
Et ne vous laissez pas emporter par l'injure et par la colère, car, ce faisant, vous vous éloignez du Père.
Soyez doux et humbles et ne jugez point.
Car le jugement appartient à Dieu le Père et si le Père peut pardonner, au nom de quoi refuserez-vous votre pardon ?
Car, le péché contre l'Esprit, c'est précisément le refus du pardon. »


49

18 février Alors quelques-uns des scribes et des pharisiens prirent la parole, et dirent : « Maître, nous voudrions te voir faire un miracle. »
Il leur répondit : « Une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d'autre miracle que celui du prophète Jonas.
Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre.
Les hommes de Ninive se lèveront, au jour du jugement, avec cette génération et la condamneront, parce qu'ils se repentirent à la prédication de Jonas ; et voici, il y a ici plus que Jonas.
La reine du Midi se lèvera, au jour du jugement, avec cette génération et la condamnera, parce qu'elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et voici, il y a ici plus que Salomon.
Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point.
Alors il dit : je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti ; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée.
Il s'en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison, s'y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. »
Comme Jésus s'adressait encore à la foule, voici, sa mère et ses frères, qui étaient dehors, cherchèrent à lui parler.
Quelqu'un lui dit : « Voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils cherchent à te parler. »
Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? »
Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères.
Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. »

Aimez votre père et votre mère, aimez vos fils et vos filles, aimez vos frères et vos sœurs et l'ensemble de la maisonnée. Chérissez-les et protégez-les de tout mal.
Mais que cet amour ne vous ferme pas les yeux sur vos semblables au dehors de votre maison.
Aimez aussi les pauvres, aimez votre voisinage.
Aimez ceux qui vivent au loin et ceux qui habitent la ville voisine.
Croyez-vous que le Seigneur, au jour dernier, fera la différence entre vos voisins et ceux d l'autre côté de la mer ?
Croyez-vous que le Seigneur, au jour dernier, rassemblera les familles de la première à la dernière génération ?
Croyez-vous que le paradis est comme une place de village ou comme une synagogue où les amis se rassemblent et regardent avec l'air mauvais les inconnus et les étrangers ?
C'est que votre foi est faible, car, le paradis ne ressemble à rien de ce que vous connaissez et ne ressemble à rien de ce que vous pouvez imaginer.
Vous pensez que vous n'aurez plus faim ni soif et vous avez raison.
Mais, il ne s'agit ni de fruits, ni de mets préparés, ni de boissons aromatiques.
Et la manière dont vous serez rassasiés dépassera toutes vos espérances.
Méfiez-vous des esprits mauvais car ils sont trompeurs.
Ils vous attachent à ce monde et, à cause d'eux, vous pensez que le Royaume des Cieux ressemble à ce monde.
Vous devez vous éloigner de ces images, car, je vous le dis, le Royaume des Cieux n'est pas ce qu'en disent les démons.
Ne cherchez pas à vous le figurer, car le temps viendra bientôt.
Et si l'on vous demande, dites que vous n'en savez rien.


50

19 février Ce même jour, Jésus sortit de la maison, et s'assit au bord de la mer.
Une grande foule s'étant assemblée auprès de lui, il monta dans une barque, et il s'assit. Toute la foule se tenait sur le rivage.
Il leur parla en paraboles sur beaucoup de choses, et il dit :
« Un semeur sortit pour semer. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : les oiseaux vinrent, et la mangèrent.
Une autre partie tomba dans les endroits pierreux, où elle n'avait pas beaucoup de terre : elle leva aussitôt, parce qu'elle ne trouva pas un sol profond ;
mais, quand le soleil parut, elle fut brûlée et sécha, faute de racines.
Une autre partie tomba parmi les épines : les épines montèrent, et l'étouffèrent.
Une autre partie tomba dans la bonne terre : elle donna du fruit, un grain cent, un autre soixante, un autre trente.
Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »

Le soir venu, les disciples demandèrent à Jésus de leur expliquer la parabole du grain.
Jésus répondit :
« si vous n'avez pas compris, qui va comprendre ?
Le grain, c'est la parole.
Si on l'écoute sans attention, comme le grain qui tombe sur le chemin, alors, elle ne produira aucun fruit.
Si on l'écoute de manière superficielle, elle ne demeurera pas et ne produira non plus aucun fruit ;
de même chez celui dont le cœur est trop mauvais, encombré de colère et d'épines.
La parole doit être méditée et encore méditée pour produire des fruits. »
Alors un disciple demanda : « Est-ce que cela signifie que la bonne nouvelle ne peut être comprise que sur la terre promise ? »
Alors Jésus répondit : « Ne vous ai-je pas déjà dit que toute la terre est promise à la Création ? Dans la parabole du grain, tous les grains se valent. La bonne terre, c 'est le cœur de l'homme. »


51

20 février Les disciples s'approchèrent, et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
Jésus leur répondit : « Parce qu'il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné.
Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a.
C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent.
Et pour eux s'accomplit cette prophétie d'Ésaïe :
Vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point ;
vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point.
Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ;
ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux,
de peur qu'ils ne voient de leurs yeux, qu'ils n'entendent de leurs oreilles,
qu'ils ne comprennent de leur cœur,
qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse.
Mais heureux sont vos yeux, parce qu'ils voient, et vos oreilles, parce qu'elles entendent !
Je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »

Les disciples demandèrent alors : « Qu'adviendra-t-il alors des générations qui viennent ? La parole leur sera-t-elle à jamais dérobée ? »
Jésus répondit : « Les paroles que je vous donne aujourd'hui sont des paroles éternelles. Vous les porterez à travers le monde et après vous, d'autres viendront qui les porteront aussi, pour les siècles des siècles.
Ce que je vous dis et ce que je dis à la foule qui se presse, ce n'est pas une parole cachée, ce n'est pas une parole pour aujourd'hui, qui serait oubliée demain.
C'est aussi une parole pour les temps à venir et je vous le dis, il n'y aura pas de pays sur terre où elle n'aura pas été entendue. »
Les disciples écoutaient et ne comprenaient pas. Ils demandèrent :
« Est-ce ainsi que la parole sera entendue jusqu'à Tyr et Sidon ? »
Jésus répondit : « Jusqu'à Tyr et jusqu'à Sidon et au-delà de Tyr et au-delà de Sidon, et au-delà encore. Jusqu'à Rome et au-delà de Rome. »
Les disciples étaient étonnés car ils n'avaient jusqu'alors jamais entendu dire que les prophètes pouvaient s'adresser aux hommes au-delà des mers, ni que la parole pouvait s'adresser aux Romains, qui étaient païens et réprouvés comme tels. Alors ils dirent à Jésus :
« Est-ce que cela signifie Seigneur qu'il n'y a plus de peuple élu ? »
Jésus répondit : « Sont élus ceux qui me suivent.»


52

21 février « Vous donc, écoutez ce que signifie la parabole du semeur : lorsqu'un homme écoute la parole du royaume et ne la comprend pas, le malin vient et enlève ce qui a été semé dans son cœur : cet homme est celui qui a reçu la semence le long du chemin.
Celui qui a reçu la semence dans les endroits pierreux, c'est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie ;
mais il n'a pas de racines en lui-même, il manque de persistance, et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, il y trouve une occasion de chute.
Celui qui a reçu la semence parmi les épines, c'est celui qui entend la parole, mais en qui les soucis du siècle et la séduction des richesses étouffent cette parole, et la rendent infructueuse.
Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est celui qui entend la parole et la comprend ; il porte du fruit, et un grain en donne cent, un autre soixante, un autre trente. »
Il leur proposa une autre parabole, et il dit : « Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ.
Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le blé, et s'en alla.
Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi.
Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ?
Il leur répondit : C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : veux-tu que nous allions l'arracher ?
Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.
Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier. »

Les disciples se retirèrent pour débattre entre eux du sens de cette parabole.
Le plus jeune d'entre-eux dit aux autres :
« Ainsi, nous devrons croître dans le voisinage de l'ivraie. Mais qui a déjà vu l'ivraie dans le champ sait qu'elle peut parfois croître plus que le blé et étouffer le blé.
Comment dès lors nous prémunir de l'ivraie et comment nous assurer qu'elle ne nous étouffera pas ? »
Jésus entendit sa parole et leur dit :
« Vous avez raison ! L'ivraie peut étouffer le blé et le maître en laissant l'ivraie croître dans son champ perdra certains de ses épis.
Pour autant, fallait-il qu'il laissât arracher le blé en herbe avec l'ivraie ?
En vérité, je vous le dis, jusqu'au dernier jour, le blé peut vaincre l'ivraie qui l'étouffe.
Ainsi, jusqu'au dernier jour, le bien peut triompher du mal et le Seigneur ne perd jamais confiance et sait qu'il aura beaucoup de blé dans son grenier.
Mais, les disciples étaient perplexes. Ils se demandaient : « Puisque le Seigneur est tout puissant, pourquoi n'éradique-t-il pas l'ivraie du champ et pourquoi laisse-t-il l'ennemi la semer ? »
Jésus leur dit alors : « vous imaginez que le mal est l'envers du bien et que le bien est l'envers du mal. vous imaginez alors que le mal et le bien sont en lutte. En cela vous vous trompez. Le mal ne peut pas lutter contre le bien, car il n'est pas de même nature. Le bien n'est pas en lutte contre le mal, et Dieu ne lutte pas contre ses ennemis. Est-ce que je lutte contre les démons que je chasse ? Non, ils s'enfuient quand je leur en donne l'ordre. Et si vous leur en donnez l'ordre, ils s'enfuient encore.
Imaginez que les serviteurs ne sachent pas reconnaître le blé de l'ivraie, au temps de la moisson, il arracheront le blé et laisseront l'ivraie en place. Ne soyez pas comme ces serviteurs ignorants. »


53

22 février Il leur proposa une autre parabole, et il dit : « Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu'un homme a pris et semé dans son champ.
C'est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. »
Il leur dit cette autre parabole : « Le royaume des cieux est semblable à du levain qu'une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que la pâte soit toute levée. »
Jésus dit à la foule toutes ces choses en paraboles, et il ne lui parlait point sans parabole,
afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète :
« J'ouvrirai ma bouche en paraboles,
je publierai des choses cachées depuis la création du monde. »

Un soir, les disciples rassemblés autour de Jésus lui demandèrent pourquoi il enseignait par paraboles et si ces paraboles recelaient un sens caché.
Jésus répondit : « Comment pourriez-vous vous souvenir de mon enseignement et comment pourriez-vous à votre tour enseigner la parole si je ne procédais pas ainsi ?
Beaucoup viendront après moi qui prétendront parler au nom du Seigneur et diront des choses complexes qui provoqueront de nombreux commentaires.
Mais la parole du Seigneur est aussi claire et limpide que le jour nouveau.
Elle rafraîchit comme l'eau du ruisseau après une longue marche.
Elle rassasie comme le pain rassasie après toute une journée de jeûne.
La parole du Seigneur n'est pas pour susciter la crainte ou pour maudire.
Elle est parole d'amour. »


54

23 février Alors il renvoya la foule, et entra dans la maison. Ses disciples s'approchèrent de lui, et dirent : « Explique-nous la parabole de l'ivraie du champ.
Il répondit : Celui qui sème la bonne semence, c'est le Fils de l'homme ;
le champ, c'est le monde ; la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du malin ;
l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
Or, comme on arrache l'ivraie et qu'on la jette au feu, il en sera de même à la fin du monde.
Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité :
et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.
Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a trouvé le cache ; et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il a, et achète ce champ.
Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherche de belles perles.
Il a trouvé une perle de grand prix ; et il est allé vendre tout ce qu'il avait, et l'a achetée.
Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer et ramassant des poissons de toute espèce.
Quand il est rempli, les pêcheurs le tirent ; et, après s'être assis sur le rivage, ils mettent dans des vases ce qui est bon, et ils jettent ce qui est mauvais.
Il en sera de même à la fin du monde. Les anges viendront séparer les méchants d'avec les justes,
et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Avez-vous compris toutes ces choses ? » Oui, répondirent-ils.

Cependant, ils reprirent la même question : « Pourquoi enseignes-tu par la parabole ? Ne serait-il pas plus simple de donner d'emblée l'explication ? »
Jésus répondit : « Les hommes aiment les histoires et les contes et parce qu'ils aiment les histoires et les contes, il est plus facile pour eux de se souvenir de la parole. N'est-ce pas ainsi que l'on vous a enseigné quand vous étiez enfants ? Et chacun d'entre vous connaît parfaitement les contes qu'il a entendus dans son enfance.
Quand je leur parle du Royaume et des anges, ils imaginent des choses fabuleuses qui sont enviables, mais qui ne les concernent pas et qu'ils laissent alors pour la vie éternelle.
Or, si je leur dis que le Royaume est comme un champ dont les anges sont les moissonneurs, ils ne pensent plus le Royaume comme étant éloigné de leur vie.
Il en va de même pour les pécheurs et aussi pour les pécheurs de perles. »
Les disciples écoutaient Jésus et se figuraient le Royaume.
Un des disciples demanda : « Seigneur, serons-nous tous sauvés ? »
Jésus répondit : « Ce n'est pas parce que vous me suivez et que vous guérissez les malades et que vous prêchez la bonne parole que vous serez sauvés mais c'est parce que vous serez sauvés que vous me suivez, que vous guérissez les malades et que vous prêchez la bonne parole. »
Un des disciples voulait savoir si les douze seraient sauvés.
Jésus s'attrista et dans un murmure répondit : « Tous sauf un, vous serez sauvés. »
Et il se retira pour prier.
Les disciples se demandaient qui d'entre eux ne serait pas sauvé, mais ils ne trouvaient pas.


55

24 février Et il leur dit : « C'est pourquoi, tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. »
Lorsque Jésus eut achevé ces paraboles, il partit de là.
S'étant rendu dans sa patrie, il enseignait dans la synagogue, de sorte que ceux qui l'entendirent étaient étonnés et disaient : « D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?
N'est-ce pas le fils du charpentier ? n'est-ce pas Marie qui est sa mère ? Jacques, Joseph, Simon et Jude, ne sont-ils pas ses frères ?
et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D'où lui viennent donc toutes ces choses ? »
Et il était pour eux une occasion de chute.
Mais Jésus leur dit : « Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison. »
Et il ne fit pas beaucoup de miracles dans ce lieu, à cause de leur incrédulité.

Le soir, Jésus dit à ses disciples : « Vous avez entendu les gens de Nazareth.
Vous avez entendu leurs paroles d'incrédulité.
Ce sont eux qui m'ont connu jouant dès mon plus jeune âge dans la poussière de leurs rues.
Ce sont eux encore qui m'ont vu prier dans la synagogue et m'instruire auprès de leurs scribes.
Et j'ai mangé à leur table.
Et ils ont mangé à ma table.
Si je venais de n'importe quelle ville de l'autre côté de la mer,
et si je n'avais accompli qu'un seul miracle, guéri qu'un seul malade et dit qu'une seule parole de justice et de pardon, ils croiraient davantage. Or, le miracle est dans le cœur du croyant.
Et vous verrez, il en sera de même pour vous et c'est pourquoi cette terre sera dans le monde la dernière à ne pas croire.
Pourtant, le Seigneur est dans tout ce qui est proche, autant que dans tout ce qui est lointain. »


56

25 février En ce temps-là, Hérode le tétrarque, ayant entendu parler de Jésus, dit à ses serviteurs : « C'est Jean-Baptiste !
Il est ressuscité des morts, et c'est pour cela qu'il se fait par lui des miracles. »
Car Hérode, qui avait fait arrêter Jean, l'avait lié et mis en prison, à cause d'Hérodias, femme de Philippe, son frère,
parce que Jean lui disait : « Il ne t'est pas permis de l'avoir pour femme. »
Il voulait le faire mourir, mais il craignait la foule, parce qu'elle regardait Jean comme un prophète.
Or, lorsqu'on célébra l'anniversaire de la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodias dansa au milieu des convives, et plut à Hérode,
de sorte qu'il promit avec serment de lui donner ce qu'elle demanderait.
À l'instigation de sa mère, elle dit : « Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste. »
Le roi fut attristé ; mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda qu'on la lui donne,
et il envoya décapiter Jean dans la prison.
Sa tête fut apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère.

Et par cet acte, Hérode a lié son nom à celui Jean-Baptiste.
Et le nom de Jean-Baptiste résonnera dans le cœur de tous les croyants ;
Car à celui de Jésus, dans la foi, il est éternellement lié ;
quand le nom d'Hérode signifiera l'ignominie
Nombreux seront après Jean-Baptiste ceux qui seront tués par caprice et par jeu ;
Nombreux seront ceux qui pour une vaine promesse seront tués aussi ;
Nombreux seront ceux dont la tête sera offerte à l'injustice et à l'iniquité ;
Et les foules glorifieront leur mémoire et ils seront appelés martyrs pour l'éternité.
Et ceux qui commettront ces crimes seront bannis de la vie éternelle.
Et leur nom sera synonyme de peur et de tristesse.
Et leur nom sera celui de la honte et du mal.


57

26 février Les disciples de Jean vinrent prendre son corps, et l'ensevelirent. Et ils allèrent l'annoncer à Jésus.
À cette nouvelle, Jésus partit de là dans une barque, pour se retirer à l'écart dans un lieu désert ; et la foule, l'ayant su, sortit des villes et le suivit à pied.
Quand il sortit de la barque, il vit une grande foule, et fut ému de compassion pour elle, et il guérit les malades.
Le soir étant venu, les disciples s'approchèrent de lui, et dirent : « Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée ; renvoie la foule, afin qu'elle aille dans les villages, pour s'acheter des vivres. »
Jésus leur répondit : « Ils n'ont pas besoin de s'en aller ; donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Mais ils lui dirent : « Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. »
Et il dit : « Apportez-les-moi. »
Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule.
Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants.

Les disciples ne comprenaient pas comment cette foule immense avait été rassasiée.
Jésus, connaissant leurs interrogations leur dit : « Vous êtes ébahis aujourd'hui parce que j'ai nourri cinq mille hommes et autant de femmes et d'enfants avec cinq pains.
Combien vous serez étonnés quand avec un seul pain, je nourrirai le monde.
Car ces hommes, ces femmes et ces enfants ne sont pas venus ici, au bord de l'eau, dans la poussière, pour trouver du pain de ce monde.
Ils sont venus pour trouver le pain de la vie éternelle.
Et c'est le pain de la vie éternelle que je leur ai donné.
Et c'est le pain de la vie éternelle que je donnerai au monde pour les siècles des siècles.
Vous vous souciez de cette foule et vous avez en cela raison.
Mais vous vous souciez de leur corps quand je me soucie aussi de leur âme.
Et c'est par l'Esprit que je guéris les malades ;
c'est aussi par l'Esprit que vous avez distribué les cinq pains et les deux poissons et qu'ils ont rassasié la foule.
Car, c'est par l'Esprit que vient la vie éternelle. »


58

27 février Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l'autre côté, pendant qu'il renverrait la foule.
Quand il l'eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l'écart ; et, comme le soir était venu, il était là seul.
La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots ; car le vent était contraire.
À la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer.
Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent : « C'est un fantôme ! » Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris.
Jésus leur dit aussitôt : « Rassurez-vous, c'est moi ; n'ayez pas peur ! »
Pierre lui répondit : « Seigneur, si c'est toi, ordonne que j'aille vers toi sur les eaux. »
Et il dit : « Viens ! » Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus.
Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria : « Seigneur, sauve-moi ! »
Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : «  Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa.
Ceux qui étaient dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus, et dirent : « Tu es véritablement le Fils de Dieu. »
Après avoir traversé la mer, ils vinrent dans le pays de Génésareth.
Les gens de ce lieu, ayant reconnu Jésus, envoyèrent des messagers dans tous les environs, et on lui amena tous les malades.
Ils le prièrent de leur permettre seulement de toucher le bord de son vêtement. Et tous ceux qui le touchèrent furent guéris.

Pierre était troublé de ce qui s'était passé dans la barque.
Il avait senti l'eau aussi dure que la terre et soutenant ses pas, puis s'ouvrir brusquement comme pour l'engloutir.
Et il se demandait comment tout cela était possible.
Jésus, qui connaissait son trouble, vint auprès de lui pour le rassurer et lui dit : « n'as-tu jamais vu auparavant sur les bords du lac un père apprendre la nage à son fils ?
L'enfant ne comprend pas comment il est possible qu'il ne coule pas et ne se noie pas.
Mais, le père lui apprend les mouvements qui permettent de maintenir la tête en dehors de l'eau et peu à peu le fils apprend des conseils de son père.
Mais, il arrive aussi, soudainement, que le fils perde confiance et commence à se débattre et à couler.
Alors, le père le tire de l'eau, le console et lui dit de recommencer.
Et ainsi jusqu'à ce que le fils sache parfaitement nager seul.
Tu vois, c'est le même enseignement que je t'ai dispensé. »
Pierre écouta gravement ce que lui dit Jésus et les autres disciples se réjouissaient en leur cœur de ne pas avoir dû marcher eux aussi sur l'eau, se demandant si leur foi aurait été assez forte pour les soutenir.
Jésus, connaissant leurs pensées leur dit alors : « la foi est d'une autre nature que la connaissance. Elle est semblable à ce vase sur la table. Aucun d'entre vous ne doute de son existence et personne ne pense que le vase va traverser la table. Vous pensez que vous en avez l'expérience. Mais, réfléchissez et vous comprendrez que vous n'en avez aucunement l'expérience.
C'est pourquoi les tout petits enfants sont plus près du Seigneur que vous, car, ils croient sans vouloir auparavant faire l'expérience de leur foi. »


59

28 février Alors des pharisiens et des scribes vinrent de Jérusalem auprès de Jésus, et dirent :
« Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? Car ils ne se lavent pas les mains, quand ils prennent leurs repas. »
Il leur répondit : « Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition ?
Car Dieu a dit : Honore ton père et ta mère ; et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.
Mais vous, vous dites : Celui qui dira à son père ou à sa mère : Ce dont j'aurais pu t'assister est une offrande à Dieu, n'est pas tenu d'honorer son père ou sa mère.
Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition.
Hypocrites, Ésaïe a bien prophétisé sur vous, quand il a dit :
Ce peuple m'honore des lèvres,
mais son cœur est éloigné de moi.
C'est en vain qu'ils m'honorent,
en enseignant des préceptes qui sont des commandements d'hommes. »

Une autre fois, interrogé par ses disciples sur la tradition, Jésus dit à ses disciples :
« Il ne vous est pas interdit d'obéir à la tradition, mais ne laissez pas la tradition vous détourner de Dieu.
Regardez ceux-ci occupés tout le jour et aussi parfois la nuit à suivre des préceptes.
Ils pensent plaire à Dieu en occupant leur esprit de toutes ces choses matérielles.
Pensez-vous que le Seigneur votre Père est comme un gardien de prison qui vient toutes les heures surveiller les prisonniers ?
Pensez-vous que le Seigneur votre Père qui vous a voulu libres compte chacun de vos gestes et chacune de vos pensées ?
Qui plaît le plus à Dieu, celui qui aura respecté le sabbat ou celui qui aura servi son prochain ?
Et si vous pouvez respecter le sabbat et servir votre prochain, respectez le sabbat.
Et si vous devez choisir, que votre choix soit sans remord.
Les hommes aiment ajouter des règles aux règles, mais ces règles séparent les hommes plutôt qu'elles ne les rassemblent.
Obéissez aux commandement de Dieu et ne vous encombrez pas des commandements des hommes. »


60

29 février Ayant appelé à lui la foule, il lui dit : « Écoutez, et comprenez.
Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de la bouche, c'est ce qui souille l'homme. »
Alors ses disciples s'approchèrent, et lui dirent : «  Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés des paroles qu'ils ont entendues ? »
Il répondit : « Toute plante que n'a pas plantée mon Père céleste sera déracinée.
Laissez-les : ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles ; si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse. »
Pierre, prenant la parole, lui dit : « Explique-nous cette parabole. »
Et Jésus dit : « Vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence ?
Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, puis est jeté dans les lieux secrets ?
Mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et c'est ce qui souille l'homme.
Car c'est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies.
Voilà les choses qui souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille point l'homme. »

Pierre continua d'interroger Jésus : « Est-ce que cela signifie que toutes les règles enseignées par la tradition doivent être abolies ? »
Jésus répondit :  « celui qui a de l'eau près de lui, et en abondance, peut se laver les mains et garder de côté de l'eau pour boire ;
qui aura envie dans ce cas de boire l'eau après qu'il se sera lavé les mains ?
Mais celui qui a peu d'eau ? Que doit-il faire ? Se laver les mains, manger et mourir de soif ?
Il en va de même pour toutes les règles de la tradition ;
et il en ira de même de toutes les règles qui seront édictées en mon nom.
Toute règle qui n'est pas une règle pour la vie doit être abolie.
Toute règle à laquelle le cœur ne consent pas doit être abolie.
Car, le Seigneur vous veut libres et vous aimant les uns et les autres.
Il n'a pas créé de règles pour que vous décidiez qui est juste et qui ne l'est pas.
En vérité je vous le dis, tout ce qui sépare les hommes plutôt que de les rassembler doit être aboli sans tarder ;
car le paradis est loin de ceux qui suivent les règles pour suivre les règles et pointer du doigt ceux qui ne les suivent pas.
Comme ils sont loin de Dieu ceux-là qui sans cœur obéissent à la tradition. »


61

1er mars Jésus, étant parti de là, se retira dans le territoire de Tyr et de Sidon.
Et voici, une femme cananéenne, qui venait de ces contrées, lui cria : « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon. »
Il ne lui répondit pas un mot, et ses disciples s'approchèrent, et lui dirent avec instance : « Renvoie-la, car elle crie derrière nous. »
Il répondit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui, disant : «  Seigneur, secours-moi ! »
Il répondit : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. »
« Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Alors Jésus lui dit : « Femme, ta foi est grande ; qu'il te soit fait comme tu veux. » Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.
Jésus quitta ces lieux, et vint près de la mer de Galilée. Étant monté sur la montagne, il s'y assit.
Alors s'approcha de lui une grande foule, ayant avec elle des boiteux, des aveugles, des muets, des estropiés, et beaucoup d'autres malades. On les mit à ses pieds, et il les guérit ;
en sorte que la foule était dans l'admiration de voir que les muets parlaient, que les estropiés étaient guéris, que les boiteux marchaient, que les aveugles voyaient ; et elle glorifiait le Dieu d'Israël.
Jésus, ayant appelé ses disciples, dit : « Je suis ému de compassion pour cette foule ; car voilà trois jours qu'ils sont près de moi, et ils n'ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur que les forces ne leur manquent en chemin. »
Les disciples lui dirent : « Comment nous procurer dans ce lieu désert assez de pains pour rassasier une si grande foule ? »
Jésus leur demanda : « Combien avez-vous de pains ? »
« Sept, répondirent-ils, et quelques petits poissons. »
Alors il fit asseoir la foule par terre, prit les sept pains et les poissons, et, après avoir rendu grâces, il les rompit et les donna à ses disciples, qui les distribuèrent à la foule.
Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient.
Ceux qui avaient mangé étaient quatre mille hommes, sans les femmes et les enfants.
Ensuite, il renvoya la foule, monta dans la barque, et se rendit dans la contrée de Magadan.

Le soir, les disciples lui demandèrent : « Seigneur, explique-nous, car nous ne comprenons pas. Tu dis à cette femme cananéenne que la prophétie n'est pas pour elle, puis tu guéris sa fille.
Penses-tu nous envoyer à Tyr et à Sidon pour prêcher le Dieu d'Israël ? »
Jésus répondit : « En vérité, je vous le dis, cette femme cananéenne avait plus de foi que beaucoup de fils d'Israël et c'est pourquoi il en a été fait selon sa volonté.
Je suis venu pour les brebis perdues de la maison d'Israël, mais je suis comme ce berger qui, cherchant une de ses brebis égarée dans les collines, trouve tout un troupeau.
Que doit-il faire alors ? Les laisser en proie à tous les dangers ou tenter de les sauver ?
Il les sauvera, bien sûr, et cherchera leur propriétaire.
Alors il trouvera qu'elles n'ont pas de propriétaire ;
ou bien qu'elles en ont plusieurs ;
ou alors que leur propriétaire les délaisse ;
et que c'est pour cela qu'elles se sont perdues et qu'elles errent désormais.
Alors il les gardera avec son troupeau.
Et quand on lui demandera quelles sont ces brebis nouvelles,
il répondra que ce sont ses brebis comme celles de son premier troupeau.
Car, je vous le dis, je ne suis pas venu prêcher le Dieu d'Israël,
mais je suis venu prêcher le Dieu vivant.
Celui-là est le propriétaire de toutes les brebis de la terre entière,
et il les aime également,
celles qu'il garde depuis le premier jour,
comme celles qu'il a trouvées dans la colline ce jour-ci.
Car, je vous le dis : les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. »
Les disciples s'interrogeaient car personne avant lui n'avait jamais parlé comme cela et qu'ils craignaient pour sa vie, sachant que les pharisiens et les scribes voudraient assurément le faire mourir.


62

2 mars Les pharisiens et les sadducéens abordèrent Jésus et, pour l'éprouver, lui demandèrent de leur faire voir un signe venant du ciel.
Jésus leur répondit : « Le soir, vous dites : il fera beau, car le ciel est rouge ; et le matin :
il y aura de l'orage aujourd'hui, car le ciel est d'un rouge sombre. Vous savez discerner l'aspect du ciel, et vous ne pouvez discerner les signes des temps.
Une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d'autre miracle que celui de Jonas. » Puis il les quitta, et s'en alla.
Les disciples, en passant à l'autre bord, avaient oublié de prendre des pains.
Jésus leur dit : « Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et des sadducéens. »
Les disciples raisonnaient en eux-mêmes, et disaient : « C'est parce que nous n'avons pas pris de pains. »
Jésus, l'ayant connu, dit : « Pourquoi raisonnez-vous en vous-mêmes, gens de peu de foi, sur ce que vous n'avez pas pris de pains ?
Êtes-vous encore sans intelligence, et ne vous rappelez-vous plus les cinq pains des cinq mille hommes et combien de paniers vous avez emportés,
ni les sept pains des quatre mille hommes et combien de corbeilles vous avez emportées ?
Comment ne comprenez-vous pas que ce n'est pas au sujet de pains que je vous ai parlé ? Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens. »
Alors ils comprirent que ce n'était pas du levain du pain qu'il avait dit de se garder, mais de l'enseignement des pharisiens et des sadducéens.

