Diégèse samedi 27 mars 2021



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jeudi 18 septembre 1997
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L'entraînement populiste quotidien dispensé contre redevance par la télévision publique commence dès la 20e seconde de ce journal télévisé du 18 septembre 1997, par l'usage de l'abréviation « alloc » pour « allocations familiales ». Si l'on voulait être précis, on écrirait d'ailleurs qu'il s'agit d'une apocope, c'est à dire d'une élision d'un ou de plusieurs phonèmes en fin de mot. Le terme « apocope » est issu du terme latin « apocope », lui même issu du grec ancien « ἀποκοπή - apokopè » qui signifie « coupure ». Certes, on imagine mal Bruno Masure donner ces explications quand il utilise cette apocope populaire. On pourrait d'ailleurs forger le terme « apocopulaire », mot-valise qui serait fabriqué par haplologie, du grec ancien « ἁπλόος - haploos » qui signifie « simple » et de « λόγος - logos », qui nous est plus familier et qui signifie « parole ».
Ces jeux linguistiques permettent de retarder un peu l'agacement suscité par ce journal, même à 8591 jours de distance.
Il faut pourtant bien continuer puisque c'est la règle que l'on s'est librement donnée. Et puis, on nous promet Michel Leeb en fin de journal et on ne voudrait quand même pas manquer ça (qui est une contraction de « cela »).
Alors, on ira en Seine-Saint-Denis suivre une équipe de policiers qui patrouillent à Aulnay-sous-Bois, dans un quartier « dit sensible ». On portera une attention particulière aux paroles du jeune policier qui en début de service avait l'air plus endormi et qui un peu plus tôt dans le reportage se pinçait pour dire que la police était efficace. Mais le voilà ragaillardi quand il dit (3'19") : « on les gêne, on les dérange, ils commettent des délits, mais, on les dérange au maximum. » Ce « on », la police, contre ce « ils », dont finit par ne plus savoir s'il s'agit des délinquants ou de la population, rappelle ces propos plus récent d'un Préfet de police à Paris parlant de deux camps, celui de la police et celui des citoyens. Et l'on comprend dès lors que la mission première de cette brigade, celle de protéger la population et de faire respecter la loi, est en train de se dévoyer : déranger au maximum les habitants de ces quartiers (comprenez les Noirs et les Arabes).
Une fois qu'on a bien compris le message, le député socialiste Bruno Le Roux (5'20") qui imagine dans un rapport une police de proximité avec un autre projet sociétal apparaît naïf. Les adjoints de sécurité vont-ils être capables de « les déranger au maximum ». Non, dira M. Sarkozy dès avril 2002 et cela aboutira aux violences policières qu'il paraît qu'il ne faut pas nommer comme telles. Le journal omet de dire que le député socialiste en question est député de Seine-Saint-Denis. Il sera brièvement ministre de l'Intérieur en 2016 avant de devoir démissionner quand la presse révélera qu'il a employé ses filles comme collaboratrices parlementaires dès l'âge de 15 ans. On perd sa trace politique en 2017, provisoirement, n'en doutons pas.
Puis, il faut bien affronter la séquence qui fait honte à la télévision, celle où elle prend en flagrant délit d'illettrisme une femme dont le fils a commis un petit larcin et qui doit subir un « rappel à la loi » dispensé par un officier retraité poitevin un peu chevrotant, mais qui s'adresse poliment à l'enfant flouté en face de lui. On appelle ensuite la mère (7'12"). Fort heureusement, le délégué du Procureur comprend qu'elle ne parvient pas à lire, peut-être sous le coup de l'émotion, mais peut-être pas, et la délivre de cette humiliation. Autre cas. Cette fois-ci, Monsieur le Délégué est plus familier : « Arrête tes conneries ! », assène-t-il. On remarquera que, même flouté, le jeune est plus foncé.
