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Nous
nous
occupions trop
de la mémoire, nous
nous occupons trop de la mémoire et cette
préoccupation, cette préoccupation individuelle et collective
oblitère le présent, le masque, l'annihile. Pendant tout
ce voyage, pendant tout ce voyage d'une année, il n'y a jamais eu
de présent, il n'y a jamais eu d'avenir, il n'y avait qu'un passé
empêché. Il n'y avait qu'un passé qui se dérobait
au souvenir. Il y
avait parfois sur le bord d'une route une herbe, un
petit
bout de caoutchouc ou un petit papier qui pour des raisons indécises
resteraient dans la mémoire et tiendraient le rôle de présent
et tiendraient le rôle de l'avenir. Il y avait parfois un
sourire. Parfois,
nous parvenions à nous sourire et cela ressemblait alors
à l'image d'un film.
Et je
m'endormais, toujours
plus épuisée, dans toutes les villes que nous traversions
et même Vigevano
ne parvenait pas à me
rendre un peu de vigueur. |