Le soir, le plus jeune des disciples demanda au plus ancien de lui apprendre quel était le miracle de Jonas, car son père lui avait à lui aussi enseigné à prédire la pluie ou le vent en observant les oiseaux et les nuages, mais ne lui avait pas enseigné les actes des prophètes.
Le plus ancien des disciples, qui était aussi le plus instruit, lui dit alors : « Au temps jadis, Jonas fut envoyé par Dieu à Ninive, immense cité emplie de païens pour annoncer aux habitants le châtiment de Dieu. Mais Jonas craignait d'être pourchassé et tué par les habitants de Ninive et tenta de s'échapper en prenant un bateau. Et chacun sait que depuis le Déluge, on ne prend pas de bateau pour aller à Ninive. Une forte tempête se déclencha alors, si bien que les passagers tirèrent au sort, selon une coutume païenne, qui devait être jeté à la mer pour apaiser les flots. Le sort désigna Jonas et il fut ainsi passé par dessus bord. Tous les passagers du bateau virent alors un énorme poisson avaler Jonas qui disparut avec lui dans les abysses.
Seul Dieu sait ce qui est arrivé à Jonas pendant trois jours et trois nuits, mais, après trois jours et trois nuits, le poisson régurgita Jonas, bien vivant.
Alors, la mort dans l'âme, Jonas se rendit à Ninive pour annoncer le châtiment de Dieu. Mais, quelle ne fut pas sa surprise en arrivant dans la ville d'être accueilli par une liesse et tous les habitants, du vieillard le plus âgé au tout petit enfant, se repentaient et louaient le Seigneur de leur avoir envoyé un aussi grand prophète.
Soulagé de ne pas être supplicié, Jonas s'installa sous un arbre, sur une colline à l'écart de la ville, et attendit que le Seigneur détruisît celle-ci.
Mais, le Seigneur accorda le pardon à Ninive convertie et Jonas dépité resta sous son arbre. »
Quand le disciple le plus âgé eut terminé l'histoire de Jonas, le plus jeune s'était endormi.


63

3 mars Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : « Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l'homme ? »
Ils répondirent : « Les uns disent que tu es Jean-Baptiste ; les autres, Élie ; les autres, Jérémie, ou l'un des prophètes. »
« Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? »
Simon Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Jésus, reprenant la parole, lui dit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux.
Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle.
Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. »
Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ.
Dès lors Jésus commença à faire connaître à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il souffrît beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât le troisième jour.
Pierre, l'ayant pris à part, se mit à le reprendre, et dit : « À Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas. »
Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre : « Arrière de moi, Satan ! tu m'es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive.
Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera.
Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s'il perdait son âme ? ou, que donnerait un homme en échange de son âme ?
Car le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges ; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.
Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venir dans son règne. »

Un soir, Jésus et Pierre marchaient le long de la rivière se rappelant la foule qui, comme chaque jour, s'était pressée pour voir Jésus, le toucher ou toucher son manteau, pour demander et obtenir la guérison.
Simon dit Pierre lui demanda : « Pourquoi m'as-tu choisi moi ?
Je ne suis pas le plus instruit des douze. Je connais mal les Écritures et souvent tu me rabroues parce que je n'ai pas compris tes paroles. »
Jésus répondit à Pierre : « Tu m'as choisi autant que je t'ai choisi et tu as été choisi autant que tu as choisi. Tu n'es pas ce que tu crois être et il en est ainsi de tous les hommes. qui se réveillera un jour en se disant qu'il doit accomplir la volonté de Dieu ? Et pourtant, chaque jour, nombreux sont ceux qui se lèvent et qui accomplissent la volonté du Seigneur... Et tu es l'un de ceux-là. »
Pierre réfléchissait et demanda encore à Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu, comme le disent beaucoup et comme je le crois, tu es donc immortel. Mais, si tu es immortel, pourquoi dois-tu mourir et ressusciter le troisième jour ? »
Jésus répondit : « Tu touches du doigt le mystère et ce mystère est le mystère de la vie. C'est par amour pour vous que le Père m'a envoyé et qu'il m'a fait homme parmi les hommes. Comme tu me vois, je suis, avec toi ce soir qui marche le long de la rivière. Et je suis comme tu me verras demain, à guérir les foules. Mais je suis aussi là pour vaincre la mort.
Que craignent plus les hommes sur la terre que la mort ? Ils pensent ne rien craindre davantage. Et pourtant, je te le dis, ils craignent de nombreuses choses qui les tiennent éveillés dans la nuit.
Car, l'homme est pétri de craintes et toute sa vie est construite sur la crainte.
Je suis venu enlever la crainte de la vie de l'homme et celui qui me suivra ne craindra plus. »
Pierre réfléchissait encore.
Après un long moment il demanda : « Mais, Seigneur, on nous a enseigné à craindre le Seigneur Notre Père. Et comment craindrais-je le Seigneur si je ne crains plus. »
Jésus répondit : « Le Père n'est pas comme un dieu païen dont il faudrait craindre la colère et qu'il faudrait apaiser en faisant des sacrifices. Et quel autre sacrifice pourrait lui agréer lui qui a offert son propre fils en sacrifice pour les hommes des siècles des siècles ? »

64

4 mars Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière.
Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec lui.
Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! »
Lorsqu'ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent sur leur face, et furent saisis d'une grande frayeur.
Mais Jésus, s'approchant, les toucha, et dit : « Levez-vous, n'ayez pas peur ! »
Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul.
Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. »
Les disciples lui firent cette question : « Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'Élie doit venir premièrement ? »
Il répondit : « Il est vrai qu'Élie doit venir, et rétablir toutes choses.
Mais je vous dis qu'Élie est déjà venu, qu'ils ne l'ont pas reconnu, et qu'ils l'ont traité comme ils ont voulu. De même le Fils de l'homme souffrira de leur part. »
Les disciples comprirent alors qu'il leur parlait de Jean-Baptiste.

Les disciples demandèrent alors à Jésus  : « Pourquoi a-t-on fait périr Élie attendu depuis tant de siècles ?
Et pourquoi dis-tu que l'on te fera périr aussi, toi qui es le Fils bien-aimé   »
Jésus répondit : « Vous commettez une erreur que beaucoup d'entre-vous commettront après vous.
Jean-Baptiste est un grand prophète et le plus grand parmi les prophètes.
Il viendra d'autres prophètes après lui et tous mourront et connaîtront le Royaume.
Mais ni Jean-Baptiste, ni les autres prophètes ne ressusciteront avant le dernier jour.
Le Fils de l'homme quant à lui n'est pas un prophète.
Si le Seigneur a choisi de me faire venir dans le même temps que Jean-Baptiste, ce n'est pas pour que vous nous confondiez, mais pour que vous compreniez que la prophétie est en train de s'accomplir.
Laissez passer encore quelques jours et elle sera accomplie.
De la même façon que vous ne confondrez pas le Fils de l'homme et les prophètes,
vous ne devrez pas confondre la résurrection et les miracles.
Car, je vous le dis en vérité, la résurrection n'est pas un miracle, mais la manifestation de la vie éternelle qui a vaincu la mort. »
Mais, les disciples posèrent de nouveau leur question.
Jésus répondit : « Tout le jour vous voyez des malades et tout le jour vous entendez les lamentations pour les morts.
Pensez-vous que tous ces pleurs sont versés en vain ?
Le Seigneur vous a voulus libres et vous êtes libres encore de combattre le mal ou de vous y soumettre et c'est aussi à travers moi que votre liberté s'accomplit. »


65

5 mars Lorsqu'ils furent arrivés près de la foule, un homme vint se jeter à genoux devant Jésus, et dit :
« Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique, et qui souffre cruellement ; il tombe souvent dans le feu, et souvent dans l'eau.
Je l'ai amené à tes disciples, et ils n'ont pas pu le guérir. »
« Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous ? jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi ici. »
Jésus parla sévèrement au démon, qui sortit de lui, et l'enfant fut guéri à l'heure même.
Alors les disciples s'approchèrent de Jésus, et lui dirent en particulier : « Pourquoi n'avons-nous pu chasser ce démon ? »
« C'est à cause de votre incrédulité, leur dit Jésus. Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle se transporterait ; rien ne vous serait impossible.
Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. »
Pendant qu'ils parcouraient la Galilée, Jésus leur dit : «  Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains des hommes ; ils le feront mourir, et le troisième jour il ressuscitera. »
Ils furent profondément attristés.
Lorsqu'ils arrivèrent à Capharnaüm, ceux qui percevaient les deux drachmes s'adressèrent à Pierre, et lui dirent : « Votre maître ne paie-t-il pas les deux drachmes ? »
Oui, dit-il. Et quand il fut entré dans la maison, Jésus le prévint, et dit : « Que t'en semble, Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils des tributs ou des impôts ? de leurs fils, ou des étrangers ? »
Il lui dit : « Des étrangers. » Et Jésus lui répondit : « Les fils en sont donc exempts.
Mais, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l'hameçon, et tire le premier poisson qui viendra ; ouvre-lui la bouche, et tu trouveras un statère. Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi. »

Pierre, qui était d'une famille de pêcheur et pêcheur lui-même, se rendit sans tarder à la mer et ne fut pas long à pêcher un poisson. Il lui ouvrit la bouche et trouva un statère qu'il alla porter sans plus tarder au collecteur d'impôts.
Il rentra et fit rapport à Jésus de tout cela.
Jésus lui dit : « Tu as bien fait et pourtant tu n'as pas bien fait.
Tu as bien fait, car tu m'as obéi et tu as payé pour moi et pour toi le prix avec le statère que tu as trouvé dans la bouche du poisson.
Cependant, crois-tu que je suis un magicien qui n'a d'autre but que de faire apparaître ou disparaître des pièces de monnaie ?
Cherche ce que j'ai voulu te dire et ce qu'à travers toi j'ai voulu dire aux hommes. »
Le soir, Pierre retrouva les disciples et leur raconta toute l'histoire, qui cherchèrent avec lui.
L'un d'eux cherchait à savoir de quel poisson il s'agissait, s'il était grand ou petit et quelle était sa couleur.
L'autre se demandait combien de temps le statère avait pu demeurer dans le ventre du poisson.
Enfin, le plus jeune s'écria : « Le statère, c'est Jonas, qui est resté trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson ! La conversion de Ninive est proche, mais, désormais, il s'agit de Jérusalem. »
Le lendemain matin, il demanda à Jésus s'il avait bien compris.
Jésus leur dit : « Vous vous êtes laissés aveugler par le statère, car, vous vous laissez aveugler par l'argent et les règles des hommes.
Mais le Fils de l'homme n'obéit pas aux règles des hommes.
Pierre, ne t'ai-je pas dit que je te ferai pêcheur d'homme si tu me suivais ?
Le poisson, c'est l'incroyant, que tu as pêché, et le pêchant, l'ayant converti, tu as pu payer le tribut au Père.
Car, je vous le dis, il n'y a pas d'autre impôt à rendre au Seigneur que celui de la foi.
Réfléchissez et croyez. »

66

6 mars En ce moment, les disciples s'approchèrent de Jésus, et dirent : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? »
Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d'eux,
et dit : « Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux.
C'est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux.
Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même.
Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu'on le jetât au fond de la mer.
Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu'il arrive des scandales ; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive !
Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie boiteux ou manchot, que d'avoir deux pieds ou deux mains et d'être jeté dans le feu éternel.
Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie, n'ayant qu'un œil, que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans le feu de la géhenne.
Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux.
Car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu.
Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis, et que l'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s'est égarée ?
Et, s'il la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées.
De même, ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits.
Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère.
Mais, s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins.
S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Église ; et s'il refuse aussi d'écouter l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain.
Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.
Je vous dis encore que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux.
Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. »

Tout le jour, les disciples discutèrent entre eux des paroles qu'ils avaient entendues. Tous n'étaient pas d'accord sur ce qu'il fallait en penser.
Le soir, ils demandèrent à Jésus quels étaient les scandales et les occasions de chute qu'il fallait éviter.
Jésus répondit : « Nombreux sont les scandales qui sont arrivés et qui arriveront. Et ils arriveront parce que les hommes sont pécheurs.
Cherchez en vous mêmes ce que sont ces scandales et détournez-vous en.
Mais, on cherchera aussi à vous tromper en vous désignant des scandales qui seront des scandales pour les hommes, mais qui ne seront pas des scandales pour Dieu.
Je vous le dis : il faudrait mieux pour ceux qui inventent de faux scandales qu'ils ne soient jamais nés.
Quel est le principal scandale ?
Si vous refusez d'aimer votre prochain, vous êtes sources de scandale.
Et si vous punissez quelqu'un qui a agi par amour pour son prochain, vous serez jetés dans le feu de la géhenne.
Et vous vous demandez si tout amour plaît à Dieu.
En vérité, je vous le dis, Dieu agrée tout amour sincère prodigué à son prochain.
Gardez-vous de mépriser et même de critiquer un seul de ces amours, car, votre critique et votre mépris vous conduiront en enfer.
Qui êtes-vous pour juger de qui il faut aimer et de qui il ne faudrait ne pas aimer ?
Qui êtes-vous pour instaurer des règles là où le Seigneur n'a pas donné de règles ?
Qui êtes-vous pour déterminer ce que serait la morale ?
Qui êtes vous pour dire ce qui est juste et ce qui est injuste ?
Je suis venu vous apporter une nouvelle alliance avec le Seigneur, qui abolit les supplices et toutes les tortures.
Le commandement de ne pas tuer est plus fort que tous les commandements.
Et le commandement de ne pas juger est plus fort encore que le commandement de ne pas tuer.
Car, les hommes tuent par jugement.
Ainsi, je vous le dis, si vous vous éloignez du chemin de l'amour, vous vous perdrez sur des sentiers escarpés et vous chuterez dans l'abîme. »
Les disciples discutèrent entre eux encore longtemps, pensant que ce commandement simple était plus difficile à suivre que tous les commandements précédents. Ils se demandaient comment il était possible de ne pas juger son prochain et demandaient au Seigneur de l'aide par la prière.
Et Jésus était au milieu d'eux.


67

7 mars Alors Pierre s'approcha de lui, et dit : « Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu'à sept fois ? »
Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois.
C'est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs.
Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents.
Comme il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, et que la dette fût acquittée.
Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit : « Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. »
Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette.
Après qu'il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l'étranglait, en disant : « Paie ce que tu me dois. »
Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant : «  Aie patience envers moi, et je te paierai. »
Mais l'autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu'à ce qu'il eût payé ce qu'il devait.
Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s'était passé.
Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit : « Méchant serviteur, je t'avais remis en entier ta dette, parce que tu m'en avais supplié ;
ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi ? »
Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il eût payé tout ce qu'il devait.
C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur. »

Jésus se retira et les disciples parlèrent entre eux.
Pierre, qui avait auparavant interrogé Jésus dit aux autres disciples : « J'ai beau chercher au plus profond de mon cœur, je ne crois pas pouvoir accéder au pardon plein et entier que le Seigneur me demande.
Je crois pardonner et je crois même pardonner de tout mon cœur et, malgré tout, il reste de la rancœur et du regret.
Et je pardonne encore et il y a encore dans mon cœur de la rancœur et du regret.
Et jusqu'à septante sept fois et plus encore.
Quand je me présenterai devant le Père, que pourrai-je dire pour ma défense ? »
Et aucun des disciples n'avait de réponse à cette interrogation.
Jésus revint parmi eux et lut dans leur cœur et comprit leur contrariété.
Il leur dit : « Ne vous tourmentez point ainsi comme si votre Père n'avait aucun amour ni aucune compassion pour vous.
Pierre, tu as raison et tu as tort.
Tu as raison de considérer que le pardon que tu prodigues n'est pas entier, car seul le Seigneur peut pardonner par l'Esprit.
Mais tu as tort, car comment peux-tu penser que le Seigneur n'a pour toi aucune miséricorde et qu'il te poursuivra sans pardon ?
Comprenez la parabole du maître et du serviteur : seul le maître peut remettre en entier la dette du serviteur et le reproche qu'il lui fait n'est pas celui de n'avoir su remettre la dette mais de n'avoir pas même tenté.
Ainsi, si vous pardonnez à votre prochain de tout votre cœur et que vous demandez grâce de ce qui reste en vous de la dette que vous ne parvenez pas à remettre, alors, je vous le dis, le Seigneur dans sa miséricorde saura vous reconnaître et remettra votre dette en entier. »


68

8 mars Lorsque Jésus eut achevé ces discours, il quitta la Galilée, et alla dans le territoire de la Judée, au delà du Jourdain.
Une grande foule le suivit, et là il guérit les malades.
Les pharisiens l'abordèrent, et dirent, pour l'éprouver : « Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour un motif quelconque ? »
Il répondit : « N'avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l'homme et la femme
et qu'il dit : C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair ?
Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. »
« Pourquoi donc, lui dirent-ils, Moïse a-t-il prescrit de donner à la femme une lettre de divorce et de la répudier ? »
Il leur répondit : « C'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; au commencement, il n'en était pas ainsi.
Mais je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour infidélité, et qui en épouse une autre, commet un adultère. »
Ses disciples lui dirent : « Si telle est la condition de l'homme à l'égard de la femme, il n'est pas avantageux de se marier. »
Il leur répondit : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné.
Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. »
Alors on lui amena des petits enfants, afin qu'il leur imposât les mains et priât pour eux. Mais les disciples les repoussèrent.
Et Jésus dit : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. »
Il leur imposa les mains, et il partit de là.