On peut ensuite, après un intermède sur les cigarettes, leur prix et leur nocivité, revenir aux « allocs » (11'10"). Mais, depuis, on a bien compris que le trou de la Sécurité sociale provient de tous ces parents, plus ou moins basanés, qui ne savent pas tenir leurs gosses. Message subliminal : c'est à eux qu'il faudrait supprimer les fameuses allocs. Cela tombe bien, c'est ce que dira aussi Nicolas Sarkozy quelques années plus tard. Pour illustrer le propos, on ira chez Michel et Mireille qui ont deux enfants blonds, qui sont enseignants et ont voté à gauche. Ce sont des « déçus du socialisme ». Merci, on avait compris.
On passe à autre chose :par exemple, à la taxation de l'épargne. On enfonce le clou.
On remarquera que le 26 septembre, soit 8 jours plus tard, ce seront exactement les mêmes thèmes qui seront encore développés dans le journal télévisé... On ajoute que le gouvernement va faire une « petit cadeau fiscal aux entreprises ». Pas la peine d'insister.
On aimerait passer sur la présentation d'une enquête de l'INSEE sur le temps de travail réel (15'05") qui, si on l'analysait, vient plutôt en appui d'une loi sur la réduction du temps de travail voulue comme une loi de partage du travail pour lutter contre le chômage.Mais on ne le pourra pas. La manière de présenter ces chiffres est en effet trop caractéristique de cette fabrication de l'opinion populiste qu'est le journal télévisé. On commence par : «  Les experts de l'INSEE ont fait des heures supplémentaires pour découvrir que les salariés français travaillent en moyenne deux heures de plus que les 39 heures légales hebdomadaires. » La formulation sous-entend que les « experts » ont découvert ce que tout le monde sait. (Ah les cons !). Les cadres « passent leur vie au bureau » et les hommes travaillent plus que les femmes (Bruno Masure glisse en incidente : « Ne m'en veuillez pas , c'est l'INSEE qui a fait ces calculs ». Et on passe, sans transition, aux grèves à venir à la SNCF. Quel est le sous-texte ? C'est assez évident : pendant qu'il y en a qui bossent, il y en a d'autres qui font grève ! Toujours les mêmes. On voit bien que cette histoire de 35 heures, c'est une connerie. On n'a qu'à limiter le droit de grève et privatiser tout ça. Cela tombe bien, c'est ce que fera la droite à partir de 2002. D'ailleurs, même les Chinois privatisent (19'10").
On présente ensuite le nouveau P-DG d'Air France, « proche des socialistes » (15'35"), M. Spinetta. Sous-texte : ils placent leurs copains. Mais, en l'occurrence, ce n'est pas faux.
C'est la moitié du journal. L'attention est émoussée. On peut passer aux faits divers : des touristes morts dans l'incendie de leur autocar en Égypte (16'). Il faudra attendre l'attentat de Louxor le 17 novembre 1997 pour que cela fasse la une du journal. Comme il n'y a pas d'enfant brûlé à montrer, c'est moins intéressant. La police israélienne brutalise des militants israéliens pour la paix (17'14"). Charles Enderlin, imperturbable, annonce des troubles le lendemain.
La cote de popularité de Lionel Jospin enregistre une hausse de 4 points (20'27"). 58% d'opinion positive, cela doit faire rêver... Ça ne va pas du tout, ça coco. D'ailleurs tout fout le camp, on supprime le Service (militaire) (21'40"). Et là, il y a une collision de signifiants incroyable. Qu'est-ce que la suppression de cette institution créée en 1905, pourvoyeuse de récits et creuset social aura comme conséquence ? On va faire des PD. C'est bien ce que le présentateur glisse quand il se croit obligé de préciser que l'acronyme de « préparation à la défense » est PD. Curieux, d'ailleurs, que ce JT ne précise pas que c'est Jacques Chirac qui a décidé la suppression du Service national et non le gouvernement de gauche.
Séquence émotion sur les parents de la petite fille morte d'une intoxication à la Josacine frelatée (25'01"). Georges Guétary est mort (29'16") et voilà Michel Leeb transformé en militant contre la peine de mort (30'51").
Au dodo ! (double apocope)






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