Diégèse lundi 5 avril 2021



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mercredi 4 juin 1997
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C'est le 4 juin 1997 et Dominique de Villepin annonce sur le seuil du palais de l'Élysée le nom des ministres du gouvernement de Lionel Jospin. On le sait, la victoire de « La Gauche plurielle » aux élections législatives qui ont suivi la dissolution de l'Assemblée nationale par le Président de la République Jacques Chirac n'était pas prévue. C'est peut-être pourquoi ce journal télévisé est truffé de cafouillages et d'imprévus, qu'ils soient issus de couacs ou de collisions chronologiques.
Tout d'abord, le Secrétaire général de l'Élysée est très concentré. Il ne faudrait pas qu'il se trompe... Il se trompera pourtant. Rien de grave... Juste une virgule alors qu'il n'y en avait pas dans le titre du ministère attribué à Dominique Voynet (1'36") qui devient : Ministre de l'Aménagement, du Territoire et de l'Environnement, alors qu'elle était bien sûr nommée Ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement. On pinaille.
Dans la foulée, Bruno Masure est troublé qui, dès sa première phrase, fait une erreur de syntaxe (2'40") : « ... a "noncé" (sic) donc que la liste de la composition de ce gouvernement de Lionel Jospin... » On se demande comment il va retomber sur des pieds syntaxiques corrects. Il n'y parviendra pas.
Et ça continue. Arlette Chabot bredouille (3'14") : « C'est vrai que la femme (elle se reprend avec un sourire crispé) la place des femmes est très importante... » On s'arrête un instant : 5 sur 15, soit un tiers de femmes, on est encore loin de la parité.
Avant de revenir sur la folle journée de Lionel Jospin et les portraits dressés à la hâte des nouveaux ministres, autre erreur de Bruno Masure (4'53") : « ... pour mettre au point les derniers problèmes... » Or, on ne met pas au point des problèmes, sauf bien sûr si l'on veut saboter quelque chose...
Lionel Jospin est qualifié par la journaliste « d'humeur badine » et en effet, lors de son second départ pour l'Élysée, il lui tire même subrepticement la langue (5'52"). Ce sera quand même l'une des images les plus étonnantes de ce journal.
Les légers cafouillages continuent et Véronique Saint-Olive, la journaliste qui s'exprime depuis l'Élysée, s'impatiente que Bruno Masure ne reprenne pas l'antenne et lance alors un « Voilà ! » qui semble signifier qu'elle n'a plus rien à dire. Avant de se reprendre et, du coup, de couper la parole au présentateur. On commence à rigoler sur le plateau.
Et puis il y a celles et ceux qui apparaissent et que l'on ne remarque pas, et qu'on remarquera par la suite. À côté de Pierre Moscovici (9'16"), c'est Marisol Touraine. Elle est élue députée en 1997, sera Ministre de la Santé du quinquennat de François Hollande. Comme Pierre Moscovici, Alain Richard, Bruno Le Roux, François Hollande et beaucoup d'autres, dont Emmanuel Macron, elle suivra le programme d'influençage des États-Unis mis en œuvre par la French-American Foundation des Young Leaders.
Mais revenons aux images. Celui qui admire la cravate de Pierre Moscovici, de trois-quart dos (9'59"), c'est Manuel Valls, dont le nom a été cité quelques minutes plus tôt (6'08").
Derrière Jean-Pierre Chevènement (12'29"), c'est Jean-Christophe Cambadélis, ex trotskiste lambertiste (comme Lionel Jospin), ex dirigeant de l'UNEF, numéro 2 du PS en 1997 et condamné en 2006 dans l'affaire dite de la Mnef, comme Dominique Strauss-Kahn.
Puis, c'est le tour de Claude Allègre. Mais qui lui tape donc sur l'épaule à 15'57 ? C'est Manuel Valls, bien sûr, mais avec des lunettes.
Le JT étant désormais lancé, on aurait pu penser que Bruno Masure s'était repris. Pas du tout. À 16'04", il oublie le mot « ministre » quand il s'agit de présenter Louis Le Pensec. Quelques instants plus tard, Martine Aubry retrouve « le mystère de l'emploi » (16'41"). Décidément Masure est à la peine, à moins qu'il n'ait bu, mais sans doute pas pour fêter la victoire...
D'ailleurs, soudain, le fou-rire. Jean-Michel Carpentier annonce « un Vert de moins à l'Assemblée nationale ». Bruno Masure, dont a déjà repéré le goût immodéré pour les expressions idiomatiques, qu'il accompagne souvent d'un « comme on dit », embraye par « Un verre de moins, bonjour les dégâts » (27'28"), en référence au slogan d'une campagne du Comité français d'éducation pour la Santé de 1984 : « Un verre ça va, trois verres, bonjour les dégâts ! ». Si Lionel Jospin est d'humeur badine, Bruno Masure est bien potache. Il est vrai qu'on lui attribue cette pensée profonde : « Ce qui me turlupine, c'est d'être mis en bière sans alcool. » Ce sont plutôt les mauvais jeux de mots qui le tueront. On redevient sérieux, comme il dit.
Il faut dire que tout cela est un peu long, au point que le même Masure, soudain, ne veut plus qu'Émile Zuccharelli ait déjà été ministre entre 1992 et 1993 (29'22"). Arlette Chabot le reprendra sèchement.
On termine avec Bernard Kouchner. On sait tout de lui.
Pendant ce temps-là, à droite, on se donne des claques (à partir de 32'59"). Robert Pandraud (34'), ancien Ministre délégué à la Sécurité, balance sur Nicolas Sarkozy... On sent bien qu'il se retient. Si c'est Philippe Séguin qui succèdera au RPR à Alain Juppé quelques jours plus tard, en 1999, Nicolas Sarkozy prendra la tête du parti gaulliste.
Mais, on n'a pas fini de rigoler. À 36'54", Bernard Tapie s'impatiente que la porte de la prison des Baumettes, à Marseille, ne s'ouvre pas assez vite. Pauvre Bernard Tapie qui, la veille de ce 5 avril 2021, a été cambriolé et a reçu un coup de matraque sur la tête. Si ce n'est pas de l'acharnement, ça ! (comme dit son avocat à 37'24")...
Il est temps d'en finir. Dans la série « Où sont les Charlie de la politique française ? », on repèrera en toute fin de journal (46'39") Luc Ferry, le futur ministre de l'Education nationale lors de la remise des prix littéraires de France Télévision remis par Bernard Pivot.
Ah oui, au fait, l'œuvre que l'on voit derrière Dominique de Villepin est un hommage à la Révolution française de 1789 par le sculpteur Arman.






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