Le soir, Jésus rassembla ses disciples et leur dit : « Ne soyez pas comme les pharisiens qui accordent tant d'importance au mariage. Et pourquoi instituent-ils le mariage sinon pour fixer les règles du divorce ?
Je leur dis de ne pas répudier leur femme,
et je leur dis aussi de les aimer.
Pensent-ils que leur femme est comme une brebis qu'ils peuvent vendre sur le marché ?
De même, ils veulent des fils et négligent leurs filles.
Je vous le dis, les filles ne valent pas moins que les garçons et les garçons que les filles.
Ainsi, prêchez qu'il est préférable aux yeux du Seigneur votre Père d'aimer que de ne pas aimer.
Quant aux eunuques, il s'agit d'une parabole.
Il y a et il y aura de tout temps des hommes qui ne seront pas promis au mariage et n'y trouveront aucun goût.
Faudra-t-il les rejeter parce qu'ils n'ont pas de fils ?
Ceux-là, je vous le dis, sont aussi proches du Royaume que vous pouvez l'être.
Ne vous occupez pas de ce qui se passe dans la couche des hommes et des femmes.
Soyez comme ces enfants qui jouent nus au soleil sans y voir de malice.
Et ne jugez point celles et ceux qui s'aiment,
car aux yeux du Seigneur, rien n'est préférable à l'amour,
même le mariage n'est pas préférable à l'amour,
même la procréation n'est pas préférable à l'amour.
Et je vous le dis, ces commandements seront cachés par les scribes,
car ils préfèrent régler la vie des hommes que de se tourner vers le Seigneur. »


69

9 mars Et voici, un homme s'approcha, et dit à Jésus : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? »
Il lui répondit : « Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon ? Un seul est le bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. »
« Lesquels ? » lui dit-il.
Et Jésus répondit : « Tu ne tueras point ; tu ne commettras point d'adultère ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère ; et tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Le jeune homme lui dit : « J'ai observé toutes ces choses ; que me manque-t-il encore ? »
Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. »
Après avoir entendu ces paroles, le jeune homme s'en alla tout triste ; car il avait de grands biens.
Jésus dit à ses disciples : « Je vous le dis en vérité, un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux.
Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. »
Les disciples, ayant entendu cela, furent très étonnés, et dirent : « Qui peut donc être sauvé ? »
Jésus les regarda, et leur dit : « Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible. »
Pierre, prenant alors la parole, lui dit : « Voici, nous avons tout quitté, et nous t'avons suivi ; qu'en sera-t-il pour nous ? »
Jésus leur répondit : « Je vous le dis en vérité, quand le Fils de l'homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur le trône de sa gloire, vous qui m'avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël.
Et quiconque aura quitté, à cause de mon nom, ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, ou ses maisons, recevra le centuple, et héritera la vie éternelle.
Plusieurs des premiers seront les derniers, et plusieurs des derniers seront les premiers. »

Mais, la question du salut continuait de tourmenter les disciples.
À quoi bon, pensaient-ils, prêcher le salut s'il est si difficile de l'obtenir.
Pierre interrogea Jésus une nouvelle fois : « Dis-nous Seigneur combien d'hommes seront sauvés et combien seront jetés dans la géhenne ? »
Jésus répondit : « Êtes-vous comme des enfants qui espérez une récompense ?
Cessez de penser que le salut ressemble aux tractations entre les hommes quand il est de source divine.
Les commandements sont un chemin et si vous obéissez au Seigneur, ce n'est pas pour obtenir le salut en récompense mais seulement pour trouver la voie de la vie éternelle.
Peut-être que le jeune homme riche de ce matin sera sauvé et peut-être ne le sera-t-il pas.
Je ne lui ai pas dit que le salut lui serait refusé mais qu'il serait plus difficile pour lui, alourdi par ses biens, et aussi par la défense de ses biens, et encore par leur prospérité, d'atteindre la vie éternelle.
Mais rien ne dit qu'il ne saura pas sauvé.
Regardez ce cultivateur.
Il prend soin de sa semence, écarte patiemment les mauvaises herbes et tout ce qui peut venir détruire le blé.
Chaque jour il nettoie son champ et repousse les animaux sauvages.
Sa moisson sera grande.
Mais, tout aussi bien, un orage subi viendra détruire sa moisson et réduire à néant des mois de labeur.
Pensez-vous qu'il a été récompensé dans le premier cas et, dans le second, qu'il a été puni d'une faute insoupçonnée ?
Pensez-vous que le monde vous appartient qu'il agisse en fonction de vos actes ?
Et pensez-vous que le Seigneur est un méchant qui vient détruire les efforts des hommes ?
Soyez comme le cultivateur patient qui sème de nouveau quand l'orage a détruit ses pousses de blé.
Ne vous éloignez pas des commandements quand la vie se fait difficile car, je vous le dis, le premier péché est celui de la désespérance.

70

10 mars Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne.
Il convint avec eux d'un denier par jour, et il les envoya à sa vigne.
Il sortit vers la troisième heure, et il en vit d'autres qui étaient sur la place sans rien faire.
Il leur dit : « Allez aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera raisonnable. »
Et ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers la sixième heure et vers la neuvième, et il fit de même.
Étant sorti vers la onzième heure, il en trouva d'autres qui étaient sur la place, et il leur dit : « Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? »
Ils lui répondirent : « C'est que personne ne nous a loués. Allez aussi à ma vigne, leur dit-il. »
Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers. »
Ceux de la onzième heure vinrent, et reçurent chacun un denier.
Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage ; mais ils reçurent aussi chacun un denier.
En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison,
et dirent : « Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons supporté la fatigue du jour et la chaleur. »
Il répondit à l'un d'eux : « Mon ami, je ne te fais pas tort ; n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier ?
Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi.
Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ?
Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. »

Les disciples interrogèrent alors Jésus :
« Veux-tu dire Seigneur que la justice de Dieu n'est pas celle des hommes et faut-il alors aussi comprendre que la justice des hommes n'est pas celle de Dieu ? »
Jésus répondit : « La justice des hommes est pour les hommes et faite par les hommes. Elles invente des règles et s'accommode des règles.
La justice de Dieu est d'une autre nature et d'une nature telle que vous ne la nommerez pas justice.
Vous avez entendu comment le maître répond aux ouvriers de la première heure !
Sur aucune place d'aucun village aucun homme n'appellerait cela justice et pourtant, c'est juste pour Dieu d'être bon.
Ainsi, quand vous voulez rendre la justice, soyez bon et rappelez-vous la parabole.
Ne rendez pas à l'ouvrier de la dernière heure une justice conçue pour l'ouvrier de la première heure.
Car la justice de Dieu est semblable à celle d'un homme riche qui rencontre un homme pauvre dans la rue qui mendie pour manger.
L'homme apitoyé lui donne de quoi manger et aussi de quoi acheter une maison, un champ et louer des ouvrier.
Mais l'homme est accompagné de ses enfants qui lui disent : Père, tu es trop généreux. Que nous restera-t-il encore ?
Et l'homme sans répondre continue de marcher et rencontre encore un mendiant à qui il donne de quoi manger, acheter une maison, un champ et louer des ouvriers.
Ses enfants lui disent : il ne nous restera donc plus rien ?
Et l'homme ne répond pas et rentre chez lui et ses enfants remarquent qu'il y a toujours autant d'argent dans la maison de leur père. »


71
11 mars Pendant que Jésus montait à Jérusalem, il prit à part les douze disciples, et il leur dit en chemin :
« Voici, nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort,
et ils le livreront aux païens, pour qu'ils se moquent de lui, le battent de verges, et le crucifient ; et le troisième jour il ressuscitera. »
Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de Jésus avec ses fils, et se prosterna, pour lui faire une demande.
Il lui dit : « Que veux-tu ? Ordonne, lui dit-elle, que mes deux fils, que voici, soient assis, dans ton royaume, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche. »
Jésus répondit : « Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire ? » Nous le pouvons, dirent-ils.
Et il leur répondit : « Il est vrai que vous boirez ma coupe ; mais pour ce qui est d'être assis à ma droite et à ma gauche, cela ne dépend pas de moi, et ne sera donné qu'à ceux à qui mon Père l'a réservé. »
Les dix, ayant entendu cela, furent indignés contre les deux frères.
Jésus les appela, et dit : « Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent.
Il n'en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur ;
et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave.
C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »
Lorsqu'ils sortirent de Jéricho, une grande foule suivit Jésus.
Et voici, deux aveugles, assis au bord du chemin, entendirent que Jésus passait, et crièrent : « Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David ! »
La foule les reprenait, pour les faire taire ; mais ils crièrent plus fort : « Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David ! »
Jésus s'arrêta, les appela, et dit : « Que voulez-vous que je vous fasse ? »
Ils lui dirent : « Seigneur, que nos yeux s'ouvrent. »
Ému de compassion, Jésus toucha leurs yeux ; et aussitôt ils recouvrèrent la vue, et le suivirent.

Plus tard, Jésus leur dit encore : « Méfiez-vous du sentiment de puissance.
Aujourd'hui, vous êtes avec moi, vous me suivez.
Et vous êtes les premiers des foules qui me suivent.
Demain, je ne serai plus là et qui suivrez-vous alors ?
Je ne suis pas un chef de bande et quand je commande, c'est par le Seigneur que je le fais.
Pensez-vous que vous valez mieux que le dernier des aveugles parce que je vous ai choisis ?
Et pensez-vous encore que vous valez mieux que vos sœurs, vos mères, vos filles et vos épouses ?
Pourquoi, engeance mauvaise, avez-vous toujours besoin de vous choisir des chefs et de vous battre pour cela ?
Le Seigneur, je vous le dis, vous a fait égaux et semblables.
L'un est plus grand, l'autre est plus fort.
Celui-là est en pleine santé et celui-là encore est malade.
Celui-là voit clair quand son voisin a été rendu aveugle par le démon.
Celui-là est un homme et celle-là une femme.
Qui vous dit que l'homme doit être supérieur à la femme ?
Ce n'est pas ce qu'ont dit les prophètes. »
Les disciples se pressaient les uns contre les autres apeurés, car, par devers eux, ils avaient déjà commencé à se choisir des chefs et les fils de Zébédée se tenaient toujours au plus près de Jésus.
Mais, Jésus leur dit encore : « Rappelez-vous les aveugles : la foule ne voulait pas les laisser approcher.
Et pourtant, ils n'avaient pas moins le droit de venir que tous les autres.
Et ils criaient leur foi dans le Fils de David.
Et leur foi les a sauvés.
Mais beaucoup de ceux de la foule n'ont pas été guéris, car leur incrédulité les en a empêchés.
Ils sont venus voir passer un mage et ses disciples ;
leur motif n'était que curiosité ;
le lendemain, ils sortiront encore pour voir un autre mage dans l'espoir d'assister à un miracle ;
et de pouvoir le raconter à la maisonnée ;
Mais, eux qui voyaient n'ont pas cru, quand les aveugles ont cru. »


72

12 mars Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, et qu'ils furent arrivés à Bethphagé, vers la montagne des oliviers, Jésus envoya deux disciples,
en leur disant : « Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée, et un ânon avec elle ; détachez-les, et amenez-les-moi.
Si quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il les laissera aller. »
Or, ceci arriva afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète :
Dites à la fille de Sion :
Voici, ton roi vient à toi,
plein de douceur, et monté sur un âne,
sur un ânon, le petit d'une ânesse.
Les disciples allèrent, et firent ce que Jésus leur avait ordonné.
Ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements, et le firent asseoir dessus.
La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin ; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route.
Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts ! »

Le soir, les disciples interrogèrent Jésus et lui dirent : « Vois comment le peuple de Jérusalem t'a accueilli et vois comment il t'aime.
Comment pourrait-il donc te faire périr ? »
Jésus répondit : « Demeurez loin de moi, vous qui ne voulez pas croire !
Serait-ce la première fois que le peuple abandonne et fait périr ce qu'il a adoré ?
N'est-ce pas le même peuple qui a fait périr Jean, qu'il suivait pourtant jusqu'au désert ?
En vérité, je vous le dis, ceux-là même qui criaient leur joie déchireront le jour venu mes habits. »
Mais les disciples ne voulaient pas s'attrister en ce jour de fête.
Alors Jésus leur dit : « En cela, vous avez raison.
Chaque jour succède à chaque jour ;
et la liesse d'aujourd'hui est la liesse d'aujourd'hui
qui ne connaît pas la peine d'hier
et ne connaît pas la peine de demain.
Allez ramasser quelques-unes des branches que la foule a jetées sous les pas de l'ânesse et de l'ânon,
car ces branches sont bénies. »
Et les disciples firent comme Jésus l'avait commandé.


73

13 mars Lorsqu'il entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, et l'on disait : « Qui est celui-ci ? »
La foule répondait : « C'est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée. »
Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple ; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons.
Et il leur dit : « Il est écrit : ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. »
Des aveugles et des boiteux s'approchèrent de lui dans le temple. Et il les guérit.
Mais les principaux sacrificateurs et les scribes furent indignés, à la vue des choses merveilleuses qu'il avait faites, et des enfants qui criaient dans le temple : « Hosanna au Fils de David ! »
Ils lui dirent : « Entends-tu ce qu'ils disent ? » « Oui, leur répondit Jésus. N'avez-vous jamais lu ces paroles : Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle ? »
Et, les ayant laissés, il sortit de la ville pour aller à Béthanie, où il passa la nuit.
Le matin, en retournant à la ville, il eut faim.
Voyant un figuier sur le chemin, il s'en approcha ; mais il n'y trouva que des feuilles, et il lui dit : « Que jamais fruit ne naisse de toi ! » Et à l'instant le figuier sécha.
Les disciples, qui virent cela, furent étonnés, et dirent : « Comment ce figuier est-il devenu sec en un instant ?  »
Jésus leur répondit : « Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi et que vous ne doutiez point, non seulement vous feriez ce qui a été fait à ce figuier, mais quand vous diriez à cette montagne : ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, cela se ferait.
Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez. »

Revenus sur la montagne des oliviers, les disciples demandèrent à Jésus pourquoi il avait chassé les marchands du temple.
Marc, qui était le plus jeune d'entre eux, dit à Jésus : « Les marchands faisaient-ils quelque chose de mal ?
Ne vendaient-ils pas des pigeons pour les sacrifier en offrande au Seigneur ?
Et les changeurs n'étaient-ils pas présents pour rendre service aux croyants ? »
Jésus répondit : « Le Seigneur ne demande pas d'offrandes.
Ou bien alors, que vos actes et votre prière soient cette offrande.
Car, vous êtes pour le Seigneur comme de tout petits enfants.
A-t-on vu un père demander aux nourrissons de payer leur nourriture ?
N'avez-vous pas remarqué la patience des parents quand leur petit enfant ne veut pas manger ;
et leur inquiétude quand il est malade ?
Le commerce est le fait des hommes et Dieu n'a rien à voir avec le commerce.
Il ne vend pas d'indulgences.
Il ne monnaye pas le pardon.
Il ne rachète pas les fautes.
Le seul don qui lui agrée est celui de votre prière et votre prière vous sera rendue sans compter.
Je sais qu'à travers les siècles, ces commandements seront oubliés, car les hommes chérissent le commerce et les échanges qu'ils considèrent justes.
Cependant, pour le Seigneur, le seul échange licite est le don sans retour. »


74

14 mars Jésus se rendit dans le temple, et, pendant qu'il enseignait, les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple vinrent lui dire : « Par quelle autorité fais-tu ces choses, et qui t'a donné cette autorité ? »
Jésus leur répondit : « Je vous adresserai aussi une question ; et, si vous m'y répondez, je vous dirai par quelle autorité je fais ces choses. Le baptême de Jean, d'où venait-il ? du ciel, ou des hommes ? »
Mais ils raisonnèrent ainsi entre eux : « Si nous répondons : "du ciel", il nous dira : Pourquoi donc n'avez-vous pas cru en lui ?
Et si nous répondons : "des hommes", nous avons à craindre la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. »
Alors ils répondirent à Jésus : « Nous ne savons. »
Et il leur dit à son tour : « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais ces choses.
Que vous en semble ? Un homme avait deux fils ; et, s'adressant au premier, il dit : Mon enfant, va travailler aujourd'hui dans ma vigne.
Il répondit : "Je ne veux pas". Ensuite, il se repentit, et il alla.
S'adressant à l'autre, il dit la même chose. Et ce fils répondit : "Je veux bien, seigneur". Et il n'alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? »
Ils répondirent : « Le premier. » Et Jésus leur dit : « Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu.
Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui. Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui ; et vous, qui avez vu cela, vous ne vous êtes pas ensuite repentis pour croire en lui. »

« C'est encore celui-ci qui barre l'entrée du temple à celui-là au motif qu'il n'a pas rempli toutes ses obligations rituelles.
Le réprouvé s'assoit alors à la porte du temple et attend tout le jour en faisant l'aumône aux pauvres.
Et il reste encore la nuit à la porte du temple et partage son manteau.
Le premier, qui est fort riche, satisfait de lui-même, sort du temple sans prêter attention aux pauvres qui affluent.
Dans sa demeure, il prend bien soin d'accomplir tous les rituels et s'endort.
Dans la nuit, il est pris de malaise et appelle au secours.
Il se dirige vers le temple pour multiplier les offrandes.
Mais il ne peut entrer et demeure à la porte.
Et les pauvres partagent leurs haillons avec lui.
De tous ceux-là, ajouta Jésus, lesquels pensez-vous seront sauvés à la fin des temps ? »
Les scribes écoutaient les enseignements de Jésus et cherchaient un moyen de le faire mourir.
Mais, ils se disaient aussi que la mort de Jean n'avait pas éteint la ferveur populaire
et que la mise à mort de Jésus pourrait allumer un incendie qui ne s'éteindrait pas aisément.
Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit :
« Vous craignez la colère des hommes, mais, ce n'est pas leur colère que vous devez craindre, mais leur foi.
Car, l'incendie que provoquera ma mise à mort ne s'éteindra pas de mémoire d'homme ;
car ce sera l'incendie de l'amour du Créateur pour sa créature.


75

15 mars « Écoutez une autre parabole. Il y avait un homme, maître de maison, qui planta une vigne. Il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, et bâtit une tour ; puis il l'afferma à des vignerons, et quitta le pays.
Lorsque le temps de la récolte fut arrivé, il envoya ses serviteurs vers les vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne.
Les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent le troisième.
Il envoya encore d'autres serviteurs, en plus grand nombre que les premiers ; et les vignerons les traitèrent de la même manière.
Enfin, il envoya vers eux son fils, en disant : Ils auront du respect pour mon fils.
Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : "voici l'héritier ; venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage."
Et ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent.
Maintenant, lorsque le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »
Ils lui répondirent : « Il fera périr misérablement ces misérables, et il affermera la vigne à d'autres vignerons, qui lui en donneront le produit au temps de la récolte. »
Jésus leur dit : « N'avez-vous jamais lu dans les Écritures :
La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient
est devenue la principale de l'angle ;
c'est du Seigneur que cela est venu,
et c'est un prodige à nos yeux ?
C'est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits.
Celui qui tombera sur cette pierre s'y brisera, et celui sur qui elle tombera sera écrasé. »
Après avoir entendu ses paraboles, les principaux sacrificateurs et les pharisiens comprirent que c'était d'eux que Jésus parlait,
et ils cherchaient à se saisir de lui ; mais ils craignaient la foule, parce qu'elle le tenait pour un prophète.

Les disciples demandèrent à Jésus si ces paraboles ne s'adressaient qu'aux pharisiens et aux sacrificateurs de Jérusalem.
Jésus répondit : « Je vous l'ai déjà dit, il n'y a pas de terre promise, car, toute la terre est promise.
Mais il n'y a pas de terre maudite et bannie, car le Seigneur a créé toute la terre et ne sépare pas ce qu'il a créé uni.
En vérité, je vous le dis, Abraham a tenté de sauver Sodome. C'est donc que Sodome aurait pu être sauvée.
Aujourd'hui, je m'adresse aux scribes qui sont à Jérusalem, car, c'est à Jérusalem que doit s'accomplir la prophétie.
Demain, je m'adresserai aux scribes des autres villes.
Et pour les siècles des siècles, je m'adresserai aux scribes de toutes les villes et de tous les temps.
Car, il y aura ceux qui se déclareront propriétaires de la foi.
Mais, la foi n'a pas de propriétaire.
Car, il y aura ceux qui se déclareront propriétaires du temple.
Mais, la Maison de mon Père n'a pas de propriétaire.
Car, il y aura ceux qui se déclareront propriétaires des Écritures et de l'interprétation des Écritures.
Mais, je vous le dis, la foi n'a que faire des Écritures et n'a pas besoin d'interprétation.
Car, il y aura ceux qui se déclareront propriétaires de la prière.
Mais, la prière n'a pas de propriétaire.
Tous ceux qui seront rejetés trouveront place dans le royaume de Dieu, car Dieu ne veut pas que l'on rejette sa création.
Tous ceux qui seront méprisés trouveront place dans le royaume de Dieu, car Dieu ne veut pas que l'on méprise sa création. »


76

16 mars Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en paraboles, et il dit :
« Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils.
Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui étaient invités aux noces ; mais ils ne voulurent pas venir.
Il envoya encore d'autres serviteurs, en disant : « Dites aux conviés : voici, j'ai préparé mon festin ; mes bœufs et mes bêtes grasses sont tués, tout est prêt, venez aux noces. »
Mais, sans s'inquiéter de l'invitation, ils s'en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son trafic ;
et les autres se saisirent des serviteurs, les outragèrent et les tuèrent.
Le roi fut irrité ; il envoya ses troupes, fit périr ces meurtriers, et brûla leur ville.
Alors il dit à ses serviteurs : « Les noces sont prêtes ; mais les conviés n'en étaient pas dignes.
Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. »
Ces serviteurs allèrent dans les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, méchants et bons, et la salle des noces fut pleine de convives.
Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n'avait pas revêtu un habit de noces.
Il lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces ? » Cet homme eut la bouche fermée.
Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. »

Mais les disciples s'étonnaient et s'interrogeaient.
Qui inviterait des méchants à sa table ?
Et qui ensuite jetterait dehors celui qui n'a pas d'habit de noces ?
Pourquoi sortir des ténèbres celui que l'on jettera ensuite dans ces mêmes ténèbres ?
Jésus leur dit alors : « Ne comprenez-vous pas ? 
Ne comprendrez-vous jamais ? 
Tous les hommes, quels qu'ils soient, quelle que soit leur condition, qu'ils soient méchants ou bons, dans tous les pays et sur toute la terre, sont appelés à la table du Seigneur. 
Il n'y a pas de peuple élu car tous les peuples sont élus par Dieu.
Mais l'invitation du Seigneur est une grâce dont il faut faire louange.
Celui qui n'avait pas d'habit de noces avait laissé son cœur fermé à l'invitation du Seigneur.
Il était venu à sa table le cœur sec, s'en faisant une obligation, ou bien, espérant manger à sa faim et boire à sa soif sans louanges pour Celui qui lui en faisait grâce.
En vérité, je vous le dis, vous êtes invités à la table du Seigneur.
Rendez grâce tout le jour et n'attendez pas pour cela l'heure de la prière.
Ne laissez pas les soucis de la vie vous éloigner de ce festin de joie.
Louez Dieu et vous ne serez pas rejetés dans les ténèbres. »


77

17 mars Alors les pharisiens allèrent se consulter sur les moyens de surprendre Jésus par ses propres paroles.
Ils envoyèrent auprès de lui leurs disciples avec les hérodiens, qui dirent : « Maître, nous savons que tu es vrai, et que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité, sans t'inquiéter de personne, car tu ne regardes pas à l'apparence des hommes.
Dis-nous donc ce qu'il t'en semble : est-il permis, ou non, de payer le tribut à César ? »
Jésus, connaissant leur méchanceté, répondit : « Pourquoi me tentez-vous, hypocrites ?
Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut. » Et ils lui présentèrent un denier.
Il leur demanda : « De qui sont cette effigie et cette inscription ? »
«  De César », lui répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Étonnés de ce qu'ils entendaient, ils le quittèrent, et s'en allèrent.
Le même jour, les sadducéens, qui disent qu'il n'y a point de résurrection, vinrent auprès de Jésus, et lui firent cette question :
« Maître, Moïse a dit : si quelqu'un meurt sans enfants, son frère épousera sa veuve, et suscitera une postérité à son frère.
Or, il y avait parmi nous sept frères. Le premier se maria, et mourut ; et, comme il n'avait pas d'enfants, il laissa sa femme à son frère.
Il en fut de même du second, puis du troisième, jusqu'au septième.
Après eux tous, la femme mourut aussi.
À la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car tous l'ont eue. »
Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l'erreur, parce que vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu.
Car, à la résurrection, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel.
Pour ce qui est de la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit :
Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob ? Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants. »
La foule, qui écoutait, fut frappée de l'enseignement de Jésus.

Plus tard, les disciples demandèrent  : «  Seigneur, pourquoi ont-ils voulu te tenter  ?  »
Jésus répondit  : « Toujours les pharisiens et les scribes confondent la connaissance et la sagesse.
Toujours, ils confondent la foi et l'habileté ;
comme ils confondent l'intelligence et le cœur. »
Ils pensent qu'ils ne sont pas païens, mais ils se comportent comme des païens.
Pensent-ils que je suis un guerrier à qui l'on présente des énigmes comme age de la vie sauve ?
Ils pensent utiliser la ruse quand ils n'utilisent que leur méchanceté. »
Les disciples reprirent  : « Et pourquoi les sadducéens imaginent-ils une femme qui aura eu pour mari sept frères ? En quoi leur question vaut-elle plus si elle épouse successivement sept frères ou deux ou quatre  ?  »
Jésus répondit  : « c'est encore une ruse grossière. Ils pensent que la résurrection des morts serait plus scandaleuse si la femme, le jour venu, avait sept frères comme maris.
Ils pensent que le chiffre sept, qui est un chiffre saint pour les Écritures, va tromper ceux qui les écoutent et les faire crier au scandale.
Mais ce sont eux qui amènent le scandale ;
ce sont eux qui en porteront les conséquences.
Comment conçoivent-ils le royaume des Cieux ?
Comme une de ses maisons de joie à la sortie de Jérusalem qui accueille les filles et les soldats romains ? Pensent-ils vraiment que dans le royaume des Cieux, les prostituées se prostituent et que l'on offre des vierges à ceux qui reçoivent le salut ?
En vérité, je vous le dis, voici le scandale, pour maintenant et pour les siècles des siècles. »
Alors, les disciples se dirent que jamais les pharisiens, ni les sadducéens ne laisseraient Jésus continuer de prêcher ;
Car, ils savaient que leur pouvoir se tenait dans leurs promesses pour l'au-delà et dans la crédulité des hommes plus que dans leur foi.


78

18 mars Les pharisiens, ayant appris qu'il avait réduit au silence les sadducéens, se rassemblèrent,
et l'un d'eux, docteur de la loi, lui fit cette question, pour l'éprouver :
« Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? »
Jésus lui répondit : tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée.
C'est le premier et le plus grand commandement.
Et voici le second, qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même.
De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. »
Comme les pharisiens étaient assemblés, Jésus les interrogea,
en disant : « Que pensez-vous du Christ ? De qui est-il fils ? » Ils lui répondirent : « De David. »
Et Jésus leur dit : « Comment donc David, animé par l'Esprit, l'appelle-t-il Seigneur, lorsqu'il dit :
le Seigneur a dit à mon Seigneur :
Assieds-toi à ma droite,
jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied ?
Si donc David l'appelle Seigneur, comment est-il son fils ? »
Nul ne put lui répondre un mot. Et, depuis ce jour, personne n'osa plus lui proposer des questions.

Et les disciples se réjouissaient que Jésus ait confondu ses ennemis.
Jésus les reprit alors et leur dit : « Voyez : les sadducéens et les pharisiens voulaient me tenter et devenir pour moi une source de chute.
Mais pensez-vous que je voulais moi les tenter ?
Ils parlent au nom des hommes quand je parle au nom du Père.
Et le Seigneur notre Père n'est pas un tentateur.
Ne leur ai-je point donné les deux commandements dont dépendent toute la loi et les prophètes ?
Mais ces commandements proviennent de l'amour divin.
Car, le Seigneur aime sa création comme il aime son fils et c'est de cet amour que vous puisez l'amour pour vous-même et l'amour pour votre prochain.
Et c'est aussi de l'amour du Père que vous puisez l'amour pour le Père.
Et le Seigneur ne marchande pas son amour.
Ainsi, les sadducéens et les pharisiens ont voulu me tenter, mais je leur ai parlé en vérité ;
Car, le fils de l'homme, qui parle au nom du Père et de l'Esprit Saint n'est pas un tentateur.
Il n'a que faire de joutes verbales, car sa parole est sainte et parole du Seigneur. »


79

19 mars Alors Jésus, parlant à la foule et à ses disciples, dit :
« Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse.
Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent ; mais n'agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent, et ne font pas.
Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt.
Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils portent de larges phylactères, et ils ont de longues franges à leurs vêtements ;
ils aiment la première place dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues ;
ils aiment à être salués dans les places publiques, et à être appelés par les hommes Rabbi, Rabbi.
Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères.
Et n'appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux.
Ne vous faites pas appeler directeurs ; car un seul est votre Directeur, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. »

Alors un homme de la foule demanda ceci à Jésus : « Nous sommes faibles et nous sommes démunis. Nous sommes seuls et nous sommes vulnérables.
Qui donc allons-nous suivre si nous n'avons pas de chef ? »
Jésus répondit : « Vous n'êtes pas faibles et vous n'êtes pas seuls,
car vous êtes les serviteurs de Dieu et Dieu aime ses serviteurs et prend soin d'eux.
Ne vous laissez pas abuser par ceux qui vous demandent de marcher derrière eux.
Ceux qui viennent au nom du Père ne se mettent pas devant, mais vous font face et vous parlent à visage découvert.
Et si vous marchez contre eux, ils ne reculeront point.
Car, c'est ainsi que je vous parle et que je vous fais face et si vous vous saisissez de moi, je ne reculerai pas.
Ceux qui vous font face vous annoncent la bonne nouvelle.
Ils ne sont pas là pour contraindre ni pour punir.
Et faites avec le pouvoir temporel comme vous faites avec les envoyés du Seigneur. »


80

20 mars Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux ; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous dévorez les maisons des veuves, et que vous faites pour l'apparence de longues prières ; à cause de cela, vous serez jugés plus sévèrement.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte ; et, quand il l'est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous.
Malheur à vous, conducteurs aveugles ! qui dites : Si quelqu'un jure par le temple, ce n'est rien ; mais, si quelqu'un jure par l'or du temple, il est engagé.
Insensés et aveugles ! lequel est le plus grand, l'or, ou le temple qui sanctifie l'or ?
Si quelqu'un, dites-vous encore, jure par l'autel, ce n'est rien ; mais, si quelqu'un jure par l'offrande qui est sur l'autel, il est engagé.
Aveugles ! lequel est le plus grand, l'offrande, ou l'autel qui sanctifie l'offrande ?
Celui qui jure par l'autel jure par l'autel et par tout ce qui est dessus ;
celui qui jure par le temple jure par le temple et par celui qui l'habite ;
et celui qui jure par le ciel jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses.
Conducteurs aveugles ! qui coulez le moucheron, et qui avalez le chameau.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et qu'au dedans ils sont pleins de rapine et d'intempérance.
Pharisien aveugle ! nettoie premièrement l'intérieur de la coupe et du plat, afin que l'extérieur aussi devienne net.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impuretés.
Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes,
et que vous dites : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes.
Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes.
Comblez donc la mesure de vos pères.
Serpents, race de vipères ! comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne ?
C'est pourquoi, voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous battrez de verges les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville,
afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel.
Je vous le dis en vérité, tout cela retombera sur cette génération.
Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu !
Voici, votre maison vous sera laissée déserte ;
car, je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Et les scribes hypocrites et les pharisiens hypocrites prospéreront à travers les siècles ;
ils fermeront le royaume des cieux avec pleine arrogance ;
ils n'y entreront pas et prétendront en ferme la porte ;
mais je vous le dis, ils échoueront dans leurs manigances et le royaume sera largement ouvert à ceux qu'ils auront maintenus à l'écart.
Et ils continueront à aller dans les temples ;
et ils se recommanderont de mon nom et du nom de mon père pour prétendre juger de ce qui est bon et de ce qui est mal ;
et ils tiendront au dehors des temples ce qu'ils auront nommé le mal, les méchants et les mauvais ;
alors que ce sont eux les méchants et les mauvais.
Et ils préféreront l'obéissance à la foi ;
Et ils préféreront les sacrements à ce qui est sacré.
Car, ce sont des hypocrites avides de pouvoir et rien n'est plus précieux que la foi ;
ils confisqueront donc la foi ;
et nul homme ne trouvera grâce à leurs yeux.
Alors, ils monnayeront des indulgences.
Alors, ils diront ce qui est juste et ce qui est bon ;
mais ils ne savent rien de ce qui est juste et de ce qui est bon.
Et ils se feront passer pour pour les serviteurs de la justice alors qu'ils sont les esclaves de l'iniquité.
Prenez garde à eux.
Ils accompagneront les bourreaux et béniront leurs crimes.
Ils porteront la discorde en prétendant rassembler.
Ils livreront la brebis au loup au nom de Dieu le Père.
Ils apporteront la division à travers les siècles et écarteront ceux qui voudront les en dissuader.
Pour plus de quatorze générations, leur malédiction règnera sur la terre.
Et pourtant, je vous le dis en vérité, vous serez sauvés.
Le plus petit sera sauvé.
Le plus pauvre sera sauvé.
Le malade.
Le mendiant.
Et celui qui aura aimé.
Et celui qui aura aidé.
Et celui qui aura pardonné.
Et celui qui aura reconnu qu'il est pécheur, devant ses frères et devant Dieu.
Et en son cœur au plus profond.
Et pourtant, je vous le dis en vérité, le Salut appartient au Seigneur.
Ne pensez jamais de votre prochain qu'il sera sauvé ou qu'il ne saura pas sauvé,
car vous n'en savez rien et vous n'en saurez rien jusqu'à la nuit des temps.
Et vous voyez celui-ci qui est un réprouvé ;
Mais celui-ci, vous le trouverez devant vous au royaume des cieux.
Car, je vous le dis, le salut est chose divine et non chose temporelle.


81

21 mars Comme Jésus s'en allait, au sortir du temple, ses disciples s'approchèrent pour lui en faire remarquer les constructions.
Mais il leur dit : « Voyez-vous tout cela ? Je vous le dis en vérité, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée. »
Il s'assit sur la montagne des oliviers. Et les disciples vinrent en particulier lui faire cette question : « Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? »
Jésus leur répondit : Prenez garde que personne ne vous séduise.
Car plusieurs viendront sous mon nom, disant : C'est moi qui suis le Christ. Et ils séduiront beaucoup de gens.
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres : gardez-vous d'être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin.
Une nation s'élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre.
Tout cela ne sera que le commencement des douleurs.
Alors on vous livrera aux tourments, et l'on vous fera mourir ; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom.
Alors aussi plusieurs succomberont, et ils se trahiront, se haïront les uns les autres.
Plusieurs faux prophètes s'élèveront, et ils séduiront beaucoup de gens.
Et, parce que l'iniquité se sera accrue, la charité du plus grand nombre se refroidira.
Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.
Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin.
C'est pourquoi, lorsque vous verrez l'abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie en lieu saint, que celui qui lit fasse attention !
alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes ;
que celui qui sera sur le toit ne descende pas pour prendre ce qui est dans sa maison ;
et que celui qui sera dans les champs ne retourne pas en arrière pour prendre son manteau.
Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là !
Priez pour que votre fuite n'arrive pas en hiver, ni un jour de sabbat.
Car alors, la détresse sera si grande qu'il n'y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu'à présent, et qu'il n'y en aura jamais.
Et, si ces jours n'étaient abrégés, personne ne serait sauvé ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés.
Si quelqu'un vous dit alors : Le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas.
Car il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes ; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s'il était possible, même les élus.
Voici, je vous l'ai annoncé d'avance.
Si donc on vous dit : Voici, il est dans le désert, n'y allez pas ; voici, il est dans les chambres, ne le croyez pas.
Car, comme l'éclair part de l'orient et se montre jusqu'en occident, ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme.
En quelque lieu que soit le cadavre, là s'assembleront les aigles.
Aussitôt après ces jours de détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées.
Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel, toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire.
Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu'à l'autre.
Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier. Dès que ses branches deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous connaissez que l'été est proche.
De même, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme est proche, à la porte.
Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive.
Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.
Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul.
Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l'avènement du Fils de l'homme.
Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ;
et ils ne se doutèrent de rien, jusqu'à ce que le déluge vînt et les emportât tous : il en sera de même à l'avènement du Fils de l'homme.
Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, l'un sera pris et l'autre laissé ;
de deux femmes qui moudront à la meule, l'une sera prise et l'autre laissée.
Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra.
Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison.
C'est pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure où vous n'y penserez pas.
Quel est donc le serviteur fidèle et prudent, que son maître a établi sur ses gens, pour leur donner la nourriture au temps convenable ?
Heureux ce serviteur, que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi !
Je vous le dis en vérité, il l'établira sur tous ses biens.
Mais, si c'est un méchant serviteur, qui dise en lui-même : mon maître tarde à venir,
s'il se met à battre ses compagnons, s'il mange et boit avec les ivrognes,
le maître de ce serviteur viendra le jour où il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas,
il le mettra en pièces, et lui donnera sa part avec les hypocrites : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Car, vous voudriez connaître l'avenir. Que vous fait de savoir si le temple sera détruit demain, ou bien après-demain, ou après votre mort, ou bien encore après la mort de la descendance de votre descendance ?
Vous vous souciez de l'avenir et négligez le temps présent.
Vous vous souciez du passé et négligez encore le temps présent.
Pourtant, je vous le dis, qu'avez-vous à faire du passé, dont vous ne pouvez changer un seul instant ?
Pourtant, je vous le dis, qu'avez-vous à faire de l'avenir, qui ne vous appartient pas et qu'il ne vous appartient pas de connaître ?
Quand vous guérissez les malades, vous ne les guérissez ni par le passé, ni par l'avenir et ce n'est pas un avenir que vous leur donnez, mais c'est le temps présent que vous leur donnerez.
Et quand vous ressuscitez les morts, c'est par le présent que vous le faites, au nom du Seigneur votre Père.
Quant à moi, je ne viens pas du passé et je ne suis pas pour l'avenir, mais je suis pour le présent et ce présent est l'éternité. »
Mais les disciples lui, montrèrent les oliviers.
« Regarde les oliviers, dirent-ils, ils portent les marques du temps passé et leur tronc et leurs branches noueuses dessinent le cours de tant d'hivers rigoureux, de tant d'étés harassants et de printemps renaissants.
Ne sommes-nous pas nous aussi comme ces oliviers et nos corps sont marqués par le temps, la poussière de tant de chemins a endurci nos pieds et nos cheveux ont blanchi et notre barbe aussi. »
Jésus répondit : « Réfléchissez un peu. Vous êtes comme cet olivier et vous ne valez pas mieux que lui.
Pensez-vous qu'il se soucie du passé ?
Et pensez-vous qu'il se soucie de l'avenir ?
En vérité, je vous le dis, il ne se soucie ni du passé, ni de l'avenir, mais seulement d'être cet olivier, sans souci de la durée.
Et si cet olivier tombe malade, pensez-vous qu'il se plaigne et qu'il craigne la mort ?
Et si l'orage vient à casser l'une de ses branches, pensez-vous qu'il regrette sa branche cassée ?
Vous avez inventé la durée du temps pour vous détourner du temps présent.
Vous avez inventé le passé et vous avez inventé l'avenir pour vous dégager des vos obligations du temps présent.
Et vous êtes reclus dans le souvenir et vous êtes reclus dans le regret.
Pleurerez-vous quand je serai loin de vous ?
Hommes de peu de foi.
Comprendrez-vous que je n'agis pas dans la durée, mais que j'agis dans le temps présent et pour le temps présent ? »
Les disciples interrogèrent encore Jésus sur les faux prophètes et les faux christs et lui demandèrent s'ils devaient craindre les signes qui viendront ou s'en réjouir, car ils craignaient la mort, quand bien même Jésus leur avait promis la vie éternelle.
Jésus leur répondit : « Ne m'avez-vous pas entendu enseigner au bord du lac, sur les places et dans les synagogues ?
N'avez-vous pas compris que je leur ai enseigné par paraboles ?
Et c'est encore par paraboles que je vous enseigne.
Ne passez pas de temps à tenter d'interpréter les augures.
Car, je vous le dis : il n'y a pas d'augure.
Car, le Seigneur votre Père ne joue pas avec vous comme on joue avec les enfants en cachant des fruits dans la maison jusqu'à ce qu'ils les trouvent.
Rien dans l'enseignement que je vous donne n'est caché.
Les faux prophètes tenteront de vous faire croire que mes paroles sont des paroles doubles ou même triples ;
mais mes paroles sont mes paroles et les enfants les entendent.
Il n'y a rien de secret dans mon enseignement et débarrassez-vous de toute tentation de magie.
Car, je vous le dis, les mages et les magiciens n'ont rien à faire avec moi ;
ils n'ont rien à faire avec le Seigneur votre Père.
Mais, à chaque moment, préparez-vous à rencontrer le Seigneur.
Ne vous dites pas : j'ai bien encore le temps. Je suis jeune et en pleine santé et je m'occuperai de mon salut quand je serai vieux et malade.
Car, vous ne savez pas si vieux et malade, vous pourrez encore vous occuper de votre salut.
Et puisque le Seigneur n'est pas dans la durée, mais bien dans le présent, il n'attend pas, car ce sont les hommes qui attendent et non pas le Seigneur votre Dieu.
Ce jour et cette heure que vous ne connaissez pas, ce ne sont pas un jour et une heure qui seraient dans l'avenir et que vous attendriez avec crainte confits dans la prière.
Non, je vous le dis, ce dernier jour et cette dernière heure, c'est le jour et l'heure où je vous parle et il n'y a pas d'autre jour à attendre. »
Les disciples, pourtant, ne comprenaient toujours pas. Ils pouvaient se souvenir de tous les voyages qu'ils avaient fait avec Jésus. Et ils se souvenaient aussi du jour où ils l'avaient rencontré et redoutaient celui qui les séparerait de lui.
Mais Jésus lisait dans leurs pensées et leur dit ! « Vous vous souvenez de tous ces jours que nous avons passé et certains d'entre-vous raconteront ces jours et répéteront mes paroles.
Pensez-vous qu'ils feront ainsi pour se souvenir du passé ?
Et pensez-vous que les hommes les écouteront pour prendre intérêt à un passé qu'ils n'ont pas connu ?
En vérité, je vous le dis, c'est parce que le souvenir est présent qu'il a de la valeur et non parce qu'il renvoie au passé.
Si vous répétez ma parole, vous la répéterez pour le temps présent et non pour le temps passé.
Regardez cette colline. Est-elle dans le passé ?
Et regardez ces arbres, sont-ils dans le passé et dans l'avenir ?
Soyez comme cette colline et soyez comme ces arbres jusqu'au jour dernier. »


82

22 mars Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire.
Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs ;
et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.
Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ;
j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi. »
Les justes lui répondront : « Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire ?
Quand t'avons-nous vu étranger, et t'avons-nous recueilli ; ou nu, et t'avons-nous vêtu ?
Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ? »
Et le roi leur répondra : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites. »
Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : «  Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges.
Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ;
j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. »
Ils répondront aussi : « Seigneur, quand t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t'avons-nous pas assisté ? »
Et il leur répondra : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. »
Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle.

Les disciples demandèrent encore : « Faudra-t-il, Seigneur, que nous choisissions parmi les pauvres, les plus pauvres, parmi les affamés, les plus affamés et parmi les assoiffés, les plus assoiffés ?
Faudra-t-il, Seigneur que nous choisissions parmi les malades ceux qui sont le plus malades pour leur prodiguer des soins ?
Et avec ceux qui n'ont pas de vêtements, faudra-t-il que nous partagions avec eux nos guenilles ? »
Jésus leur répondit : « Ne choisissez pas parmi les pauvres, car tous les hommes sont pauvres.
De même, ne choisissez pas parmi les affamés et les assoiffés, car tous sont affamés et assoiffés.
Et ne choisissez pas parmi les malades, car tous sont malades.
En vérité, je vous le dis, tous les hommes ont besoin de votre secours.
Et si vous commencez à trier parmi ceux-là, où s'arrêtera votre tri ?
Lorsque vous cessez de considérer tout homme comme tout homme, vous êtes dans la faute et dans le péché.
Que chaque homme soit pour vous égal à chaque homme.
Que chaque femme soit pour vous égale à chaque femme.
Et que chaque homme soit égal à chaque femme.
Car, la parole que je vous envoie annoncer ne fait pas de différences entre les hommes et entre les femmes.
Elle est pour chacun d'entre vous et pour chacun d'entre eux, sans distinction. »
Les disciples s'interrogeaient pourtant et demandèrent à Jésus : « Seigneur, entre deux pauvres, si l'un croit en Dieu et si l'autre n'y croit pas, ne faut-il pas donner d'abord à celui qui croit ? »
Jésus répondit : « Hommes de peu de foi ! N'avez-vous pas entendu ce que je vous ai dit ? Entre celui qui croit et celui qui ne croit pas, faudra-t-il que dans votre amour et votre compassion vous fassiez une différence ?
Et qui vous aurait donné le droit de distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais dans la Création du Seigneur votre Père ?
C'est pourquoi je vous le dis, ne faites pas de différence entre le croyant et le païen, car, c'est d'abord le païen qui a besoin de pain et d'amour. »
Et les disciples se demandaient comment ils pourraient faire selon la volonté du Seigneur, sachant que la foule des croyants voudrait passer avant la foule de ceux qui ne croient pas.
Jésus lut dans leurs pensées et dit : « Qui a besoin d'eau ? Celui qui a soif ? Qui a besoin de l'eau vive de la parole ? Celui qui l'a entendue ou celui qui l'ignore ? »


83

23 mars Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l'époux.
Cinq d'entre elles étaient folles, et cinq sages.
Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d'huile avec elles ;
mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l'huile dans des vases.
Comme l'époux tardait, toutes s'assoupirent et s'endormirent.
Au milieu de la nuit, on cria : « Voici l'époux, allez à sa rencontre ! »
Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes.
Les folles dirent aux sages : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. »
Les sages répondirent : « Non ; il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. »
Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée.
Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : «  Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. »
Mais il répondit : « Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.
Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. »
Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens.
Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit.
Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents.
De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres.
Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître.
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte.
Celui qui avait reçu les cinq talents s'approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit : « Seigneur, tu m'as remis cinq talents ; voici, j'en ai gagné cinq autres. »
Son maître lui dit : « C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. »
Celui qui avait reçu les deux talents s'approcha aussi, et il dit : « Seigneur, tu m'as remis deux talents ; voici, j'en ai gagné deux autres. »
Son maître lui dit : « C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. »
Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et il dit : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné ;
j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre ; voici, prends ce qui est à toi. »
Son maître lui répondit : « Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas vanné ;
il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt.
Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents.
Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a.
Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

Mais les disciples ne comprenaient toujours pas.
Le soir venu, ils interrogèrent encore Jésus :
« Pourquoi les vierges sages, Seigneur, ne partagent-elles point leur huile avec les vierges folles qui n'en ont pas ?
Ne nous as-tu pas enseigné l'amour et le partage en toute circonstance ? »
Jésus répondit : « Ouvrez donc votre esprit ! Pensez-vous qu'il s'agit de vierges et alors, qui serait l'époux ?
Ne vous êtes-vous point accoutumé aux paraboles ?
En chacun de vous, il y a dix vierges, cinq sages et cinq folles.
Selon les circonstances, vous vous laissez conduire par les vierges folles ou pour les vierges sages qui sont en vous ;
selon les circonstances vous serez prêt pour le Royaume ou vous ne serez pas prêt.
La parabole signifie que vous ne pouvez compenser l'absence de foi par un peu de foi, car vos lampes s'éteindront et vous ne rencontrerez pas le Seigneur.
Votre foi doit être sans mélange et sans partage.
Sinon, vous agissez comme les vierges folles.
Pour le reste, sauf votre foi, partagez tout ce que vous possédez. »
Mais les disciples continuèrent : « Pourquoi le maître est-il si dur avec le serviteur qui a gardé précieusement et le talent que son maître lui avait donné ?
Et qu'aurait-il fait alors si le serviteur l'avait dépensé pour acheter du vin ?
Et pourquoi ne lui avait-il donné qu'un seul talent alors que sa richesse lui permettait de donner dix talents à chacun des trois serviteurs ? »
Jésus répondit : « De la même façon que vous ne comprenez pas, d'autres viendront après vous qui ne comprendront pas.
Ils citeront cette parabole à la lettre pour justifier leur goût du lucre et du gain.
Ne soyez pas comme ceux-là et entendez bien la parole.
Certains veulent conserver pour eux-seuls la bonne nouvelle et sont comme le serviteur qui n'a reçu qu'un seul talent.
D'autres iront à travers le monde prêcher la bonne parole et sont comme le serviteur qui a reçu cinq talents.
Mais soyez comme le serviteur qui, n'ayant reçu qu'un seul talent, le jour venu, en rendra cent à son maître. »
Les disciples parlaient entre eux et se rappelaient comment Jésus avait multiplié les pains et les poissons.
Ils devaient donc eux aussi ensemencer le cœur des hommes pour y planter la foi et les enseignements de Jésus.
Pourtant, parmi eux, certains craignaient de ne pas avoir la force et le courage de multiplier les talents;
Ne faudrait-il pas mieux garder pour eux-mêmes les enseignements  ? »
Jésus poursuivit : « Certains formeront des communautés et méditeront ces paroles.
Et d'autres parcourront le monde pour ensemencer les cœurs.
Les uns et les autres trouveront place auprès du Seigneur.
Seuls ceux qui prieront pour eux-mêmes et chercheront le salut comme on cherche le bénéfice d'une vente seront jetés dans les ténèbres.
Car on donnera amour et joie à ceux qui auront donné amour et joie et peine et tristesse à ceux qui auront causé peine et tristesse. »


84

24 mars Lorsque Jésus eut achevé tous ces discours, il dit à ses disciples :
«  Vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours, et que le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié. »
Alors les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple se réunirent dans la cour du souverain sacrificateur, appelé Caïphe ;
et ils délibérèrent sur les moyens d'arrêter Jésus par ruse, et de le faire mourir.
Mais ils dirent : « Que ce ne soit pas pendant la fête, afin qu'il n'y ait pas de tumulte parmi le peuple. »
Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux,
une femme s'approcha de lui, tenant un vase d'albâtre, qui renfermait un parfum de grand prix ; et, pendant qu'il était à table, elle répandit le parfum sur sa tête.
Les disciples, voyant cela, s'indignèrent, et dirent : « À quoi bon cette perte ?
On aurait pu vendre ce parfum très cher, et en donner le prix aux pauvres. »
Jésus, s'en étant aperçu, leur dit : « Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Elle a fait une bonne action à mon égard ;
car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m'avez pas toujours.
En répandant ce parfum sur mon corps, elle l'a fait pour ma sépulture.
Je vous le dis en vérité, partout où cette bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu'elle a fait. »
Alors l'un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs,
et dit : « Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? » Et ils lui payèrent trente pièces d'argent.
Depuis ce moment, il cherchait une occasion favorable pour livrer Jésus.
Le premier jour des pains sans levain, les disciples s'adressèrent à Jésus, pour lui dire : « Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ? »
Il répondit : « Allez à la ville chez un tel, et vous lui direz : Le maître dit : Mon temps est proche ; je ferai chez toi la Pâque avec mes disciples. »
Les disciples firent ce que Jésus leur avait ordonné, et ils préparèrent la Pâque.
Le soir étant venu, il se mit à table avec les douze.
Pendant qu'ils mangeaient, il dit : « Je vous le dis en vérité, l'un de vous me livrera. »
Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire : « Est-ce moi, Seigneur ? »
Il répondit : « Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est celui qui me livrera.
Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne fût pas né. »
Judas, qui le livrait, prit la parole et dit : « Est-ce moi, Rabbi ? Jésus lui répondit : « Tu l'as dit. »
Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous ;
car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés.
Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où j'en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »
Après avoir chanté les cantiques, ils se rendirent à la montagne des oliviers.
Alors Jésus leur dit : « Je serai pour vous tous, cette nuit, une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées.
Mais, après que je serai ressuscité, je vous précèderai en Galilée. »

Dès lors les disciples savaient qui livrerait Jésus.
Judas finit le repas avec eux la tête baissée sans prononcer un seul mot.
Et les disciples ne lui adressèrent pas la parole.
Ils le connaissaient depuis toujours et ne le prenaient pas pour le pire des hommes.
Souvent, ils l'avaient vu consoler les veuves et les orphelins.
Par le nom de Jésus, il avait guéri les malades.
N'était-ce pas lui qui, avec les autres, avait porté les corbeilles de pain à la foule affamée.
Dans la barque, il n'avait pas eu peur quand Jésus s'était approché en marchant sur les eaux.
En tout point, Judas avait obéi aux commandements.
Ses sandales étaient recouvertes de la même poussière des mêmes chemins que les sandales des autres disciples et des sandales de Jésus.
Rien ne distinguait Judas des onze autres disciples.
Sa trahison ne se lisait pas sur son visage, ni dans son attitude.
Sur le Mont des oliviers, Judas s'approcha de Jésus et lui dit : « Seigneur, tu sais que je t'ai livré et tu ne t'enfuis pas.
Tu sais que je t'ai livré et tu ne me mets pas à mort.
Seigneur, pardonne-moi. »
Jésus regarda Judas et lui dit : « Tu as la plus mauvaise part et pour les siècles des siècles, tu seras maudit.
Et Adam, de sa faute originelle, n'aura pas souffert comme toi.
Et Caïn, même, qui tua son propre frère, ne sera point maudit comme tu seras maudit.
Je pourrais m'enfuir et je pourrais t'envoyer une cohorte d'anges qui t'enlèverait et te jetterait aux enfers.
Mais il faut que la prophétie s'accomplisse et que le Fils de l'homme meure et ressuscite le troisième jour.
Va, je ne peux rien pour toi.
De tous les hommes sur cette terre, maintenant et pour l'éternité, tu es le seul pour qui je ne puis rien et tu ne seras pas sauvé.
Même ceux qui partageront mon supplice, et ceux qui en mon nom seront suppliciés auront la part plus belle que celle que tu auras.
Judas, je te le dis, je te regarde avec compassion.
Mais tu n'auras point le pardon.
Car, parmi tous les hommes, pour les siècles des siècles, le Seigneur a voulu qu'un seul ne puisse être sauvé.
Comme Abraham demanda au Seigneur d'épargner Sodome s'il se trouvait dix justes dans la ville, demanderais-je au Seigneur de t'épargner maintenant et pour toujours ?
Judas, tu es pour moi et pour tes frères une occasion de chute et tu seras pour les siècles des siècles une occasion de chute, car tu es celui qui fera que toujours, en sainteté, il manquera un homme et tu seras celui-là.
Je suis venu annoncer une nouvelle Alliance avec le Seigneur offerte à tous les hommes.
Mais il en manquera un, qui demeurera en dehors de l'Alliance et tu es celui-là.
Va, Judas, je ne peux rien pour toi que je n'ai déjà fait.
Aucune prière ne peut détourner tes pas.
Va vers ton destin, Judas, et sache que dans ton péché tu es une pierre d'angle du Salut des hommes. »

85

25 mars Pierre, prenant la parole, lui dit : « Quand tu serais pour tous une occasion de chute, tu ne le seras jamais pour moi. »
Jésus lui dit : « Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. »
Pierre lui répondit : « Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples dirent la même chose.
Là-dessus, Jésus alla avec eux dans un lieu appelé Gethsémané, et il dit aux disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je m'éloignerai pour prier. »
Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses.
Il leur dit alors : « Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici, et veillez avec moi. »
Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »
Et il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis, et il dit à Pierre : « Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi !
Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation ; l'esprit est bien disposé, mais la chair est faible. »
Il s'éloigna une seconde fois, et pria ainsi : « Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »
Il revint, et les trouva encore endormis ; car leurs yeux étaient appesantis.
Il les quitta, et, s'éloignant, il pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.
Puis il alla vers ses disciples, et leur dit : « Vous dormez maintenant, et vous vous reposez ! Voici, l'heure est proche, et le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous, allons ; voici, celui qui me livre s'approche. »
Comme il parlait encore, voici, Judas, l'un des douze, arriva, et avec lui une foule nombreuse armée d'épées et de bâtons, envoyée par les principaux sacrificateurs et par les anciens du peuple.
Celui qui le livrait leur avait donné ce signe : « Celui que je baiserai, c'est lui ; saisissez-le. »
Aussitôt, s'approchant de Jésus, il dit : « Salut, Rabbi ! » Et il le baisa.
Jésus lui dit : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le. » Alors ces gens s'avancèrent, mirent la main sur Jésus, et le saisirent.

Mais les disciples, non plus que Pierre et les deux fils de Zébédée, s'étaient interrogé les uns les autres au sujet du dernier repas.
L'un d'entre-eux demanda : « Pourquoi Jésus, qui connaît la traitrise de Judas, l'a-t-il laissé mettre avec lui la main dans le plat ?
N'aurait-il pas mieux fallu le chasser ? »
Un autre demanda encore « Est-ce que manger avec un impur rend le repas impur ? »
Un autre enfin demanda aussi : « Judas a-t-il, comme nous, été sanctifiés et est-il appelé lui aussi à rompre le pain et à servir le vin en mémoire de Jésus ? »
Le plus jeune prit la parole en disant : « N'avez-vous pas vous aussi, avec le Maître, fait manger à votre table les publicains et les prostituées ?
Rappelez-vous les paroles du Seigneur qui nous a enseigné que rien de ce qui entrait dans notre bouche ne pouvait nous souiller.
Pensez-vous vraiment que la grâce de Dieu s'arrête selon la volonté des hommes et leur jugement ?
Le traître Judas a mis la main dans le plat, mais le plat est resté pur.
Entendez-vous les remous de la foule qui descend du Temple ?
Pensez-vous que dans cette foule armée d'épées et de bâtons, il n'y a pas un homme qui sera sauvé ?
Et pourtant tous se pressent pour se saisir de Jésus et lui faire subir les outrages.
Le mystère de la grâce est plus grand que les hommes, comme est grand le mystère de la foi.
Ne vous rappelez-vous pas que Jésus nous a repris à maintes reprises sur notre manque de foi.
Est-ce maintenant que vous devez faiblir alors que l'heure est décisive ?
Pourtant, aussi grande est notre foi, elle ne peut pas faire que ce qui doit s'accomplir ici s'accomplisse.
Rappelez-vous encore les paroles de Jésus ?
Nous allons vivre des heures funestes qui seront suivies par des heures de joie et nous garderons la joie et nous pleurerons les heures funestes. »
Et il parlait encore quand la foule arriva.


86

26 mars Et voici, un de ceux qui étaient avec Jésus étendit la main, et tira son épée ; il frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui emporta l'oreille.
Alors Jésus lui dit : « Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée.
Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l'instant plus de douze légions d'anges ?
Comment donc s'accompliraient les Écritures, d'après lesquelles il doit en être ainsi ? »
En ce moment, Jésus dit à la foule : « Vous êtes venus, comme après un brigand, avec des épées et des bâtons, pour vous emparer de moi. J'étais tous les jours assis parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m'avez pas saisi.
Mais tout cela est arrivé afin que les écrits des prophètes fussent accomplis. »
Alors tous les disciples l'abandonnèrent, et prirent la fuite.
Ceux qui avaient saisi Jésus l'emmenèrent chez le souverain sacrificateur Caïphe, où les scribes et les anciens étaient assemblés.
Pierre le suivit de loin jusqu'à la cour du souverain sacrificateur, y entra, et s'assit avec les serviteurs, pour voir comment cela finirait.
Les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus, suffisant pour le faire mourir.
Mais ils n'en trouvèrent point, quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés. Enfin, il en vint deux, qui dirent :
Celui-ci a dit : « Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours. »
Le souverain sacrificateur se leva, et lui dit : « Ne réponds-tu rien ? Qu'est-ce que ces hommes déposent contre toi ? »
Jésus garda le silence. Et le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit : « Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. »
Jésus lui répondit : « Tu l'as dit. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. »
Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements, disant : « Il a blasphémé ! Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Voici, vous venez d'entendre son blasphème. Que vous en semble ? »
Ils répondirent : « Il mérite la mort. »
Là-dessus, ils lui crachèrent au visage, et lui donnèrent des coups de poing et des soufflets en disant :
«  Christ, prophétise ; dis-nous qui t'a frappé. »

Et Pierre se demandait pourquoi ils le frappaient.
Ils appliquaient leurs lois qui veulent que celui qui blasphème soit puni de mort.
Ils pensaient l'avoir convaincu de blasphème.
Ils voulaient le punir de mort.
Cela, Pierre le comprenait.
Mais, il ne comprenait pas pourquoi ils le frappaient et se moquaient de lui et l'injuriaient ;
car la loi ne disait pas cela qu'il fallait frapper, se moquer et injurier celui qui blasphémait.
Et Pierre se souvenait des enseignements de Jésus, mais il ne savait pas décider
de ce qui était le péché le plus grand de mettre à mort Jésus ou bien alors de l'avoir injurié et frappé.
Soudain, il entendit la voix de Jésus qui lui disait : « Tu vois, Pierre, ils me frappent et m'injurient et vont me mettre à mort pour que s'accomplisse la prophétie ;
ils ont tordu leurs propres lois pour pouvoir me mettre à mort sans considérer qu'ils accomplissaient la prophétie ;
ils me frappent et ils ne savent pas que leurs coups entrent désormais dans la prophétie pour les siècles des siècles.
Ils me demandent de prophétiser alors que ce sont eux qui prophétisent. »
Et Pierre se disait qu'il devrait tout faire pour que cessent les injures et les coups ;
mais il se disait aussi que le Seigneur l'en avait interdit.
Mais il mesurait aussi cette interdiction à l'aune de sa propre faiblesse.
Serait-il intervenu contre tous ces hommes armés et rendus furieux au risque de se faire tuer ?
Pour le reste de sa vie durant cette question resterait sans réponse, quels que soient les prodiges qu'il pourrait accomplir ensuite.
Et Pierre se demandait encore pourquoi ils le frappaient.
Et soudain lui vinrent des visions d'apocalypse, de foules hurlant contre un homme ou une femme et leur arrachant leurs vêtements ;
Et il sentait le poids des injures et des coups, des griffures et des bâtons et le fil des couteaux qui entaillait les chairs ;
il sentait la coulure des crachats sur son visage.
Et Pierre pleura amèrement sur la folie des hommes et sur les siècles de tourment qui s'annonçaient jusqu'à la fin des temps.
Car, non seulement ils avaient condamné à mort Jésus, mais ils le frappaient et ils l'injuriaient.


87

27 mars Cependant, Pierre était assis dehors dans la cour. Une servante s'approcha de lui, et dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. »
Mais il le nia devant tous, disant : « Je ne sais ce que tu veux dire. »
Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit, et dit à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth. »
Il le nia de nouveau, avec serment : « Je ne connais pas cet homme. »
Peu après, ceux qui étaient là, s'étant approchés, dirent à Pierre : « Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître. »
Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Aussitôt le coq chanta.
Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. » Et étant sorti, il pleura amèrement.

Il se rappela les paroles de Jésus par lesquelles il le faisait la pierre d'angle de son Église.
« Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église. »
Pourrait-il encore prétendre à cette tâche après son reniement ?
Mais Jésus le savait, qui avait prophétisé qu'il le renierait trois fois avant le chant du coq.
Et Jésus, lui, ne l'avait pas renié.
Il se souvint aussi de ce qu'il avait demandé à Jésus concernant le pardon et de sa réponse qui l'invitait à pardonner soixante-dix-sept fois.
Si lui, Pierre, pouvait pardonner soixante-dix-sept fois, combien de fois Jésus pouvait-il pardonner à Pierre ?
Il se souvint aussi que Jésus avait dit qu'il serait pour les disciples une occasion de chute.
Mais pour lui, la chute n'avait pas tardé.
Et soudain, il comprit qu'ayant chuté le premier, il serait le premier à se relever et qu'alors il pourrait commencer à bâtir l'Église du Christ.


88

28 mars Dès que le matin fut venu, tous les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le faire mourir.
Après l'avoir lié, ils l'emmenèrent, et le livrèrent à Ponce Pilate, le gouverneur.
Alors Judas, qui l'avait livré, voyant qu'il était condamné, se repentit, et rapporta les trente pièces d'argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens,
en disant : « J'ai péché, en livrant le sang innocent.  » Ils répondirent : « Que nous importe ? » Cela te regarde.
Judas jeta les pièces d'argent dans le temple, se retira, et alla se pendre.
Les principaux sacrificateurs les ramassèrent, et dirent : « Il n'est pas permis de les mettre dans le trésor sacré, puisque c'est le prix du sang. »
Et, après en avoir délibéré, ils achetèrent avec cet argent le champ du potier, pour la sépulture des étrangers.
C'est pourquoi ce champ a été appelé champ du sang, jusqu'à ce jour.
Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète :
« Ils ont pris les trente pièces d'argent, la valeur de celui qui a été estimé, qu'on a estimé de la part des enfants d'Israël ;
et ils les ont données pour le champ du potier, comme le Seigneur me l'avait ordonné. »
Jésus comparut devant le gouverneur. Le gouverneur l'interrogea, en ces termes : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui répondit : « Tu le dis. »
Mais il ne répondit rien aux accusations des principaux sacrificateurs et des anciens.
Alors Pilate lui dit : « N'entends-tu pas de combien de choses ils t'accusent ? »
Et Jésus ne lui donna de réponse sur aucune parole, ce qui étonna beaucoup le gouverneur.
À chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que demandait la foule.
Ils avaient alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas.
Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : « Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus, qu'on appelle Christ ? »
Car il savait que c'était par envie qu'ils avaient livré Jésus.
Pendant qu'il était assis sur le tribunal, sa femme lui fit dire : « Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste ; car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »
Les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent à la foule de demander Barabbas, et de faire périr Jésus.
Le gouverneur prenant la parole, leur dit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? »
Ils répondirent : « Barabbas. »
Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus, qu'on appelle Christ ? » Tous répondirent : « Qu'il soit crucifié ! »
Le gouverneur dit : « Mais quel mal a-t-il fait ?  » Et ils crièrent encore plus fort : « Qu'il soit crucifié ! »
Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l'eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit : « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. »
Et tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! »
Alors Pilate leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait battre de verges Jésus, il le livra pour être crucifié.

Le même jour, la femme du gouverneur se rendit au champ du potier.
Elle y trouva la dépouille de Judas Iscariot, qui commençait à sentir.
Elle paya pour lui donner une sépulture et Judas fut inhumé dans le champ du potier, qui porte désormais le nom de « champ du sang ».
Car, il sera dit que nul homme ne doit demeurer sans sépulture.
Ensuite, la femme du gouverneur rentra dans sa demeure et avertit qu'elle partait à Rome chez son père.
Son mari l'interrogea sur ce départ soudain.
Elle lui dit : « Je ne suis que la première d'une armée qui toujours se lèvera pour défendre les justes, comme tu es le premier d'une armée qui toujours se lavera les mains du sang des justes versés.
Répudie-moi et chasse-moi car il vaut mieux pour moi que je sois répudiée qu'avec toi je demeure dans le péché.
Car, tu n'es plus pour moi licite, toi qui as écouté la foule et libéré Barabbas.
N'as-tu pas compris que la justice n'était pas dans les cris de la foule ?
N'as-tu pas préféré ces cris à la voix de ton cœur ?
Et ne t'avais-je pas fait entendre cette voix ? »
La femme de Pilate partit avec sa garde pour rejoindre Rome.
En sortant de la ville, elle vit un attroupement d'hommes qui faisaient ripaille comme pour une noce.
Elle demanda de qui il s'agissait et les gardes lui répondirent qu'il s'agissait de Barabbas qui célébrait sa libération.
Ce dernier, apprenant que la femme de Pilate approchait, se précipita pour la saluer.
Elle lui dit : « Tu es pour mon mari et pour moi une occasion de chute. Coupable, tu es préféré à l'innocent et au juste et tu porteras, ainsi que ta descendance, le fléau de ce jour qui t'a vu libéré. »
Il lui répondit : « Qu'aurais-je dû faire alors ? Aurais-je refusé que l'on me libérât que celui qui se fait appeler Roi des Juifs n'en eût pas moins été mis à mort. »
Elle lui répondit ceci : « Puisses-tu te convertir sans espérer de gain, car, le gain qui te sera donné sera la vie éternelle. Tu te réjouis d'avoir sauvé ta vie et tu penses être libre, quand tu n'as sauvé que ta misérable existence et clôt le chemin de la vie éternelle. »
Barabbas retourna vers ses compagnons et leur demanda de partir.
Resté seul, il pleura amèrement et décida de retourner à Jérusalem pour apprendre ce que l'on faisait de l'homme à qui il avait été préféré.
Il apprit qu'il avait été livré pour être crucifié après avoir été battu de verges.
Sur son chemin, la foule le désignait et disait : « Voilà Barabbas, celui qui a été préféré au Roi des Juifs. »
Et la foule riait et se moquait de lui, car elle l'avait sauvé mais elle le tourmentait.
Barabbas se retira sous un porche à l'écart et implora ainsi le Seigneur : « Pourquoi as-tu voulu que ma vie soit rachetée par la mort de ton fils, Seigneur ? »
Une voix retentit qui lui dit : « Barabbas, tu es le premier à avoir été racheté. Après toi, il en viendra d'autres, criminels et brigands, qui seront sauvés aussi et recevront la grâce de la vie éternelle. »
Alors, Barabbas, entendant la foule qui se pressait la rejoignit pour assister au supplice de celui qui l'avait racheté.


89

29 mars Les soldats du gouverneur conduisirent Jésus dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte.
Ils lui ôtèrent ses vêtements, et le couvrirent d'un manteau écarlate.
Ils tressèrent une couronne d'épines, qu'ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite ; puis, s'agenouillant devant lui, ils le raillaient, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »
Et ils crachaient contre lui, prenaient le roseau, et frappaient sur sa tête.
Après s'être ainsi moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier.
Lorsqu'ils sortirent, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, appelé Simon, et ils le forcèrent à porter la croix de Jésus.
Arrivés au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne,
ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; mais, quand il l'eut goûté, il ne voulut pas boire.
Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort, afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète :
Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré au sort ma tunique.
Puis ils s'assirent, et le gardèrent.
Pour indiquer le sujet de sa condamnation, on écrivit au-dessus de sa tête : Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs.
Avec lui furent crucifiés deux brigands, l'un à sa droite, et l'autre à sa gauche.
Les passants l'injuriaient, et secouaient la tête,
en disant : « Toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même ! Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! »
Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient :
« Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ! S'il est roi d'Israël, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui.
Il s'est confié en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime. Car il a dit : Je suis Fils de Dieu. »
Les brigands, crucifiés avec lui, l'insultaient de la même manière.
Depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre.
Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : « Éli, Éli, lama sabachthani ? » c'est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, dirent : « Il appelle Élie. »
Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge, qu'il remplit de vinaigre, et, l'ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire.
Mais les autres disaient : « Laisse, voyons si Élie viendra le sauver. »

Car les hommes ont si peu de foi qu'à travers les siècles ils demanderont des signes et des preuves qui ne leur seront pas donnés.
Car il est écrit : tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu.
Car, le Fils de l'homme n'est pas un magicien qui fait des tours sur les marchés pour amuser le peuple.
Car, le Fils de l'homme ne donne d'autre signe que les signes de son amour.
Et ne trouvant pas les signes qu'ils attendaient, ils l'ont humilié et ils l'ont battu puis ils l'on fait mourir.
Et quand vous serez aux portes de la mort, engeance de vipères, vous vous rappellerez le cri de Jésus sur la croix et vous aussi vous implorerez le Seigneur et vous demanderez pourquoi vous êtes abandonnés.
Car, le Seigneur ne veut pas la mort de sa créature, car, c'est la vie qu'il a donnée à la création.
Sachez-le pour les siècles des siècles, il n'y a pas de mort heureuse, comme il n'y a pas de mort désirée.
Jésus n'a pas voulu sa propre mort, serait-ce pour accomplir la prophétie.
Jésus n'a pas accepté sa mort, mais il a fait selon la volonté du Seigneur notre Père, comme Abraham avait obéi au Seigneur en emmenant Isaac au sacrifice.
Mais Isaac a échappé au sacrifice, car il était le fils de l'homme Abraham, mais le Fils de Dieu ne pouvait échapper au sacrifice car il était le messager de la vie éternelle.
Il n'y aura pas trop de temps pour les siècles des siècles pour comprendre le cri de Jésus sur la Croix.
Et beaucoup seront tentés d'y entendre de la faiblesse quand c'est le cri de vérité de Jésus Christ, vraiment homme et vraiment Dieu, qui est assis à la droite du Père avec le Saint-Esprit dans une alliance trinitaire qui ne sera jamais déliée.
Barabbas était au pied de la croix et connaissait les brigands qui étaient crucifiés avec Jésus.
Il leur dit : « Pourquoi insultez-vous celui-ci, que vous ne connaissez pas, lui qui vous connaît et ne vous insulte pas ? »
Les brigands, qui connaissaient Barabbas et le respectaient, répondirent : « Parce qu'il prétend apporter le salut et ne nous sauve pas du supplice. »
Barabbas répondit : « Et vous qu'avez-vous fait pour le sauver et adoucir ses peines ? N'êtes-vous pas comptables vous aussi de vos frères, et celui-là n'est-il pas votre frère en plus d'être le Fils de Dieu ? »
Dès lors les brigands se turent et attendirent la mort et leur délivrance.
Et Barabbas quant à lui pleurait amèrement.


90

30 mars Jésus poussa de nouveau un grand cri, et rendit l'esprit.
Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent,
les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent.
Étant sortis des sépulcres, après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et apparurent à un grand nombre de personnes.
Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et ce qui venait d'arriver, furent saisis d'une grande frayeur, et dirent : « Assurément, cet homme était Fils de Dieu. »
Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient de loin ; qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée, pour le servir.
Parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Le soir étant venu, arriva un homme riche d'Arimathée, nommé Joseph, lequel était aussi disciple de Jésus.
Il se rendit vers Pilate, et demanda le corps de Jésus. Et Pilate ordonna de le remettre.
Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc,
et le déposa dans un sépulcre neuf, qu'il s'était fait tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du sépulcre, et il s'en alla.
Marie de Magdala et l'autre Marie étaient là, assises vis-à-vis du sépulcre.
Le lendemain, qui était le jour après la préparation, les principaux sacrificateurs et les pharisiens allèrent ensemble auprès de Pilate,
et dirent : « Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore : après trois jours je ressusciterai.
Ordonne donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, afin que ses disciples ne viennent pas dérober le corps, et dire au peuple : Il est ressuscité des morts. Cette dernière imposture serait pire que la première. »
Pilate leur dit : « Vous avez une garde ; allez, gardez-le comme vous l'entendrez. »
Ils s'en allèrent, et s'assurèrent du sépulcre au moyen de la garde, après avoir scellé la pierre.

Les disciples partirent pour la Galilée, un par un pour ne pas attirer l'attention sur eux.
En effet, les pharisiens les recherchaient car ils savaient qu'ils prêchaient et guérissaient les malades au nom de Jésus ;
et qu'ils ressuscitaient les morts.
Ils craignaient donc qu'ils ne ressuscitassent Jésus.
À la sortie de la ville, le centenier qui gardait Jésus reconnut Jacques, l'un des fils de Zébédée et l'arrêta.
Il lui dit : « Je te connais. Tu es l'un de ceux qui suivait l'homme que l'on a crucifié hier, qui se prétendait le roi des Juifs et le Fils de Dieu. »
Jacques lui répondit : « Je suis bien l'un de ceux-là et saisis-toi de moi si tu le souhaites, car, je ne crains pas la mort. »
Jacques se souvenait des paroles de Jésus qui commandaient de ne pas le renier.
Le centenier reprit : « Dis-moi pourquoi, vous qui suiviez Jésus et accomplissaient de grandes choses en son nom n'avez-vous pas tenté de le sauver, de le ressusciter, ni même d'atténuer ses souffrances sur la croix. »
Jacques lui répondit : « Tu ne sais pas ce que tu demandes.
Le Seigneur nous a commandé de rien faire pour empêcher la prophétie de s'accomplir.
Tu l'as pourtant vu sur la croix, tu l'as entendu gémir et crier.
Tu as vu le sang couler de ses plaies.
En cela tu as vu qu'il était vraiment homme, en rien différent dans sa douleur des deux brigands qui l'entouraient.
Et tu as assisté à sa mort.
Il va ressusciter des morts.
Il n'a pas besoin de ses disciples pour ressusciter, car telle est la volonté de son Père.
Et tu sauras que partout sur la terre, il faut que la volonté de Dieu s'accomplisse.
Regarde cette pierre sur le chemin. Qui peut faire qu'elle ne soit pas là. Mais, que je la prenne et que je la jette dans le fossé, qui peut faire qu'elle n'ait pas été là.
En vérité, je te le dis, la pierre que vous avez jetée dans le fossé était la pierre d'angle du temple